II
s'appliquent cl toutes les variétés de Tordre positif par lequel l'ayant droit d'ordonner demande l'accomplissement d'une action. L'interdiction est Tordre par lequel on demande l'abandon d'une action. L'exemple suivant montrera clairement l'identité des deux variétés de Tordre [Ayet) « La tékréboti zina : Ne vous approchez pas (ne commettez pas) de l'adultère. » La forme est ici celle de Timpératif exprimant un ordre qui défend une action ciiflftinelle .
Règle, L'accomplissement d'une action contraire à celle que la loi ordonne et impose à Thomme constitue une illégalité {kharam) si elle anéantit l'action ordonnée, c'est-à-dire si elle Tempéche de se produire. Ex, L'ordre de Dieu : « Faites la prière canonique [selat) » rend obligatoire cette prière. L'action contraire, c'est-à-dire la détermination de ne point remplir ce devoir, si elle se produisait, rendrait impossible l'action visée par Tordre de Dieu. Toute prière cesserait si les hommes obéissaient à une injonction leur ordonnant de ne jamais prier. L' effet d\ni pareil ordre négatif serait donc une absolue illégalité [khormet). Si l'accomplissement de l'action contraire à l'action ordonnée par Dieu ne l'anéantit pas et n'empêche pas ses effets de se produire, une pareille action créerait une simple répugnance. Tel est Tordre que donna le Prophète à un Arabe auquel il enseignait les pratiques du selat, en lui disant: « Après la génuflexion relève ta léte et tiens-tôi debout, ensuite prosterne-tui. » Ici, le verbe ufa^ im-
pératif du verbe lever, constitue un ordre. L'action contraire à cet ordre (elle consiste à ne pas lever la tête après la génuflexion) forme une répugnance.
- 4"® Question
DES PARTICULES. — {khoUVOUPj,
L'étude des particules forme la quatrième f es six questions (ôa^A^) qui sont communes au Coran Qi à la conduite du Prophète {Sounnet).
Les particules se divisent :
l"* En particules attributives {khouroufi-atf);
^ En particules qui,,par leur action, donnent aux mots valeur de complément indirect, en leur faisant prendre la forme du ^émWt [khotiroufi-djer)\
3° En particules de condition nécessaire [khouroufichart).
Des particules attributives [khourfi-atf)
Elles sont au nombre de dix \ véy fé, thoumêy khata^ év^ lakin^ bel,, em^ imma^ la.
Le mot qui suit une de ces particules s'appelle al tribué {matou f], le mot qui la précède recevant r attribution {mâtoufoun-aleïh). Le premier est le mot attribué ; le second, celui auquel on Vattribue.
Les particules attributives dont la méthode législative étudie et précise la valeur juridique sont au nombre de six : .
1° L^pé, qui est la lettre vav de l'alphabet arabe, surmontée de l'accent phonétique aigu. Sur le sens
208 MÉTHODE Dl DROIT Ml SILMAN
de cette particule, il existe deux opinions. D'abord, celle de l'école hanéûte. La particule vé, suivant cette école, unit toujours et absolument {a) le root attribué aux mots auxquels il est attribué. Cette union s'effectue sur l'une des trois choses suivantes:
1° Sur l'être [zat), c'est le mot formant le sujet de la phrase. Ex. « Zeidotin alimoun vé katiboun; Zeïd est sa^nt et écrivain ». Dans cet exemple, la particule vé a réuni les qualités de savant et d'écrivain sur le sujet de la phrase, qui est Zeïd.
2° Sur le fait (constant, évident, thabit). Ex, Zeïdoun katiboun vé Amroun féqihoun. Dans cet exemple, la particule vé a réuni les deux phrases, grâce à l'évidence des deux qualités, celle de savant et celle de jurisconsulte ; la seconde phrase, qui est la phrase attribuée, est unie en effet à la première (celle à laquelle elle est attribuée), indiquant ainsi le même degré d'évidence dans la qualité A'Amr (les connaissances juridiques) et dans celle do Zeïd (capacité d'écrivain). Les deux phrases unies par la particule vé signifient qu'Amr est légiste au môme degré que Zeïd est écrivain.
?.'' Dans la conclusion [khukm). Ex. el-alimou Zeïdoun vé A?nroun. La particule vé a uni dans cet exemple Zeïd et Am?' à propos de la conclusion, c'est-à-dire de la science ; elle a fait connaître qu'ils sont l'un et l'autre savants. Ex. {Ayet) : Essariqou
(a) Absolument signifie que cette union n'est pas influencée par la place que les deux mots occupentdans la phrase, c'est-à-^ire qu'on peut mettre Tun avant l'autre, sans que le sens en soit modifié.
DES TERMES i09
vé sariqatou faqtaou e'idïé houma. L'homme voleur et la femme voleuse sont unis ici par la particule vé à propos de la disposition légale (jugement rendu par Dieu) qui constitue la peine du vol.
La deuxième opinion est celle de l'école chafite, qui soutient que le vé exprime absolument union, mais qu'en même temps il exprime v^ïïg{tertib, arrangement) d'antériorité et de postériorité [téqadoum téakhoiir) et de contiguïté [moiiqarinet). Ainsi, en dehors de l'union que le vé établit entre le mot attribué et le terme auquel il est attribué, il établit l'antériorité du second et la postériorité du premier, et en même temps il exclut l'interposition, entre ces deux parties, d'une troisième phrase exprimant une troisième idée ou indiquant une troisième chose. Ex, Le maître qui dit à son domestique : « Va au marché et achète du pain et de la viande ». Le domestique doit acheter d.'abord du pain et immédiatement après de la viande, sans se livrer à aucune autre action entre les deux achats indiqués par son maître. Ex. [Ayet] : « Ve?nsehou bi ronoussi kum vé erdjoulé hum. Portez la main mouillée d'eau sur votre tête et vos pieds. » On voit que, d'après l'imam Chaû, il est d'obligation de porter d'abord la main mouillép à la tête et puis aux pieds, sans qu'il y ait intervalle entre ces deux actions; tandis que, d'après l'imamî- Azam, il n'est pas obligatoire [vadjib) do porter la main d'abord sur la tête et immédiatement après sur les pieds. L'ablution {vouzoû) ne cesse pas non
plus d'être valable [sakkikh) si, entre les deux
pratiqiios en question, il survient nn temps crarrôt.
^'^ Fa, — Cette particule, composée de la lettre arabe fé et du signe phonétique aigu, exprime suite immédiate [tôqib), c'est-à-dire que l'attribué doit suivre tout de suite (venir immédiatement après) la cliose à laquelle on l'attribue. Ex. Le niaître qui dit à son domestique : u Va au marcbé, achète telle chose et reviens immédiatement (fa) après. » Ex. [Ayet) : < ez zamyetou vé zani fedjlidou kulé vakhidln minhouma miyété djéldétin. L'homme et la femme adultères, qu'ils soient frappés immédiatement {fa), chacun d'eux de cent coups de bâton. » Ici, la particule fa exprime la nécessité d'appliquer la peine immédiatement, c'est-à-dire aussitôt que l'adultère est légalement prouvé. Par conséquent, de même qu'on ne peutTapplicfuer avant la preuve, on ne doit paî^non plus retarder Tapplication de cette peine. Le juge qui tarderait de faire exécuter cette peine perdrait le droit de l'appliquer, car il est explicitement ordonné, paj' le sens d(ï la particule />' qui se trouve dans cette phrase, que la peine doit être immédiatement appliquée. Par le retard, le juge se trouve donc déchu de ses droits. Sur ce sujet, il y a accord entre toutes les écoles.
3» Thoumè. — A propos de cette particule, l'école hanéftte se trouve divisée. L'Imami-Âzam est d'avis (fu elle exprime antériorité de l'action ou de la chose à laquelle on attribue un mot sur l'idée que le mot attribué exprime, et en môme temps transition immédiate de l'une à l'autre. Ainsi, le mari qui dit à sa
DES TKRMKS 211
femme: « Inte dàkhaltè dari fé enli lalif/oifnTUovMÉ taliqoun : Si tu en 1res dans la maison, tu es divorcée, puis divorcée. » Si la femme entre dans la maison, elle se trouve, par le fait de cette déclaration du mari, divorcée par double divorce. Les deux divorces se produisent en même temps; il nest point nécessaire que le second se produise séparément et après un laps de temps plus ou moins long.
Les deux élèves d'Ébou-Hanifé [imamein] pensent qu'il existe un temps d'arrêt (térakhï) entre les deux déclarations formant le double divorce, et que par conséquent la femme, au moment où elle entre dans sa maison, n'est divorcée que par simple divorce. Ex. [Ayct): « Thoumé enzotiroii; après regardez. » Cet ayet est relatif aux sept enfants. Il y est dit ; « Apprenez si l'autorité nous chcrcbe, puis {thoumé)^ regardez si vous trouvez des vivres à acheter. » D'après les deux imams, la particule thoumé, qui figure dans cette phrase du livre saint, exprime l'idée que l'homme envoyé à la ville devait d'abord s'informer si les agents de l'autorité cherchaient ou non les sept enfants, et s'il apprenait que l'autorité ne les cherchait pas, alors et à cette condition, il devait regarder après pour trouver des vivres et les leur apporter. D'après le Grand-Maître, Tbomme envoyé avait reçu l'ordre d'exécuter deux choses dont l'une avait été exprimée avant l'autre, mais qui, étant distinctes l'une de l'autre, avaient la même importance, et par conséquent Tune n'était pas subordonnée à l'existence ou à Isr production de Tautra
(a) : renvoyé devait, dans tous les cas, acheter des provisions. C'est, semble-t-il, le sens le plus logique de cette phrase.
A*" Bel {mais ou au contraire). — H y a accord sur le sens de cette particule. Elle exprime Tidée que celui qui parle se repent et renonce (s'éloigne) à la décision exprimée par la partie de la phrase qui précède ia particule bel et établit par elle une décision nouvelle. Ainsi, le mari qui dit à sa femme : « Enti taliqoun vahidétoan^ bel sintani. Tu es divorcée par simple divorce, au contraire par double, » établit un double divorce parce que, en employant le mot bel, il renonce à la décision exprimée par la partie de la phrase qui précède cette particule, c'est-àdire au divorce simple. 11 crée donc par la particule bel une nouvelle situation, celle du double divorce.
La particule bel ne se rencontre pas avec ce sens dans le Coran ; on ne la trouve que dans le Sounnet et dans les paroles humaines. '
Dans le livre saint, les 6e/ sont employés toutes les fois qu'il s'agit d'exposer les prodiges {hikem) de Dieu et les affaires humaines. Elle sort à indiquer qu'après la description d'un prodige céleste, on passe àcelle d'un faitdece monde. aV. [Ayet): «Mais(ôe/) vous préférez la vie de cette terre ». Ici, avant la particule bel (mais), les délices du Paradis étaient
(a) Cet exemple nous indique clairemen t dans quelle mesure la raison numaine peut intervenir dans le travail législatif musulman; elle nous montre avec la dernière évidence que, dans ces travaux, la liaison humaine doit toujours s'appuyer sur une base (a«0 révélée.
DES TERMES ti'^l
^nuinérés. Cette particule a donc été employée pour opérer la transition d'un ordre de choses célestes à un autre ordre de choses, tel que les moyens de subsistance nécessaires pendant la vie terrestre.
o** Lakin [cependant). —Il existe également accord sur le sens de cette particule. Elle exprime l'élimination d'un doute qui existait dans une expression précédente, doute qui rendait l'erreur possible. Pour exprimer cette idée, les Arabes se servent du mot istidrakj qui signifie attirer la clarté sur une expression capable d'induire en erreur, afin de la rendre intelligible. Ex, Le maître qui dit à son domestique; « Va au marché et achète de la viande, cependant [lakin] n'achète pas de la viande de chèvre. » Il s'est servi de la particule lakin pour prévenir une erreur possible.
6° Ev (ou). — Il y a aussi accord sur le sens de cette particule; elle exprime option [takhyir). Ex. [Ayet] : « Fe Kefaretou hou étâmou achéreté méssakimi ev kispetou hnm. Expiez le serment (promesse) non respecté on nourrissant dix pauvres ou [ev) en les habillant. » L'homme qui doit pratiquer cette expiation peut opter entre la nourriture et les vêtements à donner à dix pauvres.
Particules créant relations de génitif ; {^ikourouft-djer).
Ces particules sont au nombre de quatre :
1" Ba (avecj. — Cette particule signifie attouche-
2li MÉTHODE DU DROIT MUSl'LMAN
ment [iltissaq), diriger une chose vers une autre dans le but de faire toucher Tune par l'autre, c'est-àdire, rapprochement, contact, coexistence. Ex. Si le maître dit à son domestique : « La tekhroiidjou ilam izni.^e sors qu'avec ma permission, » le domestique doit obtenir la permission de son maître chaque fois qu'il veut sortir, il doit faire coïncider sa sortie et l'unir avec la permission du maître. Ayet : « Vémsehou Bi ronoussi kum. Mettez la main mouillée en contact avec [bi) votre tôte ».
2« Ala (sur). — Elle conduit l'esprit à comprendre que telle chose est occupée par telle autre qui se trouve placée sur elle. Le mot occupation (istila) {a) indique que le sens d'un mot, c'est-à-dire l'action visée parce sens, s'est produite sur la chose indiquée par le sens du mot précédent et que cette dernière en forme la base. Et, « Amr s'est assis sur {ala) le sopha. » At/ei : « Youhayenne ké ala en la youchirkné billahi cheyien. Ils se sont soumis à toi, sur cela (sur cette base, condition) qu'ils n'associeront rien au cuite de Dieu ».
3° lia (jusque). — Cette particule exprime sens de limite [intiha, extrémité), c'est-à-dire fin [ghayé) d'un espace. Le sens d'extrémité que la particule ila exprimo, présente deux acceptions différentes.
^•"^ acception, — Le sens d'extrémité comprise dans l'espace ou dans la chose dont elle forme le dernier point. On appelle limite [ghayé) le point ultime
. (a) Lo mot occupation a ici le sens de possession temporaire telle armée occupe telle province.
DES TERMES ilo
d'un espace. On nomme au contraire limité par elle {moughayë) l'espace aboutissant à cette limite et dans lequel est comprise la limite. Cet espace représente le parcours qu'on traverse pour atteindre l'extrémité, ou Faction par laquelle on y arrive, quelquefois l'un et l'autre. Ex, Je suis allé jusque [ila] au marché. Le marché est ici la limite {ghayé) ; l'action qui y conduit, le parcours qui y mène ainsi que le point « ultime » sont compris dans cette limite.
Pour que la limite soit considérée comme contenue dans son contenant (l'espace qu'elle délimite), il faut premièrement que le mot qui est considéré par la réthorique arabe comme tête de phrase [sadri-kélam), {a) exprime le sens de limite, c'est-à-dire qu'il n*exprime pas un sens contraire au sens de la particule [ila]. Il faut encore que le mot formant tête de phrase soit par son sens susceptible de prolongation. Ex. « EdjeUou ila chéhrin. J'ai donné délai jusqu'à un mois ». Ici la limite exprimée par le sens de ^ particule ila (le dernier jour du mois) est contenue dans le contenant : le dernier jour du mois est compris dans le mois, c'est-à*dire dans Tensemble des jours qui conduisent au dernier, attendu que le verbe edjeltoii (donner un délai) exprime sens de prolongation et exclut le sens d'une action qui doit prendre fin immédiatement; et aussi parce que le mot mois^
(a) Le mot sadre signifie, mot à mot, poitrine, poitrail, point culminant ; ridée que l'on veut exprimer ici par ce mot est d'ôlre lo premier en rang dans la phrase [mouqadeni) et de dominer le sens général de la phrase par son sens propre»
i216 MÉTUODE DU DROIT MUSULMAN
qui vient après la particule ila dans la phrase, rend le sens de prolongation plus évident encore. Par conséquent le dernier jour du mois lunaire est compris dans le délai indiqué par le sens de la phrase. Cette manière de raisonner trouve son appui légal dans une phrase du Coran : « Lavez vos mains jusqu'aux coudes. Vé e'idié hum Il-el mérafiqi. » Ici, le mot qui représente la tête de la phrase (le premier et le plus important, le mot dominant la phrase; est le mot mains («). Il s'agit du lavage des mains. Ce lavage est susceptible d'être prolongé, de s'étendre au point désigné par le mot coude. Il commence au bout des doigts, il peut aller jusqu'à Tépaule sans dépasser le membre supérieur (en général le mot mains exprime le sens de membre supérieur : main, poignet, avant-bras, coude et bras) ; il est donc possible d'étendre le lavage sur le coude. Cette partie, formant extrémité, a été comprise dans le sens du mot qui domine la phrase, parce que le sens de ce mot (mains) s'étend jusqu'au bras inclusivement. Il a été par conséquent décidé que le coude doit être lavé, afin que tout doute soit éliminé et que l'ablution soit considérée comme parfaite (b).
B"^^ acception, — Ici la limite n'est pas comprise dans son contenant. Cette situation se produit toutes les fois que le mot qui représente la tête de la phrase n'est pas, en raison de son sens, susceptible de pro-
(a) Membres supérieurs.
(6) On a vu page 80 que, selon la preuve de l'élimination du doute, il faut aussi comprendre le coude dans l'ablution» (pioîque ce^a ne soit pas péremptoirement ordonné.
longation. Ex. L homme qui dit à un ami : « Vous logerez gratuitement dans ma maison jusqu'à ma mort (il-el mevti) », fixe un délai qui n'est pas susceptible de prolongation. Le mot dominant la phrase est mort dont le sens indique que le délai n'est pas susceptible de prolongation, caria mort met fin à la vie.
Particules conditionnelles (khouroiifi'Chart).
Elles sont au nombre de deux :
1° hiy [si). Cette particule exprime doute, c'est-àdire que l'affirmative et la négative sont également possibles. Ex. (Ayet). C'est là réponse de Jésus -Christ à Dieu : « Si (m) j'avais dit cela, tu aurais su cela ftn aurais su que Je l'ai dit). In qouttou hou feqat aliintou hou ».
Cette particule est employée partout où le doute (les deux alternatives, chiqcïn) est possible. Ex. [Ayet) « vé in kané ?7iin kiim meridan ev ala se férin fé idetoun [a) min eyamin oukhar. Si quelqu'un dans le mois de jeûne [ramazan] doute d'être malade (s'il n'est pas sûr d'être bien portant ou malade) et s'il voyage, qu'il observe le jeûne un autre jour. » Ici, l'homme se trouve dans un état qui lui fait croire les deux choses possibles : la santé et la maladie; n'étant pas sûr de la continuation de la santé et craignant l'invasion d'une maladie, il doute, il est par conséquent autorisé à ne pas jeûner ce
(a» Le sens du mot ide^ est : jours comptés.
218 MÉTHODE DU DROIT MtSl'LMAN
jour-là, à condition de remplir ce devoir un autre jour, lorsque le doute aura disparu.
2* Iza (quand). — A propos du sens de cette particule, les hanéfltes sont divisés. L'Imami-Azam, dont l'opinion est acceptée par lYcole de Kufé, est d'avis que la particule iza a été posée (admise dans la langue) pour siguiQer contenant {zarfiyet) et condL tion (chartiyet)^ c'est-à-dire que le mot qui vient après le iza forme, dans la phrase, Fenveloppe et la condition de ce qui précède. La seconde opinion est celle des deux imams ; elle a été acceptée par Técole de Bassorah. D'après cette opinion, la pai'ticule iza a été posée pour signifier seulement enveloppe, contenant. Ex. Le mari qui dit à sa femme : « Quand je ne divorce pas d'avec toi, tu es divorcée. » {Iza lem outaliq ke enti taliqoun.) Suivant Tlmami-Azam, cet homme met son épouse dans la situation d'une femme qui n'a pas été divorcée («), parce que la particule iza exprime contenant en temps (pendant tout le temps que je ne divorce pas d'avec toi) ; elle exprime également condition (à condition que je ne divorce pas). La preuve que le mari n'a pas divorcé ne peut être obtenue que par sa mort, car il peut, à chaque instant, divorcer et détruire ainsi le divorce conditionnel. En d'autres termes, la condition posée, et servant de base au divorce que le mari prononce conditionnellement, ne peut devenir effective qu'à la
(a) Slle n'est pas libre de contracter un autre mariage, car son mari peut à chaq le Instant prononcer la formule du divorce et réclamer ainsi ses droits sur elle.
fin de sa vie, attendu qu'alors seulement, la possibilité de divorcer cesse. Sinon, comme avant de mourir (à chaque instant de sa vie) le mari peut prononcer la formule : « Tu es divorcée », et par cette formule anéantir la condition (condition sine qua non du divorce) énoncée précédemment par les mots : « Quand [iza) je ne divorce pas », la femme n'est pas effectivement divorcée et ne saurait l'être que lorsque toute possibilité de divorce aura cessé, c'est-à-dire à la mort de son mari.
D'après les deux imams, la particule iza n'indiquant que contenant, enveloppe, si, après un certain temps [a), le mari ne prononce pas la formule du divorce, la femme se trouve divorcée par le fait même de la déclaration du mari : « Quand je ne divorce pas d'avec toi, tu es divorcée. » Hadith : « Quand l'un de vous perd la propreté (que donne rablution) dans la mosquée {mesdjit), qu'il tienne la main sur son nez (pouj* montrer qu'il a saigné), et qu'il sorte. » {Iza hadéssé ékhadoii kiim fil mesdjiti fel oumsik emfoii houvel yékhroudje).\d,A'di^vbs Ebou-Hauifé, la particule iza exprime le con tenant et la condition [b) de la sortie de la mosquée, qui est de se couvrir le nez avec la main comme s'il avait saigné. La condition est la perte de la propreté que procure l'ablution, quand cette perte survient dans la mosquée même.
(<0 l^e temps nécessaire pour que le divorce devienne irrévocable ; temps qui en est l'enveloppe.
{b) C'est de cette façon qu'on doit sortir de la mosquée et pas d'une autre, c'est-à-dire en tenant la main sur le nez et pas dans une autre attitude
D'après les deux ioiams, la particule iza n'expriuie pas sens de condition, elle n'exprime que sens d'enveloppe (contenant), elle indique la forme dans laquelle on doit sortir de la mosquée quand on y a perdu sa propreté. Cette perte n'est pas la condition de la sortie, elle en est la cause. La particule iza signifie donc, d'après eux, que si on sort de la mosquée avant l'heure, même sans avoir perdu sa propreté, c'est-àdire pour affaires pressantes et impérieuses, il faut sortir en se couvrant le nez avec la main, comme si on avait saigné.
Particules de nécessité {iqtiza).
Pelles sont au nombre de deux :
l*^^ Bêla Béli (oui). Cette particule signifie affirmation absolue. 2'"® Néam, oui.
Le sens de ces deux particules est de prouver qu'il existe, dans les mots qui suivent le mot prédominant de la phrase, la condition que celui-ci exprime. Cette condition peut être négative ou affirmative. Le bêla exprime affirmation constante. Que la forme du mot prédominant soit négative, affirmative, ou dubitative, il indique existence absolue et nécessaire de la condition exprimée par ce mot. Elle établit par conséquent d'une manière péremptoire que la condition mentionnée existe. Ex. « Ne suis-je pas votre ami? » Réponse : « Bêla : certainement vous l'êtes. » Le néa77i suit, au contraire, le sens et la forme du mot dominant. Si ce mot établit une aflirmation, il la
confirme; s'il exprime une négation, il confirme la négation. Ex. D. « Tu es allé au marché? Eroiikhtéille-S'Souqti. » R. « Néam : oui, j'y suis allé! » D. « N'es-tu pas allé au marché? Enta rotikhté ille- S'souqti. » R. « Néam : oui, je nV suis pas allé ! » Ayet. I). « Eléstou bi rabiktim : Ne suis-je pas votre créateur? » R. « Bêla ». Le Très-Haut ayant adressé cette demande aux esprits, ils ont répondu : « Oui {Bêla), tu es notre Créateur. » Si les esprits avaient répondu : Nêam, cette réponse aurait équivalu à une négation, parce que la forme interrogativenégative a été donnée à la phrase rejirésenlant la demande.
Telles sont les particules et le sens que chacune d'elles exprime en droit. Telle est aussi la valeur que le juge leur accorde dans la pratique, c'est-à-dire lorsqu'il les trouve, soit dans les déclarations verbales soit dans les contrats écrits. La valeur juridique et judiciaire de chacune d'elles a été extraite, comme on vient de le voir, des deux principales sources de toute vérité islamique, la parole de Dieu {Coran) et la conduite (paroles, faits et gestes) du Vrophèie\Sounnet) .
5"^° Question De la déclaration explicative [beyan)
Les jurisconsultes arabes se sont servis du mot déclaration {béyan) pour désigner l'ensemble des
moyens qui servent à rendre clairs et précis les textes sacrés ayant besoin d'explication.
Le vocable arabe béyan signifie, dans son acception étymologique, action d'exprimer, de faire connaître. Ce sens premier du mot est généralement applicable à toute parole ou phrase du législateur^ adressée aux musulmans pour leur faire connaître les qualités légales des actions humaines et des choses, c'est-à-dire ce qui est légalement beau, vrai, bon et juste, ou laid, mauvais, faux et injuste.
Comme terme spécial de droit, le mot béyan signifie explication donnée à ceux auxquels on a déjà adressé une phrase. Il s'agit ici de phrases faisant partie de la parole de Dieu (Coran), ou de celle du Prophète (hadith), expliquées et rendues claires par des paroles que Dieu a prononcées après celles-là ou par les paroles, les actions et le silence approbatif du Prophète produits également à la suite des paroles qull a voulu expliquer. Ex. Mahomet a dit : « Exécutez, pendant le pèlerinage, la prière comme je l'exécute moi-même, et apprenez-en les autres formalités en me regardant faire. » Par, les actions qui ont suivi ses paroles, il a expljqué tout œ que les différents textes concernant les pratiques du pèlerinage contenaient de difficile à comprendre.
La déclaration explicative se produit à propos des vingt catégories connues de termes. Les termes fortifiés et les termes mystérieux seuls font exception à cette règle : les termes fortifiés s'expliquent d'euxmêmes, les termes mystérieux ne peuvent ni ne doi-
vent être expliqués, leur sens ne doit être connu que de celui qui les a prononcés.
La déclaration est un effet du besoin qu'éprouve celui qui a parlé d'expliquer les paroles qu'il a prononcées. Il les. considère lui-môme comme ayant besoin d'être expliquées afin de représenter exactement la pensée qu'il a voulu exprimer.
La déclaration explicative s'effectue par trois moyens :
1° Par la parole. Ex. La parole du Prophète : « Certainement la vente consiste dans l'accord des deux volontés d'eux (accord produit) au milieu d'eux. » Les mots au milieu d'eux représentent ici une déclaration explicative de la phrase qui précède, l'accord des deux volontés; elle fait comprendre que les deux volontés concordantes doivent se produire et s'exprimer dans le môme lieu, au milieu d'eux, c'est-à-dire de ceux qui composent la réunion de la vente prescrite parla loi [77iedjlissi'bêï),
2° Par les actions. Ex. Le Prophète avait dit : « Rasez ». Les compagnons n'ayant pas compris, le chef s'est rasé la tête. Il expliqua par cette action le sens précis de sa recommandation. Les compagnons ont suivi son exemple.
a** Par le silence. Le silence du Prophète est une source d'explications pour toutes les questions â propos desquelles il n'avait pas reçu d'inspiration dans son sommeil prophétique. Ex. Pendant le siège de la forteresse des Beni-Qoureïza, l'armée eut besoin de
poutres pour construire des machines ; le Prophète ordonna sévèrement de respecter les arhres fruitiers; un des guerriers abattit des poiriers sauvages. Omar l'en blâma devant Mahomet. Le guerrier répondit que les fruits de ces arbres étaient amers et par conséquent impropres à Talimentalliion de Thomme. Le Prophète se tut. Se réglant sur cette attitude du chef inspiré, on a considéré comme joerm/^ d'abattre les arbres sauvages, toutes les fois qu'une nécessité impérieuse le commandait.
La déclaration explicative se divise en cinq espèces : 1° la déclaration proprement dite [taqrir] ; â"" la déclaration par annotation [te f sir) ; 3° la déclaration modifiante [taghyir] ; 4^ la déclaration effet d'une nécessité logique [zarouret)^ et 5** la déclaration remplaçante {tehdil),
La déclaration proprement dite sert à empêcher Tesprit de l'homme de donner à un terme quelconque un sens par extension ,Ex,A y et : « La subsistance des animauxqui marchent sur la terre et des oiseaux qui volent avec deux ailes est à Dieu. » Les arabes (compagnons) donnaient au mot oiseau (taïr) par extension le sens de tout animal qui marche vite, aussi vite qu'un oiseau qui vole ; par conséquent la phrase volent avec deux ailes est une déclaration proprement dite, destinée à empêcher l'esprit de l'homme de donner au mot oiseau un sens par extension, c'est-à-dire afin qu'on n'attribue point à un terme spécial le sens du terme générique visant tous
les animaux qui marchent aussi vite que les oiseaux volent. Autre ayet : « Nous avons dit aux anges, prosternez-vous devant Adam ; tous les anges, tous ensemble, se sont prosternés. » Les anges, dans l'Islam, se divisent en plusieurs classes; le Législateur n'a pas voulu permettre qu'on pût croire que cet ordre et son exécution concernaient une seule catégorie d'anges. Il s'est donc servi de la déclaration explicative proprement dite, tous ensemble.
La déclaration par annotation est utilisée dans les termes obscurs et difficiles^ sommaires et communs, pour faire disparaître toute obscurité et tout doute. Ex, de terme obscur. Hadith : « Coupez la main du voleur de la façon que Dieu l'a ordonné. » Ce premier hadith a été annoté par la parole suivante : « Ne la coupez pas lorsque l'objet volé vaut moins de vingt dirhems ». Ex. de terme difficile : Toutes les fois que les communications de l'ange étaient longues, le Prophète remuait les lèvres, car il répétait les paroles que l'ange prononçait, afin de ne pas les oublier. A ce propos, le passage suivant du Coran a été rendu : « 0 Mohammed, ne mets pas en mouvement précipité ta langue et tes lèvres, quand nous t'envoyons par Djebrahil la lecture {coran)\ suis attentivement la lecture {coran), car c'est à nous de la réunir dans ta mémoire et de l'expliquer. » La manière dont le mot lectw^e se répète dans la phrase crée une certaine difficulté, car elle fait naître l'idée que toute la lecture doit être expliquée. Par conséquent, il a été rendu des versets ultérieurs
servant de déclaration ; ils établissent que la réunion des communications de Fange dans l'esprit de Mahomet et l'explication de celles de leurs parties qui ont besoin d'explication n'est pas un devoir de l'ange, attendu que c'est Dieu qui s'en est chargé. Ex. de terme sommaire. Hadith : « Acquittez votre redevance aumônière. » Le mot redevance aumônière [zekat) . était un terme sommaire indiquant originairement toute contribution prélevée dans un but de bienfaisance. Ce terme a été expliqué par la déclaration suivante du Prophète : « Apportez la quatrième partie de la dîme (2 1/2 0/0) de vos biens meubles. » Ex. de terme commun : Hayel que j'ai déjà cité ailleurs, relatif aux trois périodes mensuelles que la femme divorcée doit attendre avant de se remarier. Le mot qourou [a) dont il a été fait usage dans cet ayet étant, comme il a été dit dans le titre concernant ces termes, un terme commun, a été expliqué par les paroles que le Prophète adressa, à propos de la prière, à son épouse Aiché, lorsque celle-ci voulut savoir si elle pouvait faire la prière pendant les jours de ses souffrances mensuelles.
La déclaration modifiante consisia en des explications comprises dans une phrase, laquelle modifie la signification première d'une phrase précédente en expliquant le but que celui qui l'a prononcée se proposait d'exprimer. Les deux phrases se complètent l'une par l'autre et forment un ensemble, de sorte qu'il ne reste aucune contradiction apparente entre
(a) n en a été question p. 150.
elles. Ex.{ayet) : « C'est un devoir pour les hommes de « visiter la maison de Dieu, pour ceux qui sont en « état de faire cette route (voyage). » La seconde partie de la phrase a modifié le sens de la première, qui s'appliquait à tous les hommes. L'ensemble des deux phrases exprime un sens clair et fait connaître que le pèlerinage n'est obligatoire devant Dieu que pour ceux des hommes qui se trouvent dans les condb lions que la loi prescrit et qui rendent cet acte de dévotion obligatoire.
La déclaration produite par une nécessité logique.— Ex, iayet) : « Les héritiers de l'enfant sont ses parents, sa mère pour le tiers. » Ce passage ne précise pas ce qui revient au père sur la fortune de son enfant ; mais, puisque les parents ne sont que deux, si la mère n'a droit qu'au tiers, il devient évident par nécessité logique que le restant de la fortune de l'enfant, c'est-à-dire les deux tiers, revient au père.
La déclaration remplaçante. — Ex. {ayet) : « L'homme âgé (senior, cheikh) et la femme âgée {chéïkhoukha), lorsqu'ils ont pratiqué l'adultère, qu'ils soient lapidés. » Le sens de ce passage a été remplacé par celui du passage suivant : « Que l'homme et la femme non préservés [ghaïri moukh^ sin et moukhsiné) qui commettent la fornication soient frappés chacun de cent coups de bâton. » Ce dernier ordre de Dieu punit le crime en question par cent coups de bâton sans faire aucune distinction d'âge. La seule condition qu'il établit est relative
à la situation morale des hommes dans la société. La condition de Tàge a été par conséquent abrogée et remplacée par la position sociale des individus. On ne peut plus faire lapider Thomme qui a péché ni la femme en raison de leur âge, s'ils ne sont pas préservés de* cet acte délictueux par le mariage (a). La déclaration remplaçante a pour effet constant l'abrogation de la disposition légale qu'elle modifie.
Des conséquences légales de la déclaratidii
En général, la déclaration rend absolument obligatoire le sens du texte expliqué.
La déclaration proprement dite a pour effet de rendre le sens du texte qu'elle explique précis et exact, c'est-à-dire de prévenir toute extension du sens et toute allusion. S'il s'agit d'un terme générique, la déclaration rend impossible toute idée de spécification [takhsis] ; et, s'il s'agit d'un terme spécial, toute idée de généralisation (tâmim).
La déclaration par annotation sert à prévenir et empêcher toute explication erronée ou s'éloignant de la légalité, et à faire disparaître tout doute et toute équivoque d'une façon définitive.
La déclaration modifiante a pour effet de changer le sens d'une déclaration précédente et de le rendre conforme aux faits et à l'état présent des choses, dans un but d'utilité et de profit incontestable et légal.
La déclaration remplaçante a pour effet l'abroga-
{a) \,e mariage est considéré comme un refuge (forteresse) contre ^«3 péché.
tion du sens dû texte qu'elle explique ; elle établit à sa place un autre sens formant condition légale.
Remarque : Les déclarations par annotation résultant des paroles du Prophète servent comme explication du Livre saint, même quand elles ne nous sont transmises que par un seul témoin.
En justice, toute déclaration humaine est appréciée sur ces mômes bases.