PAR TE CUT
CIAPAMEIN IE RERLTLE
Des indications de la Thyroïdectomie
L'opinion des divers auteurs qui ontécrit sur la question ou pratiqué la thyroïdectomie, s’est modifiée avec les perfectionnements successifs apportés à cette opération. Les premiers chirurgiens de ce siècle n’opéraient que sur les pressantes sollicitations de leurs malades, en cas d’asphyxie imminente, Actuellement, l’hémostase étant facilitée par l’emploi des pinces à pression continue, etle pansement de Lister strictement exécuté, mettant à l'abri des complications infectieuses, les contre-indications de l’opération sanglante deviennent de plus en plus rares. Nous avons déjà donné, dans l’Historique qui précède, l’opinion de plusieurs chirurgiens ; 1ci, nous citerons celle de divers autres opérateurs. L’énoncé des
indications et contre-indications de l’extirpation partielle ou totale de la thyroïde sera, pour ainsi dire, le résumé éclectique de ces citations.
Dans sa première publication, relative à l’extirpation du goître, Billroth (1) croit que «l’extirpation de tumeurs siégeant sur la ligne médiane, ne causant que peu ou point de dyspnée, même si elles sont volumineuses, peut être pratiquée avec succès, surtout quand il s’agit de femmes ou de jeunes filles. L’ablation des goîtres situés sur les côtés du cou ou profondément derrière le sternum, et à peine perceptibles à l’extérieur déterminant beaucoup de dyspnée est bien plus rarementsuivie de succès. C’est précisément dans le cas où il y à indication vitale que le résultat est souvent malheureux... Des goîtres volumineux, alors même qu’ils seraientproëminents, ne doivent jamais être opérés pour des motifs d’esthétique, chez des individus âgés de plus de 40 ans. De petites tumeurs siégeant à la partie inférieure du corps thyroïde chez des enfants et des jeunes gens, devraient être extirpées plus souvent, surtout si elles sont placées de telle facon qu’en se développant elles puissent présenter des dangers. »
Billroth, dans uu autre travail (2), dit qu’il a refusé d'opérer plusieurs patients, à cause du volume et de l’absence de mobilité de la tumeur.
Wolfler, assistant de Billroth (3), se demande pourquoi en Allemagne, les opérations de thyroïdectomie se multiplient et pourquoi les contre-indications ne sont plus
@) Billroth, Chirurg. Klinik, 1860-1867, Berlin, 1869, p. 178. :
(2) Billroth, Chirurg. Klinik. Berlin, 1878. p. 182
(8) Zür Chirurg. Behandlung der Kropfes. Langenbecks archiv. 4879 ; t. XXIV, p. 166.
pe fournies que par l’âge avancé des malades ou les maladies atteignant tout l’organisme? Cela tient, d’après lui, dune part, aux perfectionnements apportés à la technique opératoire et aux résultats très favorables obtenus par l’antisepsie, et, d'autre part, à ce que Rose a démontré que tous les goîtres d’un certain volume peuvent donner lieu à un ramollissement de la trachée, qui occasionne de redoutables accès de suffocation.
Lücke (1) pose comme première condition de lextirpation que le goître soit mobile, n’ait pas une base trop large, ou mieux, soit pédiculé. Il recommande (2) Pextrpation des goitres très durs, fibreux ou calcifiés, qui résistent complètement aux autres méthodes. Il considère comme contre-indications : un trop grand volume du goitre , une base trop large et une situation trop profonde dans la fossette jugulaire.
Rose redoute surtout les complications provoquées soit par le ramollissement de la trachée, soit par la présence du goître : emphysème, bronchite, dilatation du cœur droit, anémie. Pour lui le goitre est une affection dont on se dissimule le plus souvent la gravité, car sa présence seule suffit à provoquer des altérations dont la mort est tôt ou tard la conséquence.
Michel (de Nancy) (3) admet que l’extirpation est formellement commandée lorsque toute autre médication a échoué, et que les accidents acquièrent de la gravité.
(1j Die Krankheiten der Schilddrüse. Pitha und Bülroth's handbuch der Chirurg. t. I.
(2) Ueber die Chirurg. Behandlung der Kropfes. Sammlung Klinik. Vortr. n° 7.
(3) Michel, de Nancy, De l’extirpation complète de la gl. thyroïde — Gaz.
hebdom., 1873. nos 44 et 45.
Boursier (loc. cit.), dit que « les véritables indications souvent les seules, sont les troubles fonctionnels. » Le chirurgien doit se laisser guider par l’étude approfondie de chaque cas, une énumération stricte des indications et contre-indications étant presque impossible.
Duplay (1) repousse formellement l’opération, dans le cas où la tumeur n’est point une gêne pour le malade. Mais dans le cas où la tumeur est un péril pour l’existence, alors qu’elle produit des accès de suffocation, la seule ressource est l’extirpation. On ne doit pas trop attendre pour la pratiquer. Il faut que le patient soit en état de supporter l’anesthésie et le choc inséparable de Pablation d’une tumeur aussi étendue.
Terrillon (2) à l’occasion de son rapport sur la thyroïdectomie de Richelot, s'exprime en ces termes : « On peut dire sans crainte de se tromper que, en présence des succès dont le nombre augmente rapidement, l’ablation du corps thyroïde devient une opération que tout chirurgien doit pouvoir affronter sans craintes trop sérieuses. »
Pour M. Liebrecht, assistant à l’université de Liège (3), J’abstention est indiquée dans le cas où il existe manifestement un état pathologique des artères : dégénérescence athéromateuse ou calcaire. Dans ce cas, on s’exposerait à de formidables hémorrhagies.
Le mémoire de MM. Reverdin (4) contient de précieuses indications sur l’extirpation. Dans le cas où un
(1) Pathol. ext., t. V, p.224.
(2) Terrillon, Bullet. dela Société de Chirurg., 16 novembre 1881. (3) Bullet. acad, roy. médec. de Belg., 1883, p. 523.
(4) Revue médic. de la Suisse romande, 1883, p. 361.
Le goitreux suffoque, l’hésitation n’est pas permise ; il faut ouvrir une voie au passage de l’air, mais il ne faut point attendre le dernier moment pour intervenir, car le chirurgien se trouverait alors dans des conditions déplorables. D’où ce précepte : Lorsqu'un goître a déjà causé des accès de suffocation, pas d'hésitation; opérons sans attendre que la nécessité nous force la main. Il n’est pas toujours facile de prévoir si le goître deviendra ou non suffocant; cependant, il est à remarquer que le développement rapide de la tumeur est d’un pronostic plus grave, à ce point de vue, que son accroissement lent. Cette rapidité dans l’évolution est particulièrement redoutable si elle s’effectue malgré un traitement médical rationnel.
Les tumeurs développées au niveau de la fossette jugulaire doivent éveiller les craintes du chirurgien. Pour elles, la situation anatomique crée le danger bien plus que le volume. Dans cette même catégorie, doivent être rangés les goîtres retro-pharyngiens.
Comme conclusion, voici la règle que tracent les opérateurs que nous venons de citer : «nous ne disons pas : opérons, quand les complications graves ont surgi et menacent la vie, mais bien : opérons avant l’apparition de ces complications. »
« Un motif d’opérer que nous ne saurions admettre est le côté cosmétique. Nous ne pensons pas que le chirurgien doive mettre son bistouri au service d’une coquetterie féminine .… Jamais nous n’entreprenons, sauf urgence, l’opération, sans avoir essayé du traitement par les eaux minérales (eaux de Challes, de Wildegg, de Solis), ou par l’iodoforme en pilules. »
Spies
M. le professeur Julliard (de Genève) a exposé le résultat de sa pratique, comprenant trente et une opérations dans un mémoire (1) où il pose aussi les principales indications de la thyroïdectomie. Tout d’abord, cet auteur établit, comme Rose l’avait déjà indiqué, que le goître est dangereux par les accidents qu’il provoque : ramollissement de la trachée, troubles respiratoires. Il est une catégorie de goîtres qu’on peut suffisamment amender par l’usage de l’iode. C’est toujours par là qu’il faut commencer avant de songer à l’intervention radicale.
Il faut préférer l’excision partielle, si elle est possible, mais surtout il ne faut pas trop temporiser, et ne pas laisser la tumeur prendre un volume trop considérable. Au point de vue esthétique, on ne doit intervenir que si la tumeur est petite, mobile, facile à enlever. Si la déformation est légère, il vaut mieux s’abstenir. Quand le goître est large, étalé en surface, on peut aisément le dissimuler, d'autant plus que dans ces cas, l’intervention est dangereuse à cause du volume de la tumeur et de sa mobilité imparfaite.
Dans son mémoire publié (2) en 1882, le professeur Théod. Kocher (de Berne) se montre partisan enthousiaste de la thyroïdectomie. Comme Rose, comme Julliard, il redoute surtout le ramollissement de la trachée et les troubles pulmonaires provoqués par le goitre. D’après lui, les moyens opposables à l’excision comme l’écrasement linéaire, la cautérisation, le drainage, la
(1) Revue de Chirurgie, août 1883.
(2) Corr. Blatt für Schweizer Aerzte— Die indicationen zur Krop/fseæstirpation beim geyenvartigen stande der Antisepsis, Berne, 1882,
— 19 =— discision à la manière de Billroth, sont surannés et sont tombés dans l'oubli. Il insiste aussi sur l'intervention hâtive qui d’abord facilite l'opération, et de plus permet souvent d'enlever des tumeurs dont on ne pouvaitsoupçconner au début le caractère malin.
Kocher se montre plus accommodant pour le côté esthétique : « Si, dit-il, dans ur mémoire, il est facile de rejeter à la légère, les opérations que commande l’esthétique seule, en pratique, il n’en est pas toujours ainsi. Si une jeune fille, porteur d’un goitre gros comme un poing et en âge de se marier, réclame une intervention radicale, il sera quelquefois difficile de la lui refuser. »
Comme conclusion des lignes précédentes, nous donnerons les indications de la thyroïdectomie telles que les comprend notre maître, M. le professeur Poncet.
Cette opération peut être considérée comme une des plus graves ‘de la chirurgie. Il suffit, pour s’en convaincre de jeter les yeux sur la liste des accidents qu’elle peut provoquer, soit pendant l’acte opératoire, soit à une époque plus ou moins éloignée de l'intervention. La région cervicale qu’on est obligé de disséquer lorsqu’on veut pratiquer l’extirpation totale d’une tumeur un peu volumineuse, est sillonnée d'énormes vaisseaux veineux ou artériels, dont la blessure provoque linondation du champ opératoire. L’entrée de l’air dans les veines peut amener la mort immédiate. De gros troncs nerveux sont forcément dénudés et tiraillés, compris quelquefois dans une ligature vasculaire. Le choc traumatique, inséparable d’une longue opération peut, à lui seul, causer la mort du patient. Enfin, après l’extirpation laborieusement faite, on peut voir survenir des
ss DD. = hémorrhagies secondaires, des phlegmons du cou, du médiastin.
La thyroïdectomie, pour M. le professeur Poncet, ne saurait être comparée qu’à la ligature de l'artère iliaque interne, où les dangers de l’hémorrhagie, de l’ouverture du péritoine, sont rendus plus graves encore par la profondeur à laquelle il faut porter la ligature, et les chances si nombreuses de péritonite aiguë.
Pour toutes ces raisons, l’excision totale du goitre sera toujours une opération de nécessité, jamais une opération de luxe.C’est assez faire prévoir que nous rejetons absolument l’intervention faite dans un seul but d’esthétique et de coquetterie ; à moins que la tumeur ne soit nettement pédiculée, très mobile et l’opération équivalente comme gravité à l’extirpation d’un petit ganglion lymphatique dégénéré. Si le goître, par les accidents qu’il entraîne ou la difformité qui en résulte, empêche l’individu qui en est porteur de gagner sa vie, lechirurgien se décidera plus facilement à une intervention radicale, pourvu que les chances de succès tirées du volume de la tumeur, de l’état général du sujet, soient très considérables.
Quand le goître a provoqué des accès de suffocation, il faut, avant tout, être certain que ces attaques de dyspnée comportent par elles-mêmes un pronostic sérieux et sont de nature, si elles s’aggravent, à entraîner rapidement l’asphyxie. Il faut donc surveiller le malade et voir si cette dyspnée n’est pas purement accidentelle et provoquée par une marche trop rapide, l’ascension trop précipitée d’un escalier. Auquel cas la sûppression de ces causes d’excitation suflira pour amender l'état du malade. Celui-ci se trouvera dans les conditions d’un
ln cardiaque dont tous les mouvements doivent être mesurés sous peine d’asystolie.
Le sulfate de quinine, dans un cas de M. le professeur Poncet, fit disparaître des accès de suffocation provoqués par un goitre que portait une malade atteinte d’impaludisme. Ces accès revenaient tous les soirs vers dix heures.
Il n’est pas douteux que certaines influences météorologiques encore peu connues, entre autres l’humidité, puissent provoquer des accès d’oppression chez les goitreux comme chez les asthmatiques. Un changement de climat pourrait, dans ces conditions, être favorable.
N'oublions pas que chez les femmes, d’ailleurs si impressionnables, la présence d’une tumeur thyroïdienne peut provoquer des attaques d’étouffement dont le bromure de potassium et les douches froides feront prompte justice.
Si le goître est véritablement suffocant et s’accompagne de cornage trachéal, de tirage sus-claviculaire, hésitation n’est plus permise, et nous adoptons pleinement dans ce cas la manière de voir de MM. Reverdin : opérer dès qu’un véritable accès de suffocation s’est produit. Il en est de même lorsqu'un rapide accroissement de la tumeur fait prévoir que la trachée sera comprimée etramollie à brève échéance.
Nous arrivons à un ordre de considérations pour lesquelles les solutions les plus diverses ont êté proposées.
I1 s’agit de l’intervention dans le cas de goitre kystique, de tumeur maligne de la thyroïde, de l’extirpation partielle ou totale de la glande.
En présence d’un kyste on peut se demander sil est
Do uni ou pluriloculaire, séreux ou hématique si la cavité kystique est primitive ou résulte dela fonte, de la résorption partielle d’une tumeur solide. Siles cavités kystiques sont nombreuses, de minimes dimensions, et développées : au milieu d’une masse charnue dont la présence seule cause tous les accidents, il est évident que l’extirpation s'impose.
Dans le cas de kyste à contenu hématique, couleur chocolat ou café au lait, dont les parois sonttomenteuses, anfractueuses, une large ouverture de la poche avec drainage suffisant et lavages pratiqués avec des solutions antiseptiques, constitue le premier temps de l’intervention. Dans un cas de ce genre, M. le professeur Poncet à obtenu un succès complet par la méthode précédente ; la cavité kystique disparut par accolement de ses parois bourgeonnantes. Si cette méthode échoue, un seul moyen restera : l’extirpation.
Dans les kystes séreux simples, à parois souples, uniloculaires, la conduite des chirurgiens a été très variable. M. Mollière (D.), chirurgien-major de l’'Hôtel-Dieu de Lyon, dans un certain nombre de cas, a pratiqué avec beaucoup de succès le drainage capillaire. Mais ce traitement, auquel nous nous empressons d’accorder la suprématie au point de vue des stigmates laissés par l’opération, exige, outre un pansement antiseptique des plus rigoureux, des séances d'aspiration bi-quotidiennes, des lavages de la poche multipliés et très minutieux. Si l’on se départit un seul instant de ces précautions, on voit apparaître de formidables accidents de septicémie.
D’après M. le professeur Poncet ces kystes doivent être traités par une large incision. Cette méthode permet
lévacuation complète et rapide des liquides contenus dans la poche. Le doigt peut alors explorer la cavité et se rendre compte de sa capacité et de la direction de ses divers prolongements. Une fois le liquide évacué et la situation éclairée par l’exploration prudente de la poche, on peut faire à la partie supérieure de l’incision quelques points de suture pour diminuer d'autant sa longueur. À la partie déclive on suture la paroi kystique à la peau pour prévenir l’infiltration des liquides puis on place un très gros drain à l’angle inférieur de la plaie. De cette façon l’écoulement des liquides est assuré et la rétention de produits septiques dans la poche est par là-même rendue impossible. De fréquents lavages permettent de modifier la paroi de la cavité et entraînent les grumeaux purulents de quelque volume dont l’issue est impossible par le drainage capillaire.
On ne doit pas oublier que même l’incision de la poche ne doit pas être tentée avant que le chirurgien ait essayé la ponction à l’aide d’un aspirateur. Cette simple ponction suffit quelquefois pour faire disparaître une bosselure disgracieuse qui ne se reproduit pas, surtout si après la ponction on fait une légère compression.
De nombreuses méthodes ont été préconisées pour la cure des goîtres kystiques. Nous allons passer en revue les graves inconvénients que présentent quelques-unes d’entre elles : les injections alcooliques et iodées.
Maunoir (de Genève) fit le premier, en 1812, une injection de vin chaud dans un kyste de la thyroïde. Il n’en obtint pas un résultat heureux et abandonna cette méthode pour avoir recours au séton.
Si
En 1843 Velpeau, publia quatre observations de goitres kystiques traités par l’injection de teinture diode. Dans un cas l’opéré présenta pendant longtemps des symptômes d’iodisme.
M. Bouchacourt a rapporté (1) deux cas de kystes traités par la même méthode. Dans les deux cas cette opération avait été suivie de suppuration. La guérison se fit attendre pendant cinq mois et demi chez un de ces malades.
Sans parler des récidives constatées dans une foule de cas par Sédillot, Fleury, Gosselin, la ponction suivie d'injection iodée expose à des accidents multiples et très graves. Ce sont d’abord les congestions, les hémorrhagies 4 vacuo dont on conçoit facilement le mécanisme. Ce sont ensuite une inflammation et une tuméfaction trop considérables pouvant déterminer la compression des organes importants du cou, et un état général fort grave. C’est enfin la suppuration du kyste si fréquente et si redoutable à cause de ses conséquences : la diffusion du pus, la septicémie. En 1848, Gallois, élève de M. Bouchacourt, publia (2) quatre observations, de kystes traités par l’injection iodée. Dans un de ces cas il y eut suppuration de la poche.
Philippeaux (3) signale deux cas dans lesquels Bonnet pratiqua l'injection iodée. Dans le premier cas il y eut menace de mort puis établissement d’une fistule. Chez le second il y eut des phénomènes de septicémie.
(1) Bulletin de thérapeutique, 1844.
(2) Journal de Médecine de Lyon, 1848.
(3) Traité de la Cautcrisation.
HT
Schuh (1) ayant opéré trois goîtres kystiques par l’injection iodée eut un succès complet, un incomplet et un cas de mort à la suite d’une longue suppuration.
M. Delore signalait en 1867, devant la Société des Sciences Médicales de Lyon, l’observation d’un malade auquel on avait fait trois injections iodées successives et qui mourut après la troisième.
M. le professeur Valette (2) (de Lyon) dit qu’il refusa d'opérer par cette méthode une jeune femme qui portait un kyste de petit volume. Bonnet consentit à pratiquer l’opération et quatre jours après lamalade mourut, suffoquée par le gonflement inflammatoire.
L’incision du goitre telle que nous l'avons décrite a donné entre les mains de Billroth et de MM. Reverdin, de très heureux résultats, on ne peut lui reprocher aucun des nombreux accidents consécutifs à l'injection iodée.
L’extirpation des fumeurs malignes de la thyroïde est entourée d’énormes difficultés quand le néoplasme atteint un certain développement. On ne peut savoir au juste avant l’opération jusqu'où s'étend la tumeur et si les organes voisins sont envahis par la production morbide. Le chirurgien, d’après Bircher (Loc. cit.), doit se faire accorder tout pouvoir avant de commencer l'opération car il ne sait pas au juste où il lui sera permis de s’arrêter. Bircher, dans un cas de ce genre, a réséqué le larynx, les deux premiers anneaux de la trachée et la paroi antérieure de l’œsophage. D’après ce même auteur, Rose, en 1877, aurait réséqué pendant l’extirpation d’un
(4) Gaz. hebdom., 1858.
(2) Valette, L'çons de Clinique Chirurgicale.
AT pe goitre sarcomateux une portion de la jugulaire interne et de la carotide. Il est inutile d’insister sur la gravité de ces opérations qui, au point de vue du Manuel opératoire, peuvent être très brillantes, mais qui, en pratique, doivent être rejetées par un chirurgien soucieux de la vie de son malade et de sa propre dignité. Comme le plus souvent, il n’est pas possible de savoir, au début, s’il s’agit véritablement d’une tumeur maligne, le chirurgien se laissera guider par la rapidité d'évolution de la tumeur, les douleurs qu’elle provoque etson adhérence à la peau pour se décider à une intervention hâtive en prévision d’un néoplasme malin. Il est inutile d’ajouter qu'ici, comme pour l’extirpation d’un néoplasme quelconque, le chirurgien, avant d’engager l’action, doit être sûr, dans la mesure du possible, qu’une généralisation de la tumeur ne rendra point son opération inutile, que les ganglions du cou et du médiastin ne sont pas encore infectés et que des adhérences trop étendues de la tu meur ne le forceront point à faire une opération illusoire en l’obligeant à tailler en plein néoplasme.
L'opération étant décidée en principe, faut-il pratiquer lextirpation totale ou partielle ?
Sur ce point,le mémoire de MM.Reverdin a fait connaître que l’extirpation totale de la thyroïde était suivie d’accidents généraux, de pâleur, de faiblesse avec bouffissure des mains et de la face, phénomènes qu’ils désignent sous le nom de myxædème opératoire. Toutes les fois que cela est possible, ils préfèrent l’extirpation partielle et ne font l’ablation totale que contraints et forcés.
D’aprés Kocher qui a exprimé cette opinion au XII
Congrès des chirurgiens allemands, l’extirpation totale de la thyroïde se montre pernicieuse pendant la période de croissance. Comme MM. Reverdin il a observé le myxædème ; il en tire la conclusion que la glande thyroïde est un organe hémato-poiétique ou contribuant à régulariser la circulation cérébrale. Il conclut en disant que si la chose est possible, on ne pratiquera que l’extirpation partielle. Bardleben n’est pas de cet avis, car il n’a pas observé d’accidents analogues. Cet auteur à réséqué à un chien la glande thyroïde et la rate sans préjudice bien marqué.
Dans un mémoire récent M. le Professeur Schiff (de Genève) (1) a observé sur des animaux auxquels il avait enlevé la glande thyroïde en totalité des phénomènes d’abattement, de torpeur, avec secousses convulsives dans les muscles et anesthésie manifeste des téguments. La croissance a paru arrêtée dans un cas par cette opération. Tous les animaux auxquels il a extirpé la glande en totalité sont morts.
Dans le cas où l’on sent un lobe bien distinct, mobile, parfaitement isolé, le reste de la glande étant normal, on doit pratiquer l’excision partielle. Cette indépendance des tumeurs isolées n’est souvent qu’apparente. En tout cas le chirurgien doit être prêt à pratiquer l’extirpation totale si les adhérences sonttrop étendues.
Rose ne voulait d’abord pratiquer l’extirpation totale que dans les cas où l’on ne pourrait enlever le néoplasme sans inciser le parenchyme, parce qu’alors il redoutait les hémorrhagies. Il enlèverait actuellement la glande toute
(4) Schiff. Revue méd, de la Suisse romande. 15 fév. 1884.
D entière. Il cite (1) un cas de récidive du néoplasme chez une patiente à laquelle il avait fait l’évidement. « Zussi longtemps, dit-il, qu’il reste une portion quelconque d'un goître, on est exposé à devoir recommencer tous les deux OU trois ans. »
Dans quelques circonstances on a pu pratiquer l’ablation de tumeurs multilobées en trois ou quatre séances différentes.
STATISTIQUE. — Nous citerons ici quelques chiffres pour montrer quel résultat ont donné jusqu’ici les opérations pratiquées à des époques variables et par des chirurgiens divers.
Nous avons trouvé dans le travail de M. Liebrecht (Zoc. eit.) outre la relation succincte de tous les cas de thyroïdectomies pratiquées jusqu’en 1882, une statistique très utile à consulter et que nous résumerons ici.
La première statistique est celle de Günther ; ellea été modifiée en quelques points par M. Liebrecht et donne comme résultat jusqu’en 1850 : 54 cas dont 35 succès, 17 insuccès, 31,48 °/, — deux résultats inconnus.
Une deuxième statistique établie par Brière d’Yverdon donne 68 cas avec une mortalité de 23 = 33,82 °/,,
La troisième liste a été dressée par Brüberger. Elle ne diffère pas beaucoup de celle de Süsskind qui donne la relation de 118 cas de 1851 à 1876 avec mortalité (goîtres malins compris) de 23 — 19,40 2}.
La statistique établie par Liebrecht, pour cette même période de 1851 à 1876, donne un résultat un peu différent,
(1) Rose. Ucber Kropfstodt und Radicalcur dcs kropfes. Langenbec’ks Archiv. 1871, t. XXII, p. 21.
Ut c’est-à-dire 138 cas dont 105 succès et 28 insuccès, 20,29 °/0 de mortalité.
De 1877 à 1882 le nombre total d'opérations a été de 135 dont 116 succès et 20 morts — 14,81 °/.
À parür de 1877 la diminution de la mortalité est incontestablement due à l’application du pansement antiseptique de Lister ; tous les opérateurs sont d'accord sur ce point.
Si nous examinons la statistique des cas opérés par le même chirurgien, et, par suite, étant plus comparables, nous voyons, toujours d’après M. Liebrecht, que Baumgaertner, sur 8 extirpations totales, a eu autant de guérisons. Crédé (de Dresde) a eu une série de 13 cas tous opérés avec succès.
Nussbaum a opéré de juin 1877 à novembre 1879 12 malades dont 2 ont succombé. Lücke, de 1865 à 1870 a pratiqué 9 opérations dont une seule malheureuse. Bruns, de 1851 à 1876 a fait 23 extirpations avec 19 guérisons.Gussenbauer,sur 10 opérations a compté 10 succès. Lauer, sur 9 cas, 8 guérisons.
Kocher (Zoc. cit.) a établi une statistique des cas postérieurs à 1877 jusqu’à 1882 ; en éliminant les opérations pour goiîtres cancéreux 1l est arrivé à une proportion de 23 insuccès sur 193 cas ; ce qui donne une mortalité de 11,9 °/. (Par erreur, dans son travail il à donné le chiffre 13,9.) Les opérations pour goître cancéreux donnent la mortalité effrayante de 61,9 °/, = 13 morts sur 21 opérés.
Au dernier Congrès des chirurgiens allemands, le même auteur établit comme résultat de sa statistique personnelle sur ses 43 dernières opérations 25 °/. de
— 00e mortalité pour les goîtres malins et 5 °/. pour les cas bénins. À ce même Congrès, Woelfler a donné comme résultats obtenus par Billroth, de 1877 à 1883, 7 °/, de mortalité sur 68 opérés. *
Sur les 22 cas qu’ils ont opérés MM. Reverdin ont perdu deux malades, ce qui donne une mortalité dér0n07
La statistique de M. le professeur Julliard est un peu moins favorable, sur 31 opérations il y a eu 5 morts — 15,170
Comme conclusion nous donnerons le tableau suivant résumant les données précédentes :
Avant 1851, la mortalité était de 31,48 0 DES ASTÉ repense ece 20,30 4 DEASTIAASSAE TN rte eeee 14,81 0/0 Dernière statistique de Kocher.. D %