S IT. — IL EXISTE DIVERS TROUBLES FONCTIONNELS
Jusqu’ici nous avons supposé que la tumeur n’avait provoqué aucun trouble fonctionnel et n’impressionnait pas l’économie d’une manière fàcheuse. Mais il n’est pas rare d'observer à une époque plus ou moins rapprochée du début de l'affection de la dysphagie, de la dyspnée et de la raucité de la .voix. Ces troubles fonctionnels peuvent apparaître brusquement ou s'installer d’une facon progressive longtemps après le début du goître.
Dans le premier cas, où le début est brusque, on a le plus souvent affaire à des accidents congestifs ou inflam-
men
matoires se développant sur un goître préexistant ou sur un corps thyroïde jusqu’alors indemne de toute altération.
La congestion s’observe dans le cours de la grossesse, à la suite d’un arrêt de la menstruation ; ces diverses causes expliquent saplusgrande fréquence chez la femme. Elle n’est souvent que le premier degré de la thyroïdite aiguë. Celle-ci survient dans les mêmes conditions, mais souventaussi elle est provoquée par un traumatisme, une ponction exploratrice simple ou suivie d’injection iodée ou alcoolique.
La douleur est le premier phénomène qui révèle l’existence de la {hyroïdite aiguë. Elle siège au-dessous du larynx, de chaque côté de la trachée. Elle est exaspérée par la pression et ies mouvements imprimés à la trachée pendant la déglutition. Bientôt apparaît avec la rougeur de la peau une tuméfaction plus ou moins considérable reproduisant la forme du corps thyroïde et effaçcant le creux qui sépare les deux muscles sternomastoïdiens à leur extrémité sternale. Cette tuméfaction est déplacée par l’ascension du larynx.
Le thermomètre accuse une élévation de la température centrale parfois souvent considérable.
Le phlegmon retro-pharyngien, lorsque le pus a fusé sur les parties latérales du cou est l’affection qui peut être le plus facilement confondue avec la thyroïdite. Dans le phlegmon, la dyspnée et la dysphagie peuvent exister avant que le pus fasse une saillie appréciable sous la peau. La tuméfaction n’est pas exactement limitée à la rêgion thyroïdienne et peut commencer par un point plus ou moins distant de la glande. L'examen de la colonne
ne OU un vertébrale et du pharynx lèvera souvent les doutes sur l'origine du pus.
Quand les accidents se produisent d’une façon lente et progressive on peut se demander s'ils sont sous la dépendance de la tumeur ou s'ils reconnaissent une autre origine. Si le goiître a subi un rapide accroissement de volume il est naturel d'admettre que les accidents sont sous la dépendance de lhypertrophie graduelle et rapide de la glande. Parfois la dyspnée coïncide avec un goitre très peu volumineux mais placé derrière la fourchette sternale. Dans ce cas la dyspnée est toute mécanique, et le plus souvent, ainsi que Bonnet(de Lyon) V’avait indiqué, onobtient la cessation immédiate de l'oppression par l’élévation de la petite tumeur au-dessus du sternum.
La thyroïde étant enclavée au milieu d'organes importants, son hypertrophie entraînera souvent la compression de plusieurs de ces organes. C’est ainsi qu’on pourra observer dela dyspnée, de la dysphagie, le cornage trachéal, l’aphonie passagère ou persistante, déterminée par la compression des nerfs récurrents.
La stase veineuse est;parfois très accentuée, les veines sous-cutanées sont dilatées, serpentines, les lèvres cyanosées, la face vultueuse.
Une affection indépendante du goitre produira parfois un de ces troubles fonctionnels. C’est ainsi que la bronchite est très fréquente chez les goitreux. Mais dans ces cas complexes l’examen minutieux du cœur des poumons etdu larynx permettront de distinguer ce qui est sous la dépendance du goître et ce que l’on doit mettre sur le compte de l'affection concomitante.
I1 faudra faire un examen complet du malade pour ne pas confondre le goître exophtalmique ou triade de Graves avec l’hypertrophie simple de la thyroïde. Dans un cas de M. Tillaux, l’ablation d’un goître fit disparaître les autres phénomènes concomitants de la maladie de Graves.