CHAPITRE DEUXIÈME
De la condliïe du Prophète (Souîinet)
Ce chapitre est composé d'une introduction, de sept questions et d'une conclusion.
Le terme Sounnet est un vocable dont le sens technique embrasse tout ce qui vient du prophète Mahomet. 11 comprend les paroles [aqval) et les actions [éfûl]^ de l'élu du Seigneur ainsi que son silence [laqrir) formant décision (silence approbatif).
La locution, silence formant décision [taqrir)^ signifie, comme je l'ai déjà dit, silence équivalante une sentence et nous faisant comprendre que le Prophète, ayant vu une action faite ou entendu une parole prononcée par l'un de ses compagnons, a gardé le silence. Ce silence constitue une adhésion tacite et faitcom-
prendre que l'envoyé de Dieu n'a pas désapprouvé l'action effectuée ou la parole prononcée.
l'" Question De rinspiralion diviîie (véhyj
La conduite du Prophète est le résultat de l'inspiration divine [vétiy]. Le véhy est de deux espèces : 1° apparent {zahir) ; 2° latent [batin).
V^ Espèce : Le véhy évident. — Il se divise en trois sections:
La première c*est le Coran. Cette section du véhy, Dieu Ta envoyée au Prophète par son ange [a) qui la lui a communiquée dans les mômes et identiques termes dont le Seigneur s'était servi. Le Prophète l'a également transmise aux hommes, en reproduisant avec la plus rigoureuse exactitude ce que l'ange lui avait rapporté.
La seconde est composée de tout ce que l'ange a transmis au Prophète en le déposant dans son cœur, mais que l'élu de Dieu a communiqué aux hommes en son propre langage. Cette forme s'appelle hatiri-mélek^ locution qui veut dire chose qui a été confiée à la mémoire de l'ange et par lui à celle du Prophète. Le sens de ces communications est d'absolue provenance divine, les mots seulement sont du Prophète. Ex, tiadith : Inné Rouhoul Coii- Houssi né fessé fi, rêvi enne néfsen len temoiUe
(a) L'an «les noms de l'ange bjébrahil est celui de Rouhoul-Qoudou8, qui sigûiUe esprit sacré et béni, divin.
hatta téslevfiyé rizqa ha. — Dieu a soufflé dans le cœur de l'ange Djébraliil et Ta inspiré, il lui a dit : « Pas une âme (personne) ne meurt avant que le temps de son existence soit complet (épuisé.) »
La troisième espèce comprend tout ce que le Prophète reçut d'en haut et qui descendit dans son cœur, sans Tintervention deTange, mais par des mots sacrés. Ex, Va dounya oukhdimi men khadémeni étibi men khadémé ke : « 0 monde, rends service à celui qui me sert et deviens cause de difficultés et de malheurs à celui qui te sert,' toi. »
2*" Espèce : Le Véhy latent, — Cette espèce de véhy est la source de tous les jugements que le Prophète a rendus par son propre effort législatif.
Trois opinions ont cours dans l'Islamisme à propos de cette espèce d'inspiration prophétique.
L'École hanéfite est d'avis que le Prophète a rendu par son effort quelques jugements en dehors de l'inspiration visible (évidente) et que ces décisions auraient pu être entachées d'erreur, mais que si une pareille erreur avait été commise. Dieu l'aurait immédiatement corrigée et redressée par son ordre exprès. Ex, Deux opinions s'étaient produites à propos des prisonniers tombés entre les mains des croyants après la victoire de Bedr. Le compagnon Ebou Bekr fut d'avis qu'il fallait prélever une rançon sur les captifs et les mettre en liberté; Omar fut d'avis de les mettre à mort. Le Prophète opta pom' l'opinion d'Ebou Bekr; mais la parole suivante de Dieu est descendue : « Il n'est digne d'aucun Prophète de
relâcher des prisonniers de guerre polytliéistes. » Par cette parole de Dieu [tembih^ avertissement), {a) le Prophète a été mis en garde contre l'opinion qu'il avait adoptée.
Les chefs d'école Mélik et Chafi, Timam Ebou- Youssouf et les collecteurs des paroles, faits et gestes du Prophète [moiikhadithin), sont d'avis que l'effort de l'envoyé de Dieu est raisonnablement admissible {djdiz), c'est-à-dire que, sans attendre Tinspiration , le Prophète a pu, selon les besoins, utiliser son propre effort législatif.
Ebou-Hassan-el-A.chari est d'avis qu'il n'est pas raisonnable d'admettre que le Prophète ait agi ou parlé sans inspiration. Il considère toutes ses paroles comme des effets du Véhy.
Remarque : Dans ce chapitre, nous emploierons, à la place du terme hadlth, le mot khaber (avertissement), pour la raison que voici. Les avantages, les conditions établies ainsi que les décisions légales qui découlent des paroles prophétiques, pourront, de cette façon, être appliquées par analogie à tout avertissement autre que ceux découlant des paroles prophétiques. Dans le premier chapitre, le même système a été adopté. Les mots, phrases et alinéas du Coran, sont appelés partout ailleurs, composés cadencés [nazm] ; cependant, dans le chapitre en question, afin de pouvoir appliquer les règles qui découlent des mots et phrases composant la parole de Dieu
(a) Le mot temhïh signifie rendre attentif un homme qui s'est laissé induire en erreur (ghafil).
et celle du Prophète, à d'autres paroles prononcées par des hommes et nécessaires à Taccomplissement des transactions humaines (conclusion d'actes {acia), le terme lafz (mot) a été employé à la place du vocable iiazm,