OBSERVATIONS INÉDITES
OBSERVATION I. — (Due à l’obligeance de M. LÉTIÉVANT, chirurgien titulaire de l'Hôtel-Dieu de Lyon, professeuradjoint à la Faculté). — Goître parenchymateux. — Suffocation. — Ablalion totale. — Guérison.
Eymin (Fleury), 33 ans, cultivateur, né à Saint-Pierre-la- Palud (Rhône); entré le 14 mars 1881, salle Saint-Louis, n° 53 bis.
Personne n’a eu de goître dans sa famille. Personnellement, il a toujours joui d’une excellente santé. Vers l’âge de 12 ans, il constata la présence d’une tumeur solide siégeant au niveau de la glande thyroïde. Cette tumeur avait à peu près, à cette époque, la grosseur d’un œuf de pigeon. Elle était dure, résistante au toucher, était entraînée pendant le deuxième temps de la déglutition et n’occasionnait aucune douleur.
Stationnaire jusqu’à l’âge de 16 ou 17 ans, elle prit à cette époque un développement assez rapide et atteignit le volume d’un gros œuf de poule.
A partir de ce moment, le malade éprouva pendant son travail, à la moindre fatigue, des accès de suffocation. La dysphagie n’était pas très accusée.
A son entrée à l’Hôtel-Dieu, ces phénomènes de suffocation persistent. Pendant linspiration, la tumeur est pour ainsi dire aspirée derrière le sternum. Comme elle est très adhérente à la trachée, on ne peut sonzer à fixer la tumeur aux téguments par la méthode de Bonnet. :
Sur les instances du malade et vu les troubles fonctionnels qui font craindre des accès de suffocation plus dangereux, on se dispose à faire l’ablation de la tumeur.
Le 23 avril 1881, on pratique la thyroïdectomie
Anesthésie à l’éther. Incision verticale sur la ligne médiane, allant de l’os hyoïde sur la fourchette sternale. On trouve sur la ligne médiane une artère de Neubauer qu’on lie avec précaution. On dissèque la tumeur avec les doigts et au moyen de ciseaux mousses fermés. On rencontre de nombreux vaisseaux, soit artériels, soit veineux, sur lesquels on pratique une double ligature au catgut.
Pas la moindre hémorrhagie ni le moindre accident pendant Popération.
Après l’ablation de la glande entière, on procède à la suture des lèvres de la plaie et on place un drain pour favoriser l’écou lement des liquides.
Pansement antiseptique de Lister, strictement exécuté. On place sous la gaze phéniquée des éponges neuves destinées à faire de la compression.
On pratique le premier pansement le 95 avril, on ne trouve pas une goutte de pus. La température a oscillé depuis l’opération entre 38°2 et 389. Le 25 avril, au soir, la température monte à 39. Cest la température maxima. A partir de ce jour, la température tombe progressivement de 38° 1 à 37° 5.
On pratique des pansements tous les jours. Le 5 mai, la plaie est complètement cicatrisée.
Le 13 mai, le malade quitte l'hôpital complètement guéri.
OBSERVATION Il. — Extirpalion partielle — Goître médian. — Dyspnée. — Dysphagie. — Guérison. — Hystérie.
Périer (Marie), 22 ans, domestique. La menstruation s’est établie à 18 ans, elle est irrégulière et précédée d’une leucorrhée légère.
Depuis l’âge de 16 ans, la malade portait une petite tumeur solide, indolente, siégeant au niveau de la région médiane du cou vers l’hysthme de la thyroïde. Au début, elle n'avait que la grosseur d’une noisette.
Peu à peu, la tumeur augmenta notablement de volume et provoqua des troubles progressifs de la respiration et de la déglutition.
M. le professeur Poncet se décide à pratiquer l’ablation de la petite tumeur, qui, en s’enfonçant derrière le sternum, provoquait des accès de dyspnée de plus en plus intenses.
Le 20 mars 1882, la malade est anesthésiée à l’éther. On pratique sur la région médiane du cou une petite incision verticale et unique; on enlève le petit goitre, qui présentait alors le volume d’une mandarine.
Pas d'accident pendant l'opération.
Au bout de huit Jours, la plaie étant presque complètement cicatrisée, la malade sort.
Elle revient de temps en temps à l'hôpital, pour se faire passer la sonde œsophagienne.
La dyspnée a complètement disparu après l’opération, mais la dysphagie persiste et paraît même s'être accentuée légèrement.
Depuis l'opération, la malade s’est aperçue elle-même que son caractère s’élait modifié. Elle est beaucoup plus impressionnable et éprouve des douleurs soit dans l'abdomen, soit au niveau des apophyses épineuses.
Hémianesthésie à droite, ovarie plus accusée du côté gauche,
La cicatrice consécutive à l'opération est sensible au toucher, notablement saillante. Elle n’adhère pas aux parties profondes. Elle mesure verticalement trois centimètres.
OBSERVATION IL. — Goître médian. — Ablation partiellede la glande. — Guérison (Communiquée par notre collègue et ami M. EPaRviER (interne des hôpitaux.)
Croz Gabriel, 49 ans, maréchal-ferrant, né à Corcelles (Rhône), entré le 17 mai 1882 dans le service de M. le professeur Poncet, à l’hôpital de la Croix-Rousse.
La mère de ce malade est porteur d’un goître du volume du
poing environ, très apparent, et qui ne lui occasionne aucune gêne.
Le malade entre lui-même à l'hôpital pour une tumeur de la glande thyroïde. A l’âge de 11 ans, il constata pour la première fois la présence d’une petite tumeur trilobée siégeant dans la région sous-hyoïdienne. Le lobe médian était peu appréciable, les lobes latéraux présentaient environ le volume d’une cerise, La tumeur augmentait de volume progressivement mais avec lenteur.
A l’âge de 17 ans le lobe médian prit un accroissement beaucoup plus marqué et commença à gêner un peu le malade. Cette gêne devint beaucoup plus considérable à l’âge de 18 ans et demi. Le malade éprouvait alors au niveau de la fourchette sternale une sensation de pesanteur, de contriction permanente. Souvent pendant les repas, le bol alimentaire était arrêté en un point de l’œsophage et le malade était alors obligé de faire de fréquents efforts de déglutition.
À son entrée la tumeur thyroïdienne était constituée par un lobe médian ayant à peu près le volume d’un œuf de poule et par deux prolongements latéraux peu appréciables. Elle est rénitente élastique, mobile sous le doigt et entraînée par le larynx dans les mouvements de déglutition. Le doigt peut en quelque Sorte la réduire derrière la fourchette sternale et c’est l’interposition de la tumeur entre le sternum et la trachée qui paraît provoquer les accès de suffocation et la dysphagie. On peut introduire le doigt entre le sternum et le goître quand celui-ci est relevé, on peut alors presque atteindre la trachée.
En présence de cette dyspnée persistante et des troubles de la déglutition on se décide à pratiquer l’ablation de la tumeur.
23 mai. — Chloroformisation. — Incision longitudinale sur la ligne médiane, — On arrive facilement sur la tumeur qui envoie des prolongements à droite et à gauche. — La dissection est faite minutieusement et toutes les brides celluleuses coupées entre deux ligatures. On constate que la trachée est déviée à droite ; . mais elle n’est pas ramollie et la tumeur lui est intimement adhérente. La veine jugulaire et la carotide du côté gauche sont déjetées vers la ligne médiane et presque sous le doigt de l’opérateur. L’ablation de la tumeur crée ainsi une vaste loge s’enfonçant sous la clavicule et le sternum ; au fond de la plaie, on
sent les battements de l’aorte. La tumeur était complètement solide.
Suture des 2 lèvres de la plaie ; un petit drain est placé dans la cavité, on saupoudre la plaie d’iodoforme. Le pansement de Lister est très soigneusement appliqué, température rectale le soir de l'opération, 38°3.
24 mai.—T. mat., 88°4 ; le soir, 39°2 ; petite hémorrhagie hier. — On pratique le premier pansement. Pas une goutte de pus.
7 juin. — Le dernier fil est tombé ce matin. Le malade se lève et se trouve très bien. La plaie cutanée bourgeonne, les lèvres de l’incision se sont légèrement écartées. Le malade éprouve un peu de gêne dans la déglutition mais elle diminue tous les jours,
27 juin. — Sort complètement guéri.
42 juillet. — Revient dans le service pour donner de ses nouvelles. Il n'éprouve actuellement aucune gêne dans la déglutition. — Santé générale excellente.
48 février 1884 — Le malade a éprouvé un peu de faiblesse générale et de lassitude pendant au moins six mois après l’opération. Il n'a jamais eu de bouffissure de la face ni des membres. La voix qui était un peu rauque et discordante avant l’opération est devenne normale. Les accès de dyspnée ont complètement disparu. L’extirpation de la glande thyroïde a été manifestement incomplète car on sent sur les côtés de la trachée deux lobes arrondis du volume d’une uoix et qui suivent le larynx pendant les mouvements de déglutition.
La cicatrice cutanée est souple, lisse, non adhérente aux tissus profonds ; elle n’est pas trop sensible au toucher et mesure 4 centimètres 1/2 dans son grand axe, 2 centimètres dans son plus petit diamètre.
OBSERVATION IV. — Goître parenchymateux — Accès de sujfocation. — Trachéotomie. — Extirpalion lolale de la glande thyroïde.— Hémorrhagie veineuse pendant l'opération.— Mort. (Communiquée par notre collègue et ami M. PoLLossoN, interne des hôpitaux...
- Pér. Louis-François, 15 ans 1/2, tisseur, né à Lhuys (Ain),entré le 20 août 1883 au service de M. le professeur Poncet, à l'hôpital de la Croix-Rousse.