T^. IV
(1) RemarquoDs surtout Th. IV, 376, et Pharsale, I, 484; Th. IV, 374 sqq.; Phars. I, 562 sqq., où des prodiges pareils sont racontés par les deux poètes. Nulle part, môme au début de son premier livre, Stace n'a davantage suivi Lucain.
Haèc ait et lasso jacuit déserta furore.
{Ph. 1, 695.)
Plus loin, décrivant le bois sacré où Tirésias évoque les mânes (Th. IV, 4^9 sqq.)» Stace paraît encore emprunter quelques détails à Lucain (Phars. III, 899 sqq.) (t). Quoi d'étonnant ? Tous les i)oètes se croyaient obligés de décrire un bois sacré (2), et toutes les descriptions ofîraient nécessairement quelques ressemblances.
Le reste de la cérémonie (IV, 443-64^) ^st une manifeste reproduction de celle de Sénèque {Œdipe , 556 sqq.). Nous Tétudierons plus amplement dans un autre chapitre.
9<» Les Argiens arrêtés par la soif (IV, 646-842 ; V, 1-16).
Cependant les Argiens marchent sur Thèbes et brûlent de détruire la ville ennemie. Un Dieu les arrête. Bacchus a vu ces guerriers qui se précipitent contre sa pairie ; irrité, il ordonne à tous les fleuves et à toutes les sources de retenir leurs eaux ; et les Argiens, dévorés de soif, vont périr, lorsqu'Adraste rencontre Hypsipylé, nourrice d*Opheltés, fils de Lycurgue, roi de Néaiée. Hypsipylé, laissant là le petit Opheltès, leur indique la source Langie toujours vive, et les sauve. Un chef argicn bénit la source bienfaisante (IV, 642-842). Et les Argiens reprennent leur marche en avant (V, 1-16).
La mort d'Opheltès et les jeux funèbres, qui sont la conséquence de cet épisode, étaient sans doute décrits par la Thébaïde cyclique (3). La rencontre d'Hypsipylé et des Argiens remonte au moins jusqu'à Euripide (4). Or, comment expliquer cette rencontre, sinon par la soif qui désole Tarméë
(1) Cf. notamment Th. IV, 419 22, 426-7, 428 sqq. ; Pii. III, 399 sqq. 408, 411-2^ 417 sqq.
(2) Cf. Horace, À. P. 16 ; Juv. I, 7 sqq.
(3) Cf. Les Légendes Thébatnes,cU. II, 4.
(4) Cf. ift. ch. IV,4.
dWdraste ? Mais si Ton admet que la soif et la rencontre se lussent déjà dans les anciennes Thébaïdes, notamment dans celle d'Antimaque, peut-on fixer avec quelque précision la part de Stace ?
On croirait tout d*abord que cette idée de placer Bacchus sur le passage des Argiens {Th. IV, 652 sqq.), alors qu'il revient de Thrace vers Thèbes, sa patrie, appartient en propre à Stace, géographe ordinairement fantaisiste. D'un autre côté, TArgolide, très souvent pnvée d'eau parce que ses rivières sont des torrents que l'été dessèche, passait chez les anciens pour le pays de la soif (i), et cette seule réputation expliquerait assez l'origine de la légende. On conçoit enûn qu'il ait pu se rencontrer dans ce pays des sources toujours vives, et, en effet, on en trouve encore aujourd'hui (2). Il paraît donc logique de conclure que les anciennes Thébaïdes ont pu expliquer la soif des Argiens sans l'intervention de Bacchus.
Il semble bien pourtant que cette intervention n'a pas été imaginée par Stace, car elle devait se rencontrer déjà dans VHypsipjylé d'Euripide, tragédie dont on n'a malheureusement plus que des fragments. Le vers 649 (nos rara manent exordia famae), dont Helm a tiré argument contre cette thèse (3), ne prouve assurément rien : c'est une imitation de Virgile (ad nos vix tennis famae perlabitur aura. En, VII, 641), et une simple formule de modestie poétique. Et surtout, si Bacchus tarit presque toutes les sources de la
(1) Od se souvient que l'épithëte que lui donne Homère (tcoauSi^iov, IL IV, 171 ; cf. TA. cycl. fr. 1). On peut voir aussi Stéphane de fiyzanre qui parmi les noms divers d'Argos cite Ai^iov {St. Byz, "Apyoc) ; et surtout 11 faut consulter sur le point Pausanias, II, 15,5.
(2) Frazer {Paua., III, 94) dit que dans la vallée de Némée on rencontre en venant de Cléonae, une fontaine turque souvent à sec, et tout près une source naturelle qui conle toujours; il a même cru reconnaître dans cette dernière la source Adrasée de Pausanias, dont il sera question tout à l'heure.
(3) R. Helm, op. cit. 80-81.
LS!S SOURCES DE LA. THÉBAÎDE 5q
région, il y en a une à laquelle il ne touche pas — à dessein, ditle poète (Jussu numinis; IV, 7i5, cf. V, 5oi). — Pourquoi? Afin sans doute qu'elle soit indiquée par Hypsipylé, dont Bacchns est Taîeul, qu Opheltès meure en Tabsence de sa nourrice et que celle-ci, dans la confusion ou les jeux qui suivent la mort du petit Opheltès, retrouve ses deux enfants. Or, dans la tragédie d'Euripide, c'était aussi, semble-t-il, Dionysos qui conduisait toute la pièce et qui rendait Eunéos et Thoas à leur mère (i).
Mais de quelle source parlaient les poètes grecs?
Stace indique la source Langie(rA. IV, 717). 11 est le seul dans la littérature latine qui ait écrit ce nom, et nous ne le lisons aussi que chez un seul poète grec, Nicandre (2). Les deux poètes désignent bien la même fontaine, car Nicandre la place au pied du Mont Mélanthis (inconnu d'ailleurs) et sur le territoire de Mycènes, la ville de Persée ; et le scholiaste de Nicandre dit : « Langie, source de TArgolide )) (3). Il parait invraisemblable que Stace ait pris ce nom dans Nicandre : c'est donc que tous les deux l'ont emprunté à un poète plus ancien : ce poète serait-il Antimaque ? Et le Mont Mélanthis où, selon Nicandre, Persée, vainqueur de la Gorgone, ramasse son épée tombée, serait-il le même que le mont Aphésas, d'où Antimaque, avons-nous dit, faisait partir Persée pour son combat avec la Gorgone (4) ?
(1) Cf. notamment les fragm, 752-765 (Nauck») et Les Légendes Théb. ch. VII. Au reste il y a d'autres imitations d'Hypsipylé dans le même épisode : que Ton compare notamment les jeux de l'enfant chez l'un et l'autre poète {Th. IV, 785 sqq. Hypsipylé, fp. 754 et peut-être les prodiges qui accompagnent le dénoument. Cf. 77i., V, li^ sqq.).
(2) Nicandre. 'AXet 105 sqq. :
"Axpov ÙTcb 7rpr)wva MeXavÔiSoç ev6a xe v"U(jL<p7| AaYYÊiT) 7c6\L9. xsivo Atoç TEx^/ripato iraiSi.
(3) Cf. la (jLetàqppaviç d'Euteknios au vers 105 de Nicandre {Sch, Poet. Bue, Didot, 235).
(4) Il convient de noter que Nicandre était un compatriote et un imitateur d'Antimaque (Se. ?lic, Th, 4). Mais la meilleure preuve que la
6o LB SUJET EN LES SOURCES
Question insoluble, a ce qu'il semble. Bornons-nous donc sans insister davantage, à signaler quelques imitations ou du moins quelques réminiscences de Virgile et de Lucain.
Adraste aborde Hypsipylé comme Énée au !•' livre de |
y Enéide aborde sa mère déguisée en Nymphe chasseresse. |
Comme Énée,' il salue Tétrangère ainsi qu*une déesse (Théb, IV, 74^ sqq., En. I, 3a6 sqq.); comme Enée encore il lui promet, si elle Texauce, de nombreuses victimes (7%. IV, 76a-3, En. I, 334) (i). 1
Dans sa peinture de la soif des Argiens, Stace se souvient |
visiblement de Lucain. Voici d abord comment l'un et l'autre décrivent les hommes altérés :
Non ora modo angustisque perusti
Faucibus^ interior scd vis quatit, aspera palsu '
Corda, gelant venae, et siccis cruor adhaeret
Visceribus. (Th. IV, 725 sqq.)
Torrentur viscera flammis >
Oraque sicca rigent sqaamosis aspera lingnis ; Jam marcent venae nulloque humore rigatus Aeris alternos angustat pulmo meatus.
(Ph. IV, 3a4 sqq.;
Et voici pour les chevaux :
Non spumeus imber Manat equum ; siccis inlidunt ora lupatis Ora catenatas procul exertantia linguas.
(m IV. 729 sqq.)
légende n'était pas fixée sur l'emplacement et le nom de cette source, c'est que Pausanias l'appelle Àdrastée^ sans savoir au juste d'où lui vient son nom, et qu'il la place dans la vallée même de Némée, près de l'endroit où l'on voyait plus tard le tombeau d'Opheltès (Paus. Il, 15, 3, et Frazer, m, 92). Et le scboliaste de Slace (IV, 717), qUl parle certainement de la même fontaine que Pausanias, l'appelle la fontaine d'Archémore,
(I) Il est excessif de rapprocher ce passage d'Apollonius de Rhodes (Arg. IV, 1404 sqq.), comme le fait R. Uelm (op. cit. 481). Mieux vaut encore signaler deux autres réminiscences de Virgile :
Th. IV, 803. En. III, 523 sqq.
— 889. -VIII, 72 sqq.
LES SOURCES DB LA THÉBAÎDE 6t
Oraqae projecta squalent arentia lingua Siccaque sangaineis duresdt spuma lupatis.
(Ph, IV, 765 sqq.)
Le défilé des Argiens désaltérés (V, 1-16) est imité d'Homère. Les Argiens passent comme les Danaens (Th, V, 7 sqq. ; II. m, I sqq.). Les uns et les autres sont comparés aux grues qui s'envolent en bon ordre (Th. V, 11 sqq., R. III, 3 sqq.). Les deux armées enfin s'enveloppent d'un nuage de poussière décrit par l'un et l'autre poète (TAT V, 9 sqq. II. III, i3).
10° RÉCIT d'Hypsipylé (V, 17-498).
Tandis que s'écoule Tarniée argienne, Hypsipylé raconte à Adraste, qui l'en a priée, sa vie et ses malheurs. Fille de Thoas, roi de Lemnos, elle a assisté au crime affreux des Lemniennes tuant leurs pères, leurs maris, leurs fils, pour se venger d'un long abandon (49 240). Elle-même a feint de tuer Thoas, qu'elle a sauvé au contraire avec Taide de Bacchus, son aïeul ; et pour prix de son forfait imaginaire elle a été nommée reine de l'île (241 sqq.). Mais la désolation était grande à Lemnos, quand sont arrivés les Argonautes commandés par Jason (326 sqq.) Après uue tentative de combat sous les grondements de la tempête, les Argonautes ont débarqué en amis dans Lemnos, puis sont repartis. Hypsipylé, que Jason avait rendue mère de deux jumeaux, a été ensuite chassée de Lemnos quand on a su que son père vivait encore ; et, capturée sur mer par des pirates, elle a été vendue à Lycurgue, roi de Némée, qu'elle sert depuis vingt ans (49^).
Stace n'a pas manqué de modèles pour ce récit. Quelle que soit l'épopée grecque qui ait célébré la première le meurtre des Lemniens par leurs femmes (i), il est certain que la légende était populaire au Y^ siècle, puisque Pindare
(1) V Iliade, qui mentionDe le débarquement de Jason à Lemnos et cite le nom d'Eunôos, Gis de Jason et d'Hypsipylé (//. VIII, 46 sqq.), ignore les massacres. — Sur les origines de cette histoire, cf. Les Légendes Thébaines, cb. I.
6a LE SUJET ET LES SOURCES
en a parlé dans sa IV* Pythique, et que les tragiques y ont fait au moins allusion (i). De plus, Eschyle, Sophocle et Euripide ont composé tous les trois une tragédie d'Hypsipylé, et par les fragments qui en sont demeurés, nous voyons qu'il était question dans les trois pièces de l'arrivée des Argonautes à Lemnos, bien que la scène, chez Euripide du moins, se passât à Némée. On peut même faire d'assez étroits rapprochements entre Sophocle et Stace. Voici, en eflet, ce que dit le scholiaste d'Apollonius de Rhodes (Argon. I, 778) : (( AÎ<t;(uXoç âv ^U^itiuXt) ev fiiuXotç çpTjalv auTaç iweXÔbu^aç /eifxaCofJLévoiç (toîç 'Ap^ovauTaiç), àTceipyeiv (xé^rpiç 3pxov Xa6eîv nap' aÛTûv aTuoêàvTaç \i.i^r^(sta^ai aÙTaîç, SoçoxXf,ç Zï iv A7]fAv(a(ç xal [xàp^Tiv Id^upàv aÙTOÙç <TuvàiJ/at çp7)<Jiv ». (Cf. Sc. IL VII, 468.)
Donc, selon le scholiaste d'Apollonius, il y avait chez Eschyle et Sophocle une tempête, un combat, et des promesses d'amour. Mais nous savons de plus, par 1q scholiaste de Pindare {Pyth, IV, 3o3) que, dans cette pièce, Sophocle, et Eschyle dans une autre énuméraient les Argonautes : SocpoxXïjç èv Taiç AT|[JLviaic7i tw SpQi[jiati xataXéyei toùç elç t6 Apycjiov elaèX6ovTac dxàf oç xal Aicr^^uXoç Kaêe^poiç,
Et il nous reste enfin un vers de Sophocle :
*A6u)ç ffxiàÇei vwTa A-^ipiaç pdoç {Jr, 708 Nauck"),
qui, parTintermédiaire d'Apollonius de Rhodes (1, 6o4), peut bien avoir passé dans le texte de Stace :
Vcstit Athos nemorumque obacurat imagine pontum
(Th. y, 52) (a).
(1) Eschyle, Choéphores, 631 sqq*. ; Euripide, Bécube, 887 sqq.
(2) La ressemblance entre ces deux vers n'est pas frappante, et rimiiaiion est d'autant moins prouvée que plusieurs fois Slace s'est plu à représenter l'ombre d*une montagne sur la mer. Voir II, 42 et S. II, 2,48. Je n'affirmerai pas davantage qu'il y ait au vers 4^,
Utraque quis rutila stridebant tempera pinna,
une imitation des vers de Pindare {Pyth. II, 325) ; mais on peut supposer que Stace a pris ce vers chez un autre poète grec qui imitait Pindare, Euripide peut-être, dans son Hypsipylé.
LES SOUttCBS DE LA THEBAÏDE 63
Comme assurément la tragédie de Sophocle traitait, au moins dans un récit, du massacre des Lemniens, on pourrait voir dans ce drame le plan même très détaillé et très fidèlement suivi, de l'épisode de Stace (i). Mais on se tromperait, je crois, pour deux raisons : 1° Trop de poètes ont parlé des massacres lemniens après les tragiques grecs : Antimaque dans sa Ljydé (o), Apollonius de Rhodes dans ses Argonautiques (I, 600 sqq.), Callimaque sans doute dans ses AiTta (3), et aussi les mythographes, comme ApoUodore (I, 114 sqq.) et les scholiastes ; or il est plus vraisemblable que ce soient eux qui aient servi de modèles à Stace, car rien ne prouve que Stace ait mis à profit les tragiques grecs, sauf Euripide (4)»
a® Si par extraordinaire, Stace a imité Sophocle, c'est qu'il voyait là, soyons-en sûrs, un moyen de se rapprocher de Virgile. Dans ce récit d'Hypsipylé, si étranger aux œuvres de Virgile, Stace a imité encore Virgile, et souvent de très
(1) Plusieurs l'ont vu en effet : Welcker (Die griech, trag. mit nûckssicht auf den Episcfien Cyclus geordnet, T. I, 326) et Stender (De Argonaut. ad Colchos usque expeditione fabulas historia crilica, Kiliae 1874, p. 13) croient que Stace a imité Sophocle ; F. Moerner (De Pap. Stat. Theh. quaesU. en aca?. ... Regimonti, 1870, 33 sqq.) lient pour Eschyle.
(2) On trouve même dans la Thébdide comme un souvenir d'un fragment de Lydé :
Amphitryoniades puppemque alternus utrlmque
Ingravai. (Th. V, 401-2.)
'AvTÎji.*X0Ç ^^"f? A'JÔT) ç7)(tIv èxêtêaaÔÊVTa tbv ^IlpaxXéa ôià tb xataSapeio-Oat TTÎv 'ApYû <iTz6 Tou Tipovç. (Sch. d'Apoll. de Rhodes, Argon. I, 1290).
Il est question dans la Th. d'Antimaque du Mosychlos de Lemnos et des forges de Vulcain (Kink. fr. 44, p. 289) mais le fragment est extrait d'une comparaison, non d'une description de Lemnos.
(3) Voir les fragments 298 (cf. 121) et 247. que 0. Schneider {Callimachea, II, 68) attribue avec vraisemblance à l'épisode d'flypsipylé.
(4) Cf. R. Helm, op. cil, 41 sqq.) — Nous verrons du reste qu'en ce qui touche Euripide, Helm a tort. « Praesertim quem (Papinium) tragicos graecorum diligenter legisse constet )>, dit avec plus de raison Moerner (op. cit. 34).
près. Il a pris dans Y Enéide d*abord Tidée d'un récit, et ce récit est amené comme celui d*Énée.
Adraste prie Hypsipylé de raconter son histoire (7%. V, a3 sqq., 43 sqq.), comme Didon prie Ènée(Én, I, jSS sqq.). Et tous les Argiens désirent entendre cette histoire (7%. V, 4i'2)> comme les Carthaginois qui entourent Énée (En, II, lo).
Hypsipylé (Th. V, ag-So), commence comme Énée luimême (En. II, 3), puis elle explique l'irritation des Lemniennes privées de leurs époux et odieuses à Vénus. Malgré Textrême différence des événements racontés, Stace calque sa narration sur celle de Virgile (i).
Chez l'un et l'autre poète la nuit vient, qui va cacher le massacre, et les victimes s'endorment dans les chants (7%. V, 195 sqq.. En, II, a5a sqq.). Puis le massacre conmience : Hypsipylé s'épouvante en songeant à son père (Th, II, a36 sqq.), ainsi qu'Énée pensant à Anchise (En, II, SSg sqq.). Son père Thoas habite une maison éloignée (Th, V, a4ï sqq.) tel Anchise (En, II, 298 sqq.). Hypsipylé s'enfuit avec Thoas à travers l'obscurité (7%. V, 248), comme Énée avec son père (En, II, 735 sqq); et de même que Vénus apparaît à Énée (En. II, 612 sqq., 617 sqq.), de même Bacchus se montre à Hypsipylé et aide la fuite de Thoas (Th. V, 278 sqq.). Une étoile du reste indique leur chemin aux fuyards (Th, V, 286, En, II, 693 sqq.) (2).
Il peut sembler étrange au premier abord que Stace, racontant une légende que très peu d'années auparavant (3)
(1) On peut noter que les deux poètes débutent par une topographie. ijti. V, 46 sqq. — En. II, 21 sqq.). Remarquons aussi Th. V, 86 sqq. — En. II, 2it sqq. (qualer. . . quater...).
(2) Un délail du récit (Charopée immolant son fils et faisant jurer dans son sang lo massacre de tous les hommes de Lemnos VI, 159, sqq.) rappelle ce passage de Salluste (Calil. XXII, 1) où Catilina fait boire aux conjurés une coupe pleine de sang humain pour les lier dans le crime. — Mais il est possible que Stace ait pris l'idée d'un tel forfait dans les déclamations de l'école, qui dut faire un sort à l'étringe récit de Salluste.
(3) La Th. ayant été commencée en 80 et terminée en 9â, il est permis de croire que le V* ch. est de 85, car nous n'avons nulle raison de supposer
LES SOURCES DE LA THÉBAÏpE 65
Valérius Flaccus avait lui aussi, et plus naturellement, racontée, ait beaucoup moins imité celui-ci que Virgile. En fait, bien que Valérius ait écrit plus de 200 vers sur ce sujet {Argon, II; 78-3o5), on ne rencontré guère dans Stace plus de quatre expressions imitées, et encore l'imitation n'est-elle pas évidente :
a. Erant certe média quae noctis in umbra
Divam (venerem) alios ignés majoraque tela gerentem Tartareas inter thalamis volitasse sorores Vulgarent.
(ryi.V,64sqq.)
Eadem (Venus) efifera et ingens Et maculis sufiecta gênas pinumque sonantem Virginibus stygiis nigramque simillima pallam.
(A/»^. 11, 104 sqq.)
h. Hoc fernim stratis, hoc crédite, ferrum (i)
qae Stace n'ait pas écrit ses XII chants dans l'ordre où nous les montre l'épopée. D'autre part, il parait établi par Peters {De C, Yalerii Flacci vita et carminé, Kônigsb. 1890, 10) que l'inyocation des Argonautiques a été lue en 74 ou 75. Donc le II« ch., où est raconté le massacre de Lemnos, a dû être composé vers 76-77, si Ton croit, avec Baehrens {Valerii F, Àrgon^ Praef. IV), que les poètes latins avaient pour habitude d*écrire un chant chaque année. — Stace a fait d'assez nombreux emprunts à Valérius, surtout dans le V' et le VI« ch. de la 7^. Nous avons cité les principaux et les plus certains ; mais nous avons négligé la plupart des imitations signalées par M. Manitius (PhiloL 48 (1889), 252), soit parce que ce sont de simples rapprochements de mots, soit même qu'il n'y ait aucune ressemblance, ou que les deux poètes paraissent également s'être inspirés de Virgile, (par ex. Th. i, 659, Arg, Vil, 314, En. II, 85 ; TA. 111, 68, ilrflf. 111,386, Én.ll, 661; Th. VII, 46, Arg. VI, 622, En. X 275 ; Th. X, 384, Arg. II, 242, En. IX, 252. Pour la versification, Stace semble devoir aussi beaucoup à Valérius. Cf. Mœrner, De P. P. St. Th. qq. crit. gramm. metricae, 75 sqq.
(1) Dans ce passage, Stace imite plus encore Virgile que Valérius; mais il abandonne le deuxième livre de VÉnéide pour le V"'. Sa Polyxo ressemble à Béroê (En. V, 620 sqq.) : Polyxo retrace aux Lemniennes leurs malheurs comme Béroê le fait aux Trôyennes (Th. V, 104 sqq. — En. V, 623 sqq.). Elle a vif Vénus lui conseillant le meurtre comme BéroÔ
Imposait (Venus).
Gunctantibus ingerit enses (Venus).
{Arg, II, ai6.)
c. Quos tibi nam dubito scelerum de mille flguris Expediam casas ?
(Th. V, 206 sqq.)
Unde ego tôt scelerum faciès, tôt fata jacentum Exsequar ?
(Arg;, II, 216.)
d. His mihi pro mentis
.regno et solio considère patris
Supplicium datur.
{Th. V, 320 sqq.)
Donant solio sceptrisque patemis Ut meritam.
(Arg. II, 309 sqq.) (i)
D'ailleurs dans les deux poètes la cause du crime n'est pas présentée de la même manière, et les moyens dont use Hypsipylé pour sauver son père sont tout différents; les noms mêmes des acteurs et actrices secondaires sont changés. Mais cela s'explique très bien, si Ton imagine que Stace, ayant introduit ce récit précisément pour lutter avec Valérius sur son propre terrain, le compose donc tout exprès d'une façon très différente : plus il s'éloignera de son rival, plus sa victoire paraîtra éclatante.
a vu Cassandre (Th. 134 sqq. ; En. 634 sqq.). Et elle triomphe, comme Béroe {Th. 144 sqq. ; En. 643 sqq.). Dans le massacre on peut citer aussi d'autres imitations : ainsi Gorgé tuant Élymus {Th. V, 207 sqq.) : comparez avec VÉnéiiU (IX, 324 sqq.y; des formules de transition pareilles {Th. V, 453 ; En. H 506 sqq.) ;. des exclamations {Th. V, 33, En. M, 355).
(1) Citons encore, pour n'omettre aucune imitation vraisemblable,
Th. V, 172 sqq. Àrg., II, 231 sqq.
LES SOURŒS DE LA THEBAÎDE 67
Dans la seconde partie du récit d'Hypsipylé, Stace s'écarte bien plus encore de Valérius : celui-ci en effet n'a pas à refaire la brillante énumération des Argonautes, ni la description d^une tempête (i) ; il ne parle pas non plus d'un combat. Des sources de l'énumération on ne peut rien dire, sinon que Stace a puisé un peu partout, sans qu'une imitation précise se détache ; on ne peut même lui attribuer un catalogue particulier des Argonautes, car il est loin de les avoir tous nommés (q). En revanche il a accumulé les imitations dans sa description de la tempête, mais, comme il fallait s'y attendre, les principaux traits sont empruntés à Virgile :
Jamque aberrant terrae, quantum Gortynia currunt
Spicula, caeruleo gravidam cum Jupiter imbri
Ipsa super nubem ratis armamenta pelasgœ
Sistit agen9 ; inde horror aquis et raptus ab omni
Sole dies mîscet tenebras quis protinus unda
Goncolor.
(r/i. V, 36isqq.)
Postquam altum tenuere rates nec jam amplius ullœ Apparent terrse, cœlum undique et undique pontus, Tum mihi caeruleus supra caput adstitit imber Noctem hiememque ferens et inhorruit unda tenebris (3).
{En. Vil, 192 sqq.)
Les vers suivants de Stace rappellent la tempête, du I^^hyre de ï Enéide:
(1) Valérius s'en est acquitté dans son premier chant : énumération 350-482. Tempête, 608-692.
(2j Stace n'a cité que dix-huit noms d'Argonautes qui tous se retrouvent chez Apollonius de ilb. et chez Valérius, un seul excepté, celui de Thésée (V, 432). — Mais Thésée figure dans le catalogue d'Apoliodore (1, 9-16-8) et dans Hygin {Fab. XIV). D'ailleurs, Stace a été fort mal inspiré de le mettre parmi les Argonautes en même temps que Talaus. Talaus, père d'Adraste, qui est déjà vieux lui-même, était beaucoup plus âgé — selon les données du poète — que Thésée, qui reparaîtra au XII' ch. de la Thébaïde dans la force de l'âge.
(3) Vhrgile imite ici très directement Homère (Odyss. XII, 403 sqq). On ne voit pas que Stace ait imité Homère à travers Virgile.
Obnixi lacérant cava nnbila venti Diripiunique fretum, nig^ris redit hunUda tellua VerticibuSj etc.
{Th. V, 366 sqq.)
His nnda dehUcens Terram inter fluctus aperit^farit aestus harenis.
(En. I» io6sqq.>
D'antres traits sont d'Ovide (i). Ainsi qnand tous les passagers s'efïbrcent de garantir leur vaisseau :
(1) On en peut indiquer quelques autres, qui ne sont sans doute que de simples réminiscences :
a) Tyndaridem iterans gelidique in nube parentis Vêla laborantem Galain subneetere malo Voce manuque rogqt (Jason).
{Th. V, 407 sqq.)
« Ardua jamdudum demiltite oornua », rector Clamât^ et aniemnU toium iulmeelite vélum.
{Met. XI, 483 sqq.)
b) Jamque aberant terris quantum Gortynia currunt Spicuia. .
{Th. V. 36 sqq.)
Tantum aberat scopulis quantum Balearica torto Funda potest piumbo medii transmittere cœli.
{Met. IV, 709 sqq.)
c) Unda .. concolor.
{Th. V, 363.) Concolor (unda).
(Ifé^ XI, 500.) (Cf. Val. FI. I. 611.)
d) Certe stat fa ma remolis Gentibus : aequorei redierunt vellera Phrixi.
{Th, V, 474-5.)
Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que ces vers, sur lesquels ont inutilement pâli tous les commentateurs, ne peuvent se comprendre que si on les rapproche de deux vers d'Ovide {Heroïdes, VI) (Hypsipylé à Jason), 1-2.
Littora Thessaliae reduci tetigisse carina
Diceris auratae vellere dives ovis.
Le sens me paraît être : « (amant trompeur I) du moins le bruit s*en est répandu en des contrées lointaines: tu as rapporté la toison de Phrixus» (c est-à-dire tu es revenu en Tbessalie, mais non à Lemnos).
Pars clipeis munire rates, pars aequora tando Egerere.
(r^. V, 3fô6)
Pars munire latns, pars ventis vêla negare, Egerit hic flactns. . .
(Ov. Méi. 487-8)
Un autre est de Lucain, celui où les héros combattent, gênés par le roulis :
Ast aiii pagnant, sed inertia motn Corpora, snspensaequc carent conaminc vires.
Incertasqne manus ictu iangnente per undas Exercent. . .
(Phars. m, 695-3)
Au reste, il est possible que Stace ait puisé quelques détails encore chez des poètes que nous ignorons. Les «iventures d'Hypsipylé étaient un des thèmes favoris des poètes du I*' siècle, s'il en faut croire Perse :
Hic aliquis
PhyUidas, Hyi>sipylas, vatum et plorabile si quîd Eliquat.
iSat. I, 29 sqq.)
Et de fait une des Héroîdes d'Ovide (la V^e) est une lettre d'Hypsipylé à Jason. Mais il n'y est pas question des massacres (i).
(1) Nous possédons trois récits poétiques des massacres de Lemnos et de Tarrlyée des Argonautes : celui d'Apollonius de Rhodes {Arg, I, 600 sqq.), celui de Valérius Flaccus [Argon. II, 81 sqq.) et celui de Stace. Il est intéressant de les comparer avec quelque détail :
1« En ce qui touchr aux causes du crime, les trois poètes sont d*accord — c'est la colère de Vénus négligée qui inspire aux Lemniénnes l'idée de» tuer tous les hommes de Tlie.
Mais Apollonius (1, 610 sqq.) dit que les maris abandonnèrent leurs femmes pour s'attacher à des Thraces, et son scoliaste (Cf. Uictance, Ad
II» Mort d'OpheltAs (V, 499-753).
Mais tandis quHysipylé achève son récit et que Tarmée argienne défile, an serpent, consacré à Jupiter, tue Opheltès. Aux cris que pousse Hypsipylé en le retrouvant mort, les chefs argiens
Siat, Theh. V, 21) dit que cet abandon avait pour cause une odeur de bouc envoyée aux Lemniennes par Venus.
Valérius (II, 97 sqq.) dit que les Lemuiens n'étaient pas infidèles à leurs épouses, mais que Vénus le fit croire k celles-ci.
Stace (V, 58 sqq.) ne dit pas que les Lemniens trahirent leurs épouses, mais qu'ils les abandonnèrent pendant trois ans (V, 112).
2« Dans la préparation du crime, il y a des divergences :
Selon Apollonius (I, 613 sqq.), les Lemniens au moment du complot étaient déjà revenus avec les femmes thraces. — Pas de détails.
Selon Valérius (II, 115 sqq.), les Lemniens sont absents (et Innocents) quand les Lemniennes Jurent leur mort. —Nombreux détails.
Selon Stace aussi (V, 90 sqq.), les maris sont encore en Thrace à l'heure de la conjuration. — Assemblée des femmes, horrible serment, peut-^tre inspiré d'Eschyle (Th. V, 152 pqq., Esch. Sept, 42 sqq.)
3° Dans l'accomplissement du grime.
Apollonius dit simplement (1, 617 sqq.) que les Lemniennes tuent avec les femmes thraces leurs maris et leurs propres enfants.
Valérius (II, 186 sqq.) que les Lemniennes, après des fêtes simulées, excitées par Vénus, assaillent leurs maris stupéfaits et les tuent avec les femmes thraces et avec leurs enfants.
Stace (V, 170 sqq.) montre aussi les Lemniennes accueillant avec une jbio feinte leurs maris très épris, puis les égorgeant pendant leur sommeil, tandis que Vénur surveille le massacre. — Nombreux détails.
4* En ce qui rboardk le sauvetage de Tboas, nombreuses différences.
Apollonius (I, 6S0 sqq.) dit, sans détails, que Hypsipylé sauve son père Thoas et l'embarque pour Oenée.
Selon Valérius (II, 242 sqq ), Hypsipylé, l'épée à la main, force son père à se cacher sous la robe de la statue de Bacchus, puis le fait évader en Tauride. (Cf. Hygin, 15.) ^ Selon Stace (V, 240 sqq.), Thoas, sauvé par sa fille, comme Anchise par son fils et guidé par Bacchus, passe par mer à Ghio.
5« Sur le séjour des Argonautes.
Apollonius (I, 633-910) parle d'une tempête et des préparatifs d'un com-
LES SOURCES DE LA TIlÉBAÏDE Jl
accourent et Gapanée tue le dragon (565 sqq.). Mais le bruit de ce malheur arrive aux oreilles de Lycurgue, qui veut venger son ûls sur sa nourrice : il est arrêté par les chefs argiens, et entre eux s'engage déjà un combat calmé à grand'peine par Adraste et Ampbiaraûs (709). A ce moment, où Hypsipylé a failli payer de sa vie ses longs discours, arrivent ses fils Eunéos et Thoas ; et Amphiaraûs ordonne, de la part d'Apollon , de célébrer des jeux funèbres en l'honneur d'Opheltès qui s'appellera désormais Archémore.
Avec cette fin du V»* livre, nous rentrons dans le sujet qu'ont traité avant Stace — avec moins de longueurs sans doute — les auteurs de Thébaïdes (i) : c'est la préparation même des jeux qui seront décrits au livre suivant, et tous probablement ont décrit ces jeux. D est à croire toutefois que parmi les modèles de Stace dans ce passage, Euripide, directement ou indirectement, tient le premier rang. Sa tra-
bat qui n'a pas lieu, puis il décrit le débarquement des Argonautes, leurs amours, après un faux récit d'Hypsipylé nommée reine, et leur prompt départ. — La plupart des vers sont consacrés à peindre Jason et la chlamyde, œuvre des Grâces, dont Hypsipylé lui fait don.
Valérius (II, 311-498) ne parie pas de combat ni de tempête. ~ Les Argonautes sont accueillis sur les conseils de la vieille Polyxo ; ils visitent rile et partent au bout de quatre mois, la saison des pluies terminée.
Stace (335-498) décrit tempête et combat, énumère les Argonautes, les amours (amour forcé pour Hypsipylé) et le départ. des guerriers après un an de séjour, Hypsipylé étant mère de deux jumeaux (464).
Apollonius est le plus fidèle à la primitive légende, évidemment, lorsqu'il décrit le mépris des Lemniens pour leurs femmes, leur amour pour des concubines thraces, les massacres, le faux récit des Lemniennes aux Argonautes et le départ de ceux-ci.
Valérius Flaccus brode et fausse ; il délaisse la vraisemblance pour les inventions merveilleuses, pour les discours d'un pathétique déclamatoire.
Stace brode aussi, mais il est moins invraisemblable, plus psychologue ; d'ailleurs il s'est visiblement inspiré de Valérius sur certains points, notamment dans la perpétuelle intervention de Vénus.
(1) Voir Les Légendes Thébaines, — Quant à la mort d'Opheltès et du dragon, et à la lutte commencée entre un chef Argien et Lycurgue, ils ont fourni le sujet de beaucoup d'œuvres d'art. — Cf. S. Reinach, Vases peints, I, 235 B, et 466-3.
^a LK SUJET ET LES SOURCES
gédie d*Hypsipylé» nous l*ayons vu, traitait exactement le même sujet, et nous avons déjà eu l'occasion de rapprocher de Stace quelques-uns de ses vers. Ajoutons que la pièce se terminait par la reconnaissance des deux fils d'Hypsipylé, ainsi que le prouve le fragment 766 NauckV Or Stace n'a pas omis cette reconnaissance (7%. V, 7 io8qq.)(i), et du reste depuis Euripide elle était passée dans le domaine do la légende, puisque Hygin (Fab. i5 et Fab, a^S) cite aux jeux Néméens Eunéos et Deiphilus (a). Nous avons vu même que, selon O. Schneider {Callimachea, II, 66 sqq.), Hygin avait pris cette indication dans les AYTia de Callimaque. Mais, selon sa coutume, Stace ne s*est pas fait faute de mêler à ses modèles grecs des modèles latins ; il imite Ovide dans sa description du serpent :
Terrigena exoritur serpens, tractuque soluto Immanem sese vehit ac post terga relinquit.
Livida fax oculis, tumidi stat in ore veneni Spuma virens, ter lingua vibrât, terna agmina adunci Dentis et auratae crudelis gloria firontis.
(Th. V, 5o6 sqq.)
(1) Môme U l'accompagne de prodiges, comme il devait s'en présenter à la fin de la pièce d'Euripide :
Addita signa polo, lœtoqae ululante tumultu Tergaque et sera dei motas crepuere per auras.
(V, 7» sqq.)
(Si) Sur les noms, l'accord manque : Hygin dit (15 et 273) Eunéos et Deiphilus, Apollodore(I,9-17-2) Eunéos et Nébrophonos. Mais une inscription de Gyzique {ÀnlhoL Pal.) :
4>S(vi, (**)dav, Hàxxoio çurbv tbSi * |j.aTépa yàp <rou
PuffT) Tou OavdtTov, olxétiv T«j;twùXav.
& tbv àTt' ËùpuStxa; JItXt) x^^^v, ^|j.o; àiroupaç
vlSpo( ôyS; 'fi^iTOLÇ ÛXi^iv 'Apxif'Opov.
llnCxi êè xal 9Ù, Xiii(i)v 'Aatoic^êo;
Ytiva|jiévv)v ôtÇtov A^|ji.vov i; ^ya6iY)v.
Kt lo lemma nomme Euneus et Thoas, et peut-Atrc le nom de Thoas venait-il de VHypsipylé d'Euripide, car plusieurs des inscriptions de Gisyque suivent très fidèlement les versions particulières d'Euripide.
Nunc ille dei circamdare templa Orbe vago labens, miserae nanc robora silvae Atterit et vastas tenuat complexibas omos.
{Th. V, 5i3 sqq.) (i).
Qaantas ab arctois discriminai aethera plaustris Angais et asque notos alienumqae exit in ôrbem.
{Th. V, 529 sqq.)
Martias angais erat cristis praesignis et auro : Igné micant oculi. Corpus tumel omne veneno : Tresqae vibrant linguae. Triplici stant ordine dentés.
(Ov. Met. m, Sa sqq.)
Ipse modo immensum spiris facientibus orbem Gingitur, interdum longa trabe rectior exstat, Impete nunc vasto ceu concitas imbribus amnis Fertur et obstantes protorbat pectore silvas (i). ,
{Ih. 77 sqq.)
Tantoque est corpore quanto Si totum spectes, geminas qui séparât Arctos (a).
{Ih. 44 sqq.)
Signalons enfin quelques imitations de Virgile dans les vei*s (juî apprennent à Lycurgue la mort de son fils :
Th. V, 638 - En. XI, 189 sqq.
653 148 sqq.
(1) Le serpent d'Ovide ne brise les arbres qu'après sa blessure. Stace fait des forêts écrasées le divertissement habituel du monstre consacré à Jupiter.
(2) La comparaison d'Ovide est conforme à l'astronomie, mais non celle de Stace qui confond les signes de Thydre et du dragon. (Cf. 0. MûUer dans son édition à propos de ces vers.)
12° Les funérailles d'Ophbltès (VI, 1-226 [248]) (i).
Après avoir énoméré les jeax célèbres de la Grèce et leurs fondateurs (i sqq . ), Stace décrit les cérémonies funèbres consacrées à Archémore et au serpent (95 sqq.)* D'un côté» tandis que pleure Lycurgue, se dresse le bûcher de l'enfant (45 sqq.); de l'autre, celui du serpent pour lequel on a dévasté la forêt (80) [84] sqq.). Alors part le convoi, au milieu des parents qui se lamentent et des chefs argiens, puis le feu est mis au bûcher (187 [202] sqq.), et des cavaliers exécutent trois fois la course funèbre autour des bûchers. Les ossements sont recueillis et ensevelis, et en neuf jours un superbe temple est bâti en Thonneur d' Archémore (220-26).
Stace a-t-ii imité dans ces funérailles la Thébaïde cyclique oi\ la Thébaïde d'Antimaque ? On ne sait, car il ne nous est resté de ces deux épopées aucun fragment ayant trait à cette scène. Mais il est peu probable que le poème cyclique ait traité si longuement ce sujet; et celui d'Antimaque, malgré
(1) Dans cet épisode, Kohlmann a rejeté du texte 22 vers. R. Helm (op. cit, 112-119) a protesté contre cette éviction et attaqué l'autorité du Cod. Puteajius (?) à cette occasion. Mais, outre que les raisons données par 0. Mûlier, par Kohlmann (Praef. VIII) et par Klotz [N. F. XVI!. 1. 157 sqq.) en faveur du Puieanus, ne sont pas ébranlées par les arguments de Helm, il est à noter que les vers 79-83, 88-89. 22!7-233 manquent aussi bien dans le Cod. Bamhergensis (B), loué par Helm, que dans le Puteanus. Quant aux vers 177-185, ils manquent dans B, mais sont dans P, (sauf les deux derniers) : le scoliaste ne les expliquant pas, Koblmann les a' aussi supprimés.— Ces suppressions sont très légitimes, bien que les vers rejetés ne fassent point tache dans le texte de Stace. La contradiction signalée par Mûller entre 181 (vers rejeté) et 16'), 169 (vers conservés) est légère, et no surprend pas dans la Thébaïde^ remplie de ces négligences. Il ne faut même pas voir avec MIedel (De anachronistno, etc. 51) un anachronisme dans ces litui que mentionne le vers 228 (supprimé) ; Virgile, en tous caf*, donne aussi 4es Litui aux compagnons d'Énée {En. VI, 167). — Les vers 51-53, qui sont dans tous les mss, sauf P, sont mis entre crochets par Kohlmann, mais non rejetés du texte.
ses dimensions énormes, a pu n'y faire aussi qu'une allusion assez rapide, comme Apollonius dans ses Argonaatiques (l, 1067 sqq.). Du reste, notre poète n'a pas manqué d'illustres modèles : Homère, dans le XXIII® chant de V Iliade, a décrit les funérailles de Patrocle et Virgile dans le XI« chant de VÉnéide, celles de Pallas (i) : Stace les a imités tous les deux ; l'imitation de Virgile est plus apparente assurément; mais on ne peut guère mettre en doute celle d'Homère, qui aTait déjà inspiré Virgile, d'autant que Stace réunit dans un même chant, funérailles et jeux funèbres, comme Ta fait Homère lui-même, mais non Virgile. Nous signalerons ici les passages concordants des trois poètes :
Th. VI. En. XI. IL XXill.
Les préparatifs commencent dès Taurore a5 sqq. i8a sqq. (a) 109
//. XiX.
Le petit cadavre est sur le
seuil (3) du palais de
Lycurgue 38 ag aia
Ses parents ou ses amis
l'entourent en pleurant. . 29 sqq. 3o sqq. ai 3
(1) C'est un sujet d'ailleurs traité par presque tous les poètes épiques, et, comme dit Vahlen {Enn, poes. reliq. 193) forma priocipum poetarum usu sancita. » Aux exemples cités par Vahlen (//. XXIII, 114 sqq. Ennius, fr. 193, Enéide, VI, 179 et XI, ISBsqq.; Sillus Ilalicus, Pun. X, 529, ajoutons Valérius (Àrg. 111, 274) qui imite souvent Virgile plutôt qu'Apollonius, très court (I, 1057 sqq.), et Q. de Smyrne (III K25 sqq.) qui imite Homère.
(2) Je ne sais pourquoi Heyne (cf. Forbiger, ad Aen, XI, 142 sqq.) conclut du passage de Virgile que celui-ci fait allusion à la vieille coutume romaine de rendre les derniers devoirs pendant la nuit (cf. Kirchmann, De Funer, II, 3). Virgile (XI, 142) a une raison tout autre, puisqu'il montre le corps de Pallas, d'ailleurs enlevé au matin (XI, 1 sqq.), arrivant après un voyage de tout un jour ciiez son père Évandre.
(3) Homère dit àvà «pcjeupov ; Virgile et Stace, ad limina, mais peutêtre ne faut-il pas donner au mot limen un sens trop précis. Cependant Suétone dit que le corps d'Auguste fut exposé dans le vestibule de sa maison de Bovilles {investibulo domus. Àt^. 100).
j6 LE SUJET ET LES SOURCES
Th. VI. En. XI. Il XIX.
A l'arrivée des chefs, les pleurs redoublent 3; sqq. 36 sqq. (i)
Adraste essaye de consoler Lycurgue 47 sqq» 4^ sqq.
Une claie est construite. . . 54 sqq. 64 sqq. (a)
Ornements de l'enfant portés avec lui au bûcher. . . 74 sqq- ^^ sq<I* (3)
Bûcher du serpent et de ^,5 „^
renf«it;forêtdéva8tée(4) „^ ^'q^'q ) (VI,,:ï^i85) î .64 sq?.
Convoi. — Trophées. — La claie emportée sur les épaules (5) 119 sqq. 59, 83 sqq. ia8 sqq.
Lamentations d'Eurydice . i3a sqq. i5a sqq. (6)
(1) Cette scène n'est pas chez Homère, bien que Homère lui-même ait montré le corps de Patrocle gardé par des hommes, qui pleurent en l'absence d'Achille (XIX, 213). Au reste, la situation diffère dans chacun des trois poètes.
(2) Homère ne parle pas de claie; il dit que le bûcher est construit seulement quand le corps de Patrocle arrive, les arbres ayant été coupés auparavant {II. XXIII, 112, 164 sqq.K Virgile (XI, 185 sqq.) ne donne aucun détail sur la construction du bûcher ; il ne s'étend que sur la construction de la claie qui emportera Pallas (XI, 64 sqq.), et Stace parait confondre le bûcher et la claie (cf. Th, VI, 55, 79 sqq., 111 sqq.).
(3) Virgile ayant décrit les armes de Pallas destinées à son bûcher, Stace croit qu'il doit faire le même honneur à Archémore ; mais Archemore est tout petit ; il s'agit donc d'armes que son frère lui avait préparées pour son adolescence. Cf. R. Helm {op. cit, 88).
(i) Cf. Ennius, /r. 193 (Vahlen), Enéide, VI, 189 sqq. et XI, 135, Lucain, Ph. III, 440 sqq. Ovide, Métam. (X, 90 sqq.). Je ne vois, en dépit de Helm, nul rapport d'imitation entre Iliade, XXIII, 116, et Th, VI, 109 : mais Virgile est imité fort clairement et un trait (v. 95), est bien emprunté à Ovide, d'autres peut-être à Lucain.
(5) Pour les tituli et les fercula, même remarque qu'à la note 3. Les compagnons de Pallas emportent les trophées qu'il a conquis à la guerre, les Argiens n'emportent pas ceux d'Archémore et pour cause, mais ils portent des sortes d'écriteaux qui les signalent eux-mêmes (tituli). et qu'on brûlera sans doute. Imitation directe entre Th, VI, 129, et En. XI, 60 sqq.
(6) Bien que la situation soit différente, les plaintes d'Eurydice sont calquées, en de certains passages, sur celles d'Évandre recevant le
LKS SOCRCKS DE LA THEBAIDB
7%. VI En. XI 71. XXIU
Lycargae coape sa chevelure sur le bûcher, — ses plaintes i8o sqq.(i) i4i sqq.
Le feu est mis au bûcher (a) 187 186 177
Libations sur le bûcher (3) 194 sqq. \
Én.\ 77 sqq. 170
> En. m
*A. VI !ia4sqq.
JÎh.XI
Course fîmèbre (decursio
tema) (4) 197 sqq. 188 sqq. i3
Victimes ^^i^ées dans le
bûcher ao5 197 166 et
170 sqq.
cadayre de son fils : Th. VI, 137 sqq., 146, 159 sqq. En. XI, 158 sqq., 156, 164 sqq. Rien de cela chez Homère.
(1) Rien de cela chez Virgile, mais bien chez Homère : analogie entre les paroles d'Achille (XXIII, 144 sqq., et celles de Lycnrgue (VI, 182 sqq.),
(2) Virgile est visiblement imité dans l'expression.
(3) Les libations diffèrent dans chaque poète. Stace juge bon notamment de faire répandre da iait pour marquer qu'Opheltès était encore à la mamelle.
(4) Cf. Apollonius de Rh. Arg. I, 1059 sqq. et Valérlus Flaccus, III, 347 sqq. La decursio décrite par Stace diffère notablement de celle dont Homère fait mention avant les funérailles et même de celle de Virgile ; elle se termine d'ailleurs par un détail assez étrange. Après avoir tourné sur leur gauche, en signe de deuil, autour du bûcher d'Archémore, les Argiens tournent à droite autour du bûcher du serpent, et le scoliaste explique ce changement en disant : « Ut funeribus ctbsolvantur .. orbe dextro redeunt milites. » Explication inadmissible évidemment. Au surplus, Stace seul dit que les cavaliers tournaient sur leur gauche autour des bûchers. — Une autre difficulté insoluble, à mon sens, se présente dans ce passage. Selon le poète, les cavaliers tournent trois fois en frappant sur leurs armes, et il en résulte que quatre fois leurs armes résonnent, tandis que les femmes poussent des cris quatre fois aussi !
Ter curvos egere sinus, inlisaque telis
Tela sonant, quater horrendum pepulere fragorem
Arma. (202 sqq.)
En. XI