S IV. — ANESTHÉSIE
Son emploi présente de sérieux inconvénients. En effet, les tractions nécessairement exercées sur le gof-
(pit tre pendant l’opération, l’action irritante des vapeurs de l’éther et l’hypersécrétion de mucus bronchique qui en est la conséquence, provoquent souvent des accès de suffocation. Les vomissements très ordinaires en pareille occurence sont dangereux, car les matières vomies peuvent pénétrer dans la trachée. Après la fin de l’opération, les mouvements imprimés à la trachée par les efforts de vomissements tiraillent les sutures, peuvent faire céder une ligature insuffisamment serrée et com promettre la réunion.
D’autre part, les douleurs ressenties par le malade pendant l’extirpation sont parfois extrêmement vives et tiennent à l’étranglement des nombreux filets du grand sympathique compris dans les ligatures. Ces douleurs sont absolument comparables à celles qu'éprouvent les malades atteints de hernie étranglée. Chez l’un des opérés de M. le professeur Poncet, ces souffrances ont été très pénibles pour le patient. Elles s’irradiaient dans l’oreille, le thorax, le côté de la tête correspondant au lobe thyroïdien qu’on enlevait. Elles ont même persisté après l’opération et siégeaient alors au niveau du testicule. Elles ont jeté le patient dans une prostration extrême. Son pouls était à 160 et la mort qui survint quatre heures après l’opération doit être imputée à ces accidents de choc traumatique. L’hémorrhagie qui eut lieu pendant l’opération peut être évaluée à 5 ou 600 grammes de sang. Cette perte sanguine n'aurait pu suffire seule à provoquer la mort chez un sujet très vigoureux, et dont la santé générale était admirable.
Ces accidents de choc traumatique doivent entrer en ligne de compte et aggravent singulièrement le pronos-
Ge tic, alors même que l’anesthésie a été employée pour l’incision cutanée.
Dans le cas que nous venons de citer, on pratiqua, trente minutes avant l’opération, une injection de chlorhydrate de morphine de 0,01 centigr., on employa même l’anesthésie à l’éther au début de l’opération.
En somme, la conduite la plus sage est d’administrer au patient, trente ou trente-cinq minutes avant l’opération, un lavement avec quatre grammes d’hydrate de chloral, ou encore de pratiquer une injection hypodermique de morphine et d'employer l’éther pour l’incision cutanée seulement. Les chirurgiens lyonnais emploient, comme agent anestésique, l’éther, de préférence au chloroforme, celui-ci provoquant souvent des syncopes mortelles.
S V. — TRACHÉOTOMIE.
La crainte de voir Pasphyxie provoquée par les tiraillements de la trachée pendant la dissection de la tumeur, a conduit Rose à pratiquer la trachéotomie comme premier temps de l'opération. Le malade aspirait les vapeurs anesthésiques par la canule. Dans son travail sur la cure radicale du goître, il émet l’opinion que la trachéotomie doit être faite dans tous les cas où la trachée est ramollie. Cette manière de voir n’a pas trouvé d’imitateurs, et Kocher (de Berne) repousse formellement la trachéotomie, car elle rend l’asepsie impossible, et pendant l’extirpation, l’ouverture de la trachée est extrêmement génante pour l’opérateur qui, à tout
EN ee instant, redoute de voir le sang y pénétrer en abondance. Bardleben (de Berlin), A. Walfler, assistant de Billroth, Maas (de Würzbourg), après avoir exposé au XII° congrès des Chirurgiens allemands le résultat de leur pratique, repoussent formellement la trachéotomie.
Chez un des opérés de M. le professeur Poncet la trachéotomie fut pratiquée par notre collègue M. Pollosson pendant la nuit qui précéda l'opération. L’asphyxie imminente du malade dut y faire recourir forcément. Pendant l’extüirpation du goître le sang coulait dans la canule et de plus l’ouverture de celle-ci était obturée très fréquemment soit par les éponges, soit par la main du chirurgien quand il voulait relever la tumeur. L’ouverture de la trachée avait été faite sur le cartilage cricoïde et le premier anneau de la trachée.