LK SUJET KT LBH BOURGES
Th. Yl
Armes jetées 209
Le feu est éteint à la nuit (avec du vin) (1) 2i3
Souvenir du novemdiale (a) 21Ô Tombeau (3) 220 sqq.
Plusieurs conclusions se déduisent de cette comparaison et des notes qui la précisent. La plupart des rites décrits par Stace se retrouvent non seulement chez Virgile, mais chez Homère, ce qui n*a rien de surprenant, puisque tous les poètes épiques ou presque tous ont pris Homère pour modèle. Cependant Stace ne parait imiter directement qu*un seul passage de V Iliade {Th. VI, 180 sqq., IL XXHI, 141 sqq*)i ^^ encore Timitation n*est-elle pas prouvée ; au contraire il reproduit constamment Virgile. Il a cependant visé à Toriginalité, mais cette originalité est d*espèce toute particulière. Cest ainsi qu*il ne se borne pas à décrire les rites, mais qu'il les explique aussi ou leur donne un sens symbolique (4) : pourquoi les pleurs redoublent-ils autour de Tenfant mort, quand apparaissent les
(1) Les trois poètes disent bien que le feu s'éteint dans la nuit ; mais VirgUo ne dit pas comment, Homère parle des coupes de vin répandues, Stace d'eau {Imbre).
(2) ^Coutume exclusivement romaine : 11 n'en est pas question dans YUiaie d'Homère, mais dans Viliade latine {lUas lat. 874). Cf. Suétone, Néron, 33. Porphyrlon(4d. i/or. &>., XVII, 48) : Novemdlale didtur sncrlflclum quod mortulsût nona die qua sepulti sunt.
(3) Cf. ApoU. Rh. Arg. I, 1062. Aucune comparaison à faire entre le tombeau de Patrocle (seulement de la terre r(^pandue) et le monument splendlde drossé on 9 Jours d'une façon si Invraisemblable en l'honneur d'Archémore. Au reste, le temple que vit Pausanlas (II, 153) était bien plus modeste. Frazer (Paus. III, 92) croit l'ayoir reconnu. C'était sur un monticule de 44 pas sur 34, une sorte de chapelle avec de petits piliers doriques et un entablement ionique.
(4) Cf. les coupes de luit versées sur le bûcher (rapii gratlssima cymbi lactis, VI, 149).
chefs? C*est parce qa^il semble que la scène de inoii se renouvelle, et que ce soit le serpent même qui entre (YI, 39 sqq.). De même, si Fassistance entoure le bûcher» c'est pour cacher aux parents le funèbre spectacle (VI, 189 sqq.). Sauf de nombreuses allusions aux mœurs romaines, dont on parlera ailleurs, on ne voit pas d'autres nouveautés.
i3® Les Jeux funèbres (VI, aaj [!i49]-9^i [%^]-
Le neuvième jour au matin (aSg), commencent les jeux. Après le défilé des victimes et le défilé des ancêtres (!i43*a73), s'engage la lutte des chars : y prennent part Polynice, avec Arion, le cheval divin d'Adraste, Amphiaraûs et Admète, également chers à Apollon. Le char d' Arion arrive premier, mais privé de son conducteur, et Amphiaraûs est proclamé vainqueur (2174^37), Parthénopée, après une seconde épreuve, l'emporte à la course (5a8-6!i8). Hippomédon triomphe facilement au jet du disque (6^4* 7o3). Gapanée, après avoir été presque vaincu, reçoit le prix du ceste, tant il parait redoutable (704-800). Tydée sort vainqueur d'une lutte brillante (8oi-885). Polynice est proclamé vainqueur à la lutte armée sans avoir combattu (886 898). Adraste lance une flèche, pour qu'aucun des chefs ne sorte des jeux sans victoire, et il en résulte un cruel présage (899-921).
On retrouvera dans cet épisode comme dans celui qui précède, nombre d'imitations d'Homère et de Virgile. Avant de les signaler dans le détail, montrons sous quelles influences et dans quelle intention Stace a composé et dessiné ses jeux.
Que dans la Thébaïde cyclique et dans celle d^Antimaque les luttes néméennes aient été décrites, on n'en peut guère douter (i), mais il n'est rien demeuré de ces descriptions.
(1) 11 est probable que la Thébaïde c^c/i^ue attribuait la fondation des jeux aux Sept. (Cf. ÂpoUodore, III, 66). Mais quelques-uns disent que les Jeux Néméens furent institués pa^Hercule- vainqueur du lion de Nômée (Lactance, Àd, Theb. IV, 160). Voir sur cette question Les Légendes Thébaines, ch. III, 4.
Cependant les mythographes anciens nous ont parlé des jeux Néméens. ApoUodore (III, 66) nous a laissé une liste des vainqueurs ; Hygin {Fab. a^S) nous en dit aussi un mot: il y a lieu de les comparer avec Stace.
Jeux
Apd.
Hygin
Stace
chars
Adraste
course
Étéoklos
ceste
Tydeus
saut
Amphiaraûs
disque
Amphiaraûs
Javelot
Laodokos
lutte
Polynice
arc
Parthénopée
lutte armée
Eunéos et Thoas (i)
Amphiaraûs
Parthénopée
Gapanée
Hippomédon
Tydée
Adraste
Polynice
Il n*est pas certain que la liste d' ApoUodore soit exactement conforme à celle de la Thébaïde cyclique, car on sait (q) qu* ApoUodore suit les logographes plutôt que les poètes épiques ; mais elle s*en rapproche assurément plus que celle de Stace : i*' en attribuant le prix de la course des chars à Adraste et à Arion, ce qui est fort naturel puisque Arion est un cheval divin; a"" en donnant un prix à Étéoklos, personnage ancien dans la légende et que Stace a oublié ; 3o en parlant de la lutte- du javelot, qui est aussi dépeinte chez Homère {II. XXIII 884 sqq.), et qui s'était perdue depuis. Si Stace ne Ta pas suivie, c'est qull en use très librement en ces matières, comme on Ta vu déjà par nombre de légers
(1) Hygin, A 273. — Cf. Uctance {ad St. Theb. IV, 710) selon lequel Hypslpylé reconnut set enfants au moment où le héros les proclama vainqueurs. Faut-il croire que ce mode de reconnaissance venait des AUiol de Callimaque,qui suivait Hygin selon 0. Schneider (Ca^^itnocAea, 11,55 sqq.), et peut-être de i'HypsIpylé d'Euripide ? On ne sait.
(2) Voir Les Légendes Thébaines, cb. V, 3.
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changements (i), et qa*il avait ici de très sérieuses raisons d*altérer la légende : i^ Il voidait imiter Homère et Virgile. Aux jeux funèbres de Patrode (/{. XXIII, ofei sqq.), il a emprunté plusieurs traits dans sa course des chars, dans la lutte armée, le combat du disque. Aux jeux funèbres consacrés à Anchise (En. V, lo^ sqq«) il a emprunté nombre de détails dans le combat du ceste, de la course, de Tare ; ao il Toulait couronner tous les chefs, comme il le déclare formellement :
Ne Victoria desit Una dncnm numéro
(Th. VI, 901),
et, pour cette raison, il devait changer les noms des vainqueurs, et réduire à sept le nombre des jeux (o).
(1) Il change aotsi les noms des chevanz : Aotlmaqae nommait ceux d'Àdraste Arion et Kaeros. (Pansan. VIII, 25,9. — Kinkel, fr. 25, p. 284). Il n'est plus question de iCaeros pour Adraste chez Stace. Le même Antimaqoe nommait (prohablement) cens d'AmphiaraOs, Tboas et Dias {Se. ad Pind. 01., Vf, 21. Cf. Kinkel, fr. 31, p. 285). Stace les appelle Aschetos, Gycnns (VI, 441; et Gaeros (VI, 502). On remarquera à propos de ce même fragment d'Anlimaque, que probablement, suivant la correction de Stoll, Antlmaque comme Stace (TA. VI, 329) donnait à Amphlaraûs des chevaux originaires d'Amycl6es.
(2) C'est eu partie pour la même raison qu'il néglige le coml^t du Javelot, malgré l'exemple d'Homère (//. XXIII, 88i sqq.) assez fidèlement suivi jusque-là. Je ne sais s'il n*y a point dans Stace quelques traces d'une imitation des anciennes Thébàideif, par exemple quand il montre Arion errant à droite et à gauche à travers le cirque, sous la conduite de Polynice. En effet Quintns de Smyme fait errer jiinsi le cheval d' Arion, conduit par Sthénélos qui le tient de Diomèdc {Posthom. V, 563 sqq.). Or Quiotus de Smyme imite souvent Homère, comme on va le voir ; il a donc pu imiter aussi les anciennes épopées célèbres. En tout cas, Il est très peu vraisemblable qu'il imite Stace. — Mais de ce que Quinlus de Smyme fait triompher à la lutte le fils de Tydée (iV, 217 sqq.), comme Stace fait triompher Tydée lui-même, je ne veux rien conclure. Il aurait fait lutter ici Ulysse contre Ajax, à l'imitation d'Homère {II. XXIII, 708 sqq.), s'il n'avait représenté Ulysse blessé à ce moment {Poslh. IV, 59 ^sqq.). 11 fait en effet combattre, autant qu'il le peut, les mêmes guer-
Su LE SUJET ET LES SOURCES
II semble môme qu'on puisse entrevoir pourquoi Stace a modifié rordi*e des jeux. On verra plus loin qu'il a disposé la mort de ses héros, d'après celle des héros de Virgile : ici, en disposant leurs jeux et leurs récompenses, il tient compte tout ensemble et de Tordre où ils mourront et de l'ordre des jeux dans YÉnéide. On trouverait naturel, puisque leurs triomphes sont des présages (dirae recinebant omina Parcae, Th. VI, 898), qu'il montrât successivement vainqueurs : i*» Amphiaraûs (qui disparaît au Vil* chant); aoTydée (tué au VHP); 3° et 4" Hippomédon et Parthénopée (tuésauIX*); 5« Capanée (tué au X«); 6® Polynice (tué au Xl«); 7° Adraste (qui fuit au XI«).
Mais comme il faisait triompher Parthénopée à la course (i) et que Virgile — qui du reste ne décrit que quatre jeux (a) — plaçait la course au deuxième rang, il a donc mis deuxième Parthénopée qui devait être le quatrième, et par suite il a reculé Tydée. D*autre part, ayant plus de jeux à dépeindre
riers qu*Homère (cf. IV, 324) ; ici, ne le pouvant pas, il choisit, comme adversaire d'A jaz, un des Grecs les plus vaillants. De même pour la course (Posth. IV, 186.) — Je ne signalerai pas non plus Admète prenant part à la lutte (les chars chez Stace(r/». VI,310sqq.), bien qu*Admôte,roideTbessalie, ne soit représenté nulle part ailleurs comme ayant pris part à la guerre de Thèbes dans les rangs argiens. Q. de Smyrne a fait participer le fils d'Admôte, Eumélos, à la course des chars {Postk. iV, 503), mais Homère aussi (//. XXII 1, H80), et c'est sans doute d'Homère que Stace s'est inspiré.
(1) A l'imitation de Virgile qui fait triompher Euryale, un tout Jeune homme, presque un enfant (En, V, 295 sqq.). Dans l'épopée ancienne, c'étaient de véritables guerriers qui l'emportaient à la course, car la rapidité était une des qualités les plus nécessaires du guerrier (cf. Uiade^ XXll, combat d'Achille et d'Hector et Tépithète d'AchUle, itôbaç (bxûc, 7co8u>xT)c); mais les mœurs s'étaient modifiées avec les besoins, et à Rome on ne s'exerçait plus guère à la course que dans l'enfance et dans l'adolescence. Virgile, se souvient cependant des mœurs héroïques dans sa peinture de Camille {En, VII, 806 sqq. et XI, 718 sqq.), mais encore faut-il remarquer que Camille était une jeune fille. Ses héros et Camille même (En, XI, 705 sqq.) combattent ordinairement à cheval.
(2) Je ne parle pas du ludus Trojanus^ qui n'est pas un combat à proprement parler.
que Virgile, il a intercalé celui du disque, du ceste et de la lutte armée dans les jeux de ï Enéide; et comme il tenait, par une imitation de Virgile encore (i), à faire combattre Gapanée au ceste, d'autres déplacements en ont résulté. Si bien que nous trouvons tshez lui Tordre suivant :
Th.
En.
V chars
Amphiaraûs
disparu le i"
régates
Gloanthe
a* coarse
Parthénopée
tué le 4«
course
Euryale
3* disque
Hippomédon
tué le 3«
4* ceste
Gapanée
tué le 5'
ceste
Entelle
5* lutte
Tydée
tué le a*
6» lutte armée
Polynice
tué le 6*
7* arc
Adraste
disparu le 7*
arc
Aceste
Si à ces imitations des poètes précédents nous ajoutons Tinfluence des mœurs romaines, nous aurons une vue très exacte du dessin général de l'épisode. Notons d'abord qu'à l'époque héroïque, on n'usait pas ordinairement de quadriges, mais debiges (a), soit dans les combats soit les jeux (cf. Iliad. VIII, 186 sqq., XXIII, 296, 336-7, 379» ^93, 407, 414, 418). Mais l'usage des quadriges s'introduit assez vite, puisque, dans V Iliade déjà, il en est question pour les jeux (XI, 699 sqq.), et dans le combat (VIII, 87 ; XVI, i52) (3). Et les plus anciens vases où sont peints des chars de guerre nous font voir aussi quatre chevaux attelés. Antimaque, d'ailleurs, curieux des anciennes mœurs, parle de biges à deux reprises (4). Mais
(1; Le combat du ceste est en e£Fet calqué, — d'ailleurs maladroitement — snr celui d'Entelle et de Darès, et Stace a visiblement pensé que Gapanée ressemblait plus à Entelle qu'aucun des héros argiens.
(2) Ordinairement même il n'y avait sans doute que des chars à un seul cheval; Helbig. L'épopée d'H. 163 et 164.
(3) Mais tout est encore bien mêlé, puisqu'il est question d'un quadrige au vers 185 du VIII* chant de Vlliade, et qu'au vers suivant il n'est parlé que de deux chevaux. Selon toute apparence du reste, les attelages de quatre chevaux ne sont mentionnés que dans les interpolations (Helbig, op. cit. 165, note 2).
(4) Kinkel, fr. 25 et 31, p. 283 et 285.
chez les Romains on voyait attelés deux, trois, quatre chevaax et souvent davantage (i). Il n'est donc pas étonnant que Stace — sauf pour les dieux auxquels il attribue des biges (Th. I, 388, II, 713, VI, 688, XII, agjXa) — ne monti-e que des quadriges. Dans les quadriges, dès le temps de Y Iliade^ deux chevaux étaient sous le joug ; un ou deux autres, appelés TtapVjopw {Iliade, VIII, 87, XVI, i5a), couraient à côté, mais sans tirer, attachés soit aux chevaux d'attelle, soit à Tattelle elle-même ou 7raoir)op^a (3). Les quatre chevaux que Stace attribue au char, soit dans la guerre {Th. VII, 3io, XII, 533, 747 ; cîf. IV, 4a-3 et V, 699), soit dans les jeux (VI, 370, 4^9 sqq*» 441 Bqq., 481) (4)> sont attelés comme ceux d'Homère, deux sous le joug, deux aux chevaux attelés ou à Tattelle même :
Nani flavus Arion Ut vidit, salière juba3, atque erectus in armos Stat, Boeiumque jugi, eomiteaque utrimqae laboris Secum alte suspendit equos.
(r/i. VI,479Bqq.)
(1) V. Dict, des Àntiq. T. I (c), 1193, et la flg. 1529 où sont représentés vingt chevaux.
(i) C'était la coutume à Rome sous les Empereurs. Ainsi sur le fronton du temple de Jupiter Capitoltn, élevé par Domitten (Gsell^ Essai sur Domitien, 93), le soleil était représenté sur un bige. Gseli a tort de croire que rorlglnal donnait un quadrige.
(3) Cf. Holbig. L'Épopée homérique (1894), 164 sqq. (C'éUlt aussi l'usage dans les courses du cirque i\ Rome, Dict. des Ant, (I, G. 1195).
(4) Stace ne nomme que trois chevaux pour Amphlaraûs (Aschétos, Cycpus, Caerus) et pour Admète (PholoO, Iris, Thoé, Th, VI, 439). Mais 11 en donnait certainement quatre & ces chars, comme le démontrent avec évidence les vers 479 sqq, cités plus haut. (Il y avait cependant à Rome des courses do trois chevaux. Cf. DicL des Ant. 1, (G), p. 1193). Aussi est-on surpris do lire dans R. Uelm (op, cit, 8), que, contrairement à Antlmaque, Stace ne compte qu'un cheval sur le char d'Adraste : R. Helm se trompe encore quelques lignes plus loin en assurant qu'on ne peut savoir si Stace a donné à Arlon les mêmes maîtres que lui avait donnés Antlmaque : 11 résulte clairement du texte de Pausanlas (VIII, 25, 10,— Klnkel, /r. 26, p. 284), que le poète grec et le poète latin ont fait passer Arlon de Poséidon ù Hercule, puis à Adraste (Th. VI, 280 sqq.).
Mais il est temps d'examiner avec quelque détail comment Stace a suivi Homère et Vii^ile.
Plusieurs traits sont sûrement imités d*Homère dans la course des chars. D'abord cette lutte est de beaucoup la plus longue dans les deux poètes : Homère y consacre 368 vers (IL XXIII, a82-65o), Stace a53 (Th, VI, 274-527). Chez Fun et l'autre poète, des conseils sont donnés à l'un des concurrents : Nestor fait d'utiles recommandations à son fils (II. XXIII, 3o5-348). Adraste à Polynice (Th. VI, 294 sqq.) (i). Des péripéties semblables se retrouvent dans les deux épopées : dans ï Iliade, Palias trouble les chevaux d'Ëumélos favorisé par Apollon (2), et le fait tomber tête première (II. XXIII, 391 sqq.); dans la Thébaîde^ c'est Apollon, qui, pour faire vaincre Amphiaraûs, effraye Arion et renverse Polynice (7%. VI, 49^ sqq.). Dans ces divers passages, on ne voit pas de vers imités mot pour mot ; mais les chevaux courant les crins au vent, l'haleine enflammée, sont dépeints par des expressions semblables (Th. VI, 396-7, et 4^8 ; II. XXIII, 367 et 38o).
D'autres traits rappellent divers passages de Virgile, celui même où il décrit les régates, au lieu d'une course de chars : ainsi, les concurrents qui se dépassent (7%. VI, 433 sqq. En. V, i56 sqq.), les errements de l'un ou de l'autre (Th. VI, 444, En. V, 162), etc.
Le lieu où se foSt les jeux est calqué sur celui de Virgile : c'est un cirque, à la mode romaine (Th. 255 sqq. En. V, 286 sqq.) (3). L'impatience des chevaux dans Stace est aussi
(1) Les paroles ne se ressemblent nullement d'ailleurs. Stace imite surtout Ovide (Ifétam. II, 127 sqq), comme le démontre clairement la comparaison qui suit (Th. VI, 29S sqq.).
(2) On a déjà fait remarquer que Stace a tiré d'Homère l'idée de faire courir à ces jeux un Thessalien, qui ne reparait pas dans le poème, et qui ne pouvait être nulle part signalé comme allié des Argiens.
(3) La description de Stace est plus développée que colle de Virgile, mais c'est la même : toutes les deux s'éloignent beaucoup des usages grecs tout au moins des usages héroïques. On y voit même des sièges (T^. VI,
très clairement imitée de Virgile (7%.VI, 38o-i ; Én.Xll, 85-6). De même les récompenses (Th. YI, 5i8 sqq. ; En. Y, sSS sqq. Th. YI, 537 sqq., En. Y, a84 sqq.) (i).
Cette lutte, très intéressante quelquefois, par exemple lorsque le poète dépeint l'impatience des chevaux (YI, 37^2 sqq.), ou la vitesse du départ (Ib. 388-4oo), renferme aussi des longueurs, comme la description d'Apollon sur le Parnasse (Th. YI, 334 ^Q4')> ^^ ^^^ ^^^^ '^^^^ maladresse dans la rivalité de Chromis et d'Hippodamus (YI, 467 sqq.). Le poète raconte que Chromis arrête de ses mains le char d*Hippodamus qui le précède et que, brisant le. char, il le précipite sur le sol ; mais ses chevaux, autrefois nourris de chair humaine par Diomède, veulent dévorer Hippodamus; alors Chromis les ramène en arrière, vaincu, mais humain et applaudi.
On se demande : 1^ comment Chromis pouvait arrêter les chevaux d'Hippodàmus sans arrêter les siens, et par conséquent sans perdre volontairement la victoire ; 3* pourquoi^ s'il peut les ramener en arrière, il ne x>eut aussi bien les pousser en avant et continuer ainsi la course. Peut-être Stace s'est-il ici inspiré — très gauchement — de V Iliade (XXIII, 4^7-44^)* ^^ I^ poète raconte un incident analogue et poète à Ménélas un sentiment approchant.
Dans la course, c'est Yirgile qui est surtout imité, et nous en avons donné déjà la raison principafe : c'est qu'Homère fait courir des guerriers dans la fleur de l'âge, Yirgile, et à sa suite Stace, des adolescents : un seul trait est emprunté
427, En. V, 340). D'ailleurs Virgile a pu peindre un paysage réel de la Sicile (Boissier, Nouv. Prom. 245) ; Stace non pas. — Cf., pour la description de la vallée de Némée, assez étroite et fertile mais entourée de collines creusées de lits de torrents et dénudées, Frazer, Pausan. III, 89 sqq.).
(1) Avant la course, Stace nous montre une scène assez inattendue ici, et née seulement du désir d'imiter Virgile : c'est Apollon qui, devant les dieux, cliante en s'accompagnant de sa lyre, les origines du monde, les causes de la foudre, etc. . . . ( TA. VI, 30 sqq.). Ainsi Virgile, en meilleur lieu {En,}, 742 sqq.). De même, dans les descriptions de la pompa^ le portrait dMnachus {Th. VI, 25 sqq), calqué sur celui de Virgile {En. VII, 792 sqq.).
d*Homère (IL XXIII, 774 sqq.) (i) et à travers VirgUe. Virgile est imité souTent (a), surtout à la fln, mais Stace a très bien su renouveler l'intérêt : dans Y Enéide, la victoire d'Euryale, due à Nisus qui, tombé, a barré la route à Salius, provoque les réclamations de l'assistance (ÉnJV, 340 sqq.) (3), Stace imagine de même qu'une ruse d'Idas, saisissant la longue chevelure de Parthénopée, a privé celui-ci de la victoire (4), et il parle aussi des réclamations arcadlennes (2%, VI, 596 sqq.); mais tandis qu'Énée juge la victoire acquise, Âdraste fait recommencer la lutte, et cette fois Parthénopée triomphe.
La lutte du disque (Tk, VI, 624*713) n'est pas dans Virgile. Stace parait s'y être souvenu de quelques traits de V Iliade : ainsi dans la déconvenue de Phlégyas (Th. VI, 651 sqq.) qui rappelle celle d'Épéios dans V Iliade (XXIU, 840) (5), et dans Tordre où paraissent les concurrents, le dernier 'surpassant de beaucoup les autres (Th. VI, 686 sqq., II. XXIU, 844 sqq.). Mais la description du poète latin est bien plus détaillée et bien plus vivante : l'attitude de Phlégyas est d*une vérité
(1) Citons un autre vers, omis par Heim :
xà8 6'âpa o2 xeqpaXiic x^' àurpiéva 6îoc '08u(T(t£uc (II. XXIII, 765),
que Stace rend ainsi : Inspiratque humeroflatuque... Terga promit (Th, VI, 582). Cf. encore Th. VI, 639, II. XXIII, 76i).
(2) Cf. r/i. Vï, 560 En. V, 302
Tous ces vers, où Tlmitation est plus ou moins claire, sont cités au long par R. Helm {op. cit.^ 97 sqq.)
(3) Il y a de même des réclamations dans VIliade (XXIII, 539 sqq.), après la lutte des chars.
(4) 11 a été Imité ici par Silius Italiens (Pun. XVl, 517 sqq.)
(5) Mais il est curieux d'observer que dans VIliade les Grecs rient de sa déconvenue ; dans la Thébaïde^ au contraire, presque tous gémissent : Ingemuerc omnes, rarisque ea visa voluptas (Th. VI, 675).|
88 LE SUJBT ET LES SOURCXS
minutieuse et frappante (VI, 648 sqq.); on voit monter et descendre le disque (ib., 667 sqq.) (i).
La quatrième lutte est celle du ceste : elle se retrouve dans Homère, dans Virgile et dans Stace, et le début est assez semblable dans les trois poèmes : c'est la provocation orgueilleuse d'un des combattants et la terreur qu'il inspire (IL XXIII, 667 sqq. En. V, 3^8 sqq., Th, VI, 709 sqq.). Ici, c'est surtout Homère qui est imité par Stace, Virgile n'ayant pas parlé de provocation : Gapanée est plus insolent encore qu'Épéios, mais il parle comme lui (7%. VI, 784 sqq., Tï. XXIII, 673), et il inspire la même crainte et le même silence (Th. VI, 738, Il XXIII, 676). Tout le reste du combat est imité de Vii^le (a). La matière des cestes (Th. VI, 725 sqq., En. V, 4o5 sqq.), la grêle de coups portée par Alcidamas et par Darès (Th. VI, 743 sqq., En. V, 438 sqq.), la chute de Gapanée et d'Entelle et la vengeance qu'ils en tirent (Th. VI, 763 sqq., 778 sqq.. En. V, 456 sqq., 446 sqq.). Enfin, la palme est attribuée à Gapanée, comme à Entelle, de peur que la rage de l'un et de l'autre ne cause la mort de leur adversaire (Th. VI, 78a sqq., En. V, 4^5 sqq.). Mais Stace fait preuve d'une bien moindre habileté que Virgile : dans VÉnéide, on voit bien qu'Entelle va tuer facilement son adversaire qu'on emporte d'ailleurs presque mourant (En. V. i&j sq<I*)-
(1) Signalons quelques expressions qui viennent de Virgile :
T/i.VI, 660
i?n.VI, 602
et une de Lucain :
Th. VI, 641
Phars. I, 388
Comparons encore :
Th. VI, 730
Val.irflf.IV, 2U
sqq.
(2) Et aussi de Valérius Flaccus (IV, 254 sqq.) très visiblement. Une des phases du combat dépeinte ainsi par Stace {Th. VI, 773) : Defectique ambo genibus pariterque quierunt, et (775) : posucre parumper. Bracchia est rendue de cette façon par Valérius (IV, 279) : respirant ambo paulumque reponunt Brachia. L'idée d'une comparaison avec les rameurs {Théb. VI, 773 sqq.) vient aussi des Argonautiques (IV, 268 sqq.)
Dans la Thébaîde au contraire, rien ne montre que Capanée va triompher ; au conti*aire, Aleidamas se retire sain et sauf, se moquant des menaces fanfaronnes de Capanée (i) (7%. VI, 794 sqq.).
Après le ceste vient la lutte chez Stace, comme chez Homère. Mais Stacene parait avoir rien emprunté kY Iliade, les spectacles de la lutte au cirque et d'abondantes comparaisons lui ont permis de développer un intéressant combat entre Tydée petit, mais fort, et Agyllée très grand, mais mou (2). Une preuve qu'il décrit la lutte romaine, c'est qu'il la fait continuer à terre. Tydée tombe en effet le premier (854-5), mais loin d'être vaincu, il se relève et après avoir renversé son adversaire, il le fait toucher de tout le corps (Th. VI, 874 sqq.) : c'était la coutume à Rome (cf. Sén. De Benef, V, 3), mais non dans les temps héroïques. On voit par Homère (//. XXIII, 727 sqq.) que la lutte ne se continuait pas à terre, mais devait être renouvelée jusqu'à ce qu'un des adversaires s'avouât vaincu (IL ib: ^35 sqq.).
(1) Peut-être Stare a-t-il vonlu montrer ici la jactance ps^fois ridicule d'un guerrier terrible, mais impie, et partout noirci dans le poème.
(2) Il s'inspire aussi d'Oride racontant le combat du fleuve Achéloûs contre Hercule ;
Et bracchia late Vara tenent (TA; VI, 825.)
tenuique a pectore varas in statione manus. (Met. IX, 33.)
Et ]am alterna manus frontemque humerosque latusque
Collaqiie pectoraque et vitantia crura lacessit. (Th. VI, 835 sqq.)
Et modo cervieem modo crura micantia captât omnique a parte lacessit. {Met, IX, 37j.
Et la comparaison avec deux taureaux qui se battent pour une génisse (Th. VI, 839 sqq.) est encore d'Ovide (^fé^ IX, 46 sqq.).— De même Stacea emprunté une comparaison à Lucain : il compare les deux lutteurs à Hercule et à Antée combattant d'api*ès la description de I^ucain {Phars. IV, 868 sqq.). - On peut noter particulièrement levers VI, 871, de Staceet le vers IV,6fô, de Lucain.
C'est le tour de la lutte armée, où Stace suit assez fidèlement Homère {IL XXIII, 803 sqq.) : comme Achille, Adraste ne permet pas longtemps un combat si dangereux; mais cependant, chez Homère, il y a eu combat et Ulysse a pris un notable avantage sur Ajax, méritant ainsi le prix qui lui est décerné; chez Stace les adversaires sont à peine armés qu' Adraste décerne la victoire à Polynice (VI, 896 sqq.).
Il n'y a pas de lutte à Tare : négligeant la première partie de ce jeu, telle que Ta dépeinte Virgile (En, Y, 485 sqq.), à la suite d'Homère (II. XXIII, 85o sqq.), Stace nous montre Adraste décochant seul une flèche ; alors apparaît un prodige, comme dans V Enéide; la flèche ayant touché un orme très éloigné revient vers Adraste et rentre d'elle-même dans le carquois (i).
14** Dénombrement des Thébains (VII, 1-397).
Tandis qu'à l'appel de Jupiter (i sqq.) Mars excite les Argiens effrayés à quitter Némée (90 sqq.), et que Bacchus se plaint à son père de la ruine qui s'apprête pour Thèbes (i45 sqq.), Étéocle et les Thébains, avec leurs alliés d'Aonie, d'Eubée et de Phocide, se préparent aux combats (2127 sqq.). Du haut des murailles Antigone se fait nommer par Phorbas, ancien écuyer de Laïus, les chefs illustres accourus au secours de Thèbes (243 sqq.). Rien à signaler dans cette énumération, sinon l'histoire de Lapilhaon qui a eu, encore enfant, un fils de la nymphe Dircétis (agi sqq.) (9). Discours d'Étéocle (3^4 sqq.).
(1) Le prodige Inventé par Stace est bizarre, mais moins obscur que celui de Virgile. Il ne semble pas qu'on ait encore trouvé une explication satisfaisante de celui-ci. VoircependantHeinze, Virgils Ep, Tec/in., 159 sqq.
(2) Ce passage, si on le compare avec Th. XI, 3S sqq., présente une grave difficulté ou une choquante contradiction. Stace dit ici qu'Alatreus (VII, 300) est fils de Lapilhaon et de Dircétis : or, au chant XI, Alatreus, le même évidemment, parait être donné comme fils d'Eurymédon, lequel d'ailleurs est aussi nommé au VII* chant (262 sqq.). — Moerner {De P. P. St. d9, 18 sqq.) s'est efforcé de lever la contradiction en disant qu'au chanl XI Stace, loin de présenter Alatreus comme flIsd'Eurymédon, fait les
Nous déterminerons ailleurs les emprunts que Stace a faits à Virgile dans les scènes mythologiques qui ouvrent son YIIo chant. Pour le moment, recherchons les sources du dénombrement : notre auteur a imité plusieurs poètes grecs, surtout Homère. A celui-ci {IL III, i6i sqq.), ou bien à Euripide (Phénic. 88 sqq.) et probablement aux deux (i), il a emprunté Tidée de la -zeiyofsxo-nloi. Mais Homère est pillé dans rénumération : ici comme au chant IV (i sqq.), il n'y a presque aucune ville dont Stace n'ait pris le nom dans VIliade, Les unes sont ornées des mêmes épithètes :
T-A.VUI.aeo
Nisa