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Avant d'exposer les diverses méthodes opératoires qui se sont partagé la faveur des chirurgiens, il n’est pas sans intérêt d'examiner quels sont les changements apportés par l’hypertrophie thyroïdienne dans l’arrangement des divers organes de la région du cou. L’anatomie normale de la région sous-hyoïdienne étant exposée aussi clairement que possible dans les divers traités d'anatomie topographique, il est inutile de nous étendre longuement sur les rapports normaux de la glande thyroïde.
Si le goitre est de petit volume et proëéminent en avant, les rapports anatomiques ne seront point essentiellement modifiés ; tout se bornera à une légère distension des téguments.
Dans le cas de goître volumineux, les vaisseaux, les nerfs et les muscles du cou sont distendus, tiraillés et
etpoe déviés. En avant, les muscles sterno -hyoïdiens, thyrohyoïdiens, omoplat-hyoïdiens, sont amincis, étalés et transformés en larges rubans membraneux. Les aponévroses du cou sont transformées en minces feuillets celluleux, parfois à peine appréciables. Le plus souvent, les veines sous-cutanées subissent une dilatation considérable et présentent de nombreuses flexuosités.
En arrière, la tumeur envoie quelquefois un prolongement entre la tfachée et l’æsophage, ou même entre l’œsophage et la colonne vertébrale. Dans ce dernier cas, le goitre est appelé rétro-æsophagien ; Sa présence cause le plus souvent des troubles marqués de la déglutition. Les vaisseaux artériels et veineux sont refoulés progressivement par la marche envahissante de la tumeur. Chez un de nos malades, la carotide battait sur une ligne verticale passant au niveau de l’apophyse mastoïde. Les artères et veines thyroïdiennes, qui normalement abordent la glande ou s’en échappent par chacun de ses angles supérieurs et inférieurs, sont profondément cachées à sa partie postérieure, si le goître est volumineux. Cette disposition rend absolument impossible la ligature préventive des vaisseaux thyroïdiens que préconisaient Héron-Watson et Michel (de Nancy).
Wolfler , dans sa communication sur l’extirpation du goître, au XII° Congrès des chirurgiens allemands, a fait remarquer que le nerf récurrent affecte avec l’artère thyroïdienne inférieure des rapports assez variables. Il a trouvé que ce nerf passe tantôt devant, tantôt derrière le vaisseau , tantôt l’enlace en spirale; d’où le précepte d'isoler strictement le tronc nerveux , si toutefois on parvient à le découvrir. De cette façon, on évi-
tera de le saisir dans la ligature du vaisseau. À la partie inférieure du cou, la tumeur se dissimule parfois derrière le sternum et la clavicule ; elle constitue la redoutable variété des goîtres plongeants, si bien étudiés par Bonnet (de Lyon).
Dans le cas de tumeur maligne, les organes du cou sont également refoulés et comprimés. Mais, de plus, le néoplasme, dans sa marche envahissante, les pénètre et les détruit. De cette pénétration des vaisseaux du cou, de la trachée, de l’œsophage, par la production nouvelle, résulte le danger de son extirpation.