‹ Étude sur la ThyroïdectomieChapitre 25 sur 30 · II. — ACCIDENTS CONSÉCUTIFS · texte numérisé non relu

II. — ACCIDENTS CONSÉCUTIFS

1° Complications broncho-pulmonaires. — Elles surviennent plus ou moins tardivement après l’opération, et consistent en pleurésies, pneumonies, ou même pneu— mothorax. Dans le cas unique de Nussbaum, la plèvre fut perforée pendant l’opération au sommet du poumon gauche. Le malade mourut.

La pneumonie peut survenir à la suite de la pénétration de matières alimentaires solides dans la trachée. Un opéré de M. le professeur Julliard a succombé à la suite d’une pneumonie par aspiration (Schluckpneumonie des Allemands). Cette complication sera facilement écartée si, pendant les premiers jours qui suivent l’opération, le malade est nourri uniquement d’aliments liquides. Jusqu'au quatrième jour, on pourra même ne donner que de l’eau plus ou moins alcoolisée.

L’irritation déterminée par l’opération au niveau du tronc du pneumogastrique pourrait provoquer certains troubles trophiques amenant à leur suite une pneumonie hypostatique analogue à celle qui a été signalée dans les cas de rétrécissement cancéreux de l’œsophage.

2° Accidents inflammatoires et septiques. — Très fréquents avant l’emploi du pansement de Lister, ils tendent àdevenir de plus en plus rares. Ces complications

ont causé la mort beaucoup plus souvent que les hémorrhagies, car les premiers opérateurs n'avaient aucun moyen de soustraire leur malade à tous les accidents septiques des plaies. Les plus fréquentes de ces complications sont, outre l’érysipèle qu’on peut observer là comme partout ailleurs, le phlegmon du cou et la médiastinite.

Elles doivent être attribuées soit à l’exposition trop prolongée de la plaie à l’air extérieur, soit aux ferments contages de M. le professeur Lefort, déposés à sa surface par la main ou les instruments du chirurgien, soit enfin, à l'emploi de fils à ligature infectés de germes septiques. Kocher (Loc. cit.) dit avoir perdu deux de ses malades de septicémie causée évidemment par du catgut mal préparé.

La médiastinite est surtout fréquente chez les opérés, qui présentent encore après la thyroïdectomie un certain degré de dyspnée. Il se produit alors du tirage sus-sternal comme dans le cas de croup. Un malade de Billroth présenta après un pansement ouvert à l’huile phéniquée un curieux phénomène : à chaque inspiration, l'huile phéniquée et le pus disparaissaient dans une poche rétrosternale et remontaient en gargouillant à chaque expiration. Les particules septiques sont ainsi attrées dans le tissu cellulaire lâche du médiastin, terrain très favorable à la diffusion de l’inflammation. Rose conseille dans ce cas de faire la trachéotomie pour prévenir ces efforts énergiques d’inspiration, mais, comme le fait remarquer Kocher, si le pansement est strictement antiseptique, les efforts d'inspiration provoqueront du tirage, mais les tissus étant absolument sains, cette

SOU dépression du creux sus-claviculaire n’aura aucune conséquence fâcheuse. Si, au contraire, on pratique la trachéotomie, l’asepsie est impossible. Les principaux symptômes de la médiastinite sont : une dyspnée extrême avec douleur rétro-sternale intense, élévation considérable de la température, anxiété précordiale, respiration presque exclusivement diaphragmatique. La médiastinite est une complication très grave. Tous les malades sur lesquels on l’a observée sont morts.

3° LA MORT SUBITE à été notée cinq fois par M. Liebrecht, dans son mémoire. Un malade de M. Julliard mourut au moment où l’on faisait l’incision cutanée. Dans le plus grand nombre de ces cas la mort a pu être rapportée à une coudure brusque de la trachée avec arrêt immédiat de la respiration et syncope.

4 TROUBLES PSYCHIQUES. — Quelques auteurs ont voulu faire du corps thyroïde le régulateur de la circulation intra-crâänienne. Borel, Woelfler, Sick, ont observé après l’extirpation de cette glande quelques cas de manie qui sembleraient corroborer cette opinion. Deux patients de Borel furent frappés de stupeur pendant quelques jours ; ils présentaient des symptômes d’agitation et de mélancolie. La troisième malade se figurait être un chamois auquel un coup de feu avait emporté le dos. Cette idée s’évanouit lorsqu'on lui eut permis de toucher son dos.

Kocher cite deux cas analogues. Chez la première malade il observa, sept à huit semaines après l’opération, un changement d'humeur considérable : d’enjouée et

0) Eee gaie la malade devint maussade et paresseuse. Un jeune enfant de dix ans devint aussi taciturne et sombre. Quelques observations tendent à démontrer que l’hystérie peut subir une notable aggravation après la thyroïdectomie. MM. Reverdin citent le cas d’une de leurs opérées qui, après avoir présenté de la tétanie après l’opération, éprouva pour la première fois de vives douleurs pendant ses règles qui, jusque là avaient êté indolentes, puis à la suite d’une vive émotion présenta des symptômes hystériques manifestes: mutisme, dyspnée purement nerveuse avec crises paroxystiques. Par contre, chez une autre de leurs malades, l’hystérie a été manifestement amendée par l’opération et les crises ont totalement disparu.

0° TROUBLES CIRCULATOIRES. — Sont surtout manifestes immédiatement après l’opération. Ils se traduisent par la petitesse et l’accélération du pouls. Un de nos malades eut jusqu’à 160 pulsations par minute. La face est pâle, décolorée, les extrémités glacées, la respiration est difficile, embarrassée. En somme tous ces accidents rappellent l’ensemble symptômatique qu’on à appelé choc traumatique. L’anesthésie, l’absorption de vapeurs phéniquées, la longueur de l’opération, la perte de sang, en sont les facteurs principaux, mais on doit y faire entrer pour une très large part la contraction vasculaire réflexe déterminée par l’étranglement des divers filets du nerf grand sympathique compris dans les ligatures. Nous ajouterons même que ce choc traumatique peut avoir des conséquences rapidement funestes, comme le prouve notre observation n° 5.

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