‹ Étude sur la vie de P. de RonsardChapitre 22 sur 125 · Voyez l'Art Poétique, t. VII, p · texte numérisé non relu

Voyez l'Art Poétique, t. VII, p

DE Ronsard. I ^7

qu'on doit attribuer le délabrement de la santé du poète? Toujours est-il qu'à partir de cette époque il commença à être assailli, comme dit Binet, de gouttes fort douloureuses.

Il était sans doute malade et loin de la Cour lorsque Charles IX mourut; car j'aime à croire qu'il eût été du nombre de ces quatre gentilshommes qui, seuls avec Branthôme, suivirent le convoi royal jusqu'à Saint-Denis.

M. Gandar dit qu'à la mort de Charles IX, une solitude immense se fait autour de Ronsard. Il est vrai que, sous Henry III, il cesse de vivre en courtisan; mais quoiqu'il eût successivement vu mourir, en 1 560, Olivier de Magny et Du Bellay; en 1570, Grévin, qui l'avait trahi dès 1 563; en 1573, Jodelle, et quatre ans plus tard son cher Remy Belleau, il lui reste encore de nombreux amis, des protecteurs puissants et l'admiration, non-seulement de la France, mais de toute l'Europe.

Dans les écoles françaises d'Italie, de Flandre, d'Angleterre, de Pologne, ses Œuvres étaient alors et furent, longtemps après lui, lues, expliquées, offertes comme un modèle de style et de poésie. (')

1. Voyez l'Oraison funèbre, page 194 de ce volume. — Le nom de Ronsard, ressuscité en France, n'est pas mort dans les pays où fleurissait jadis sa renommée. Je reçois à l'instant un'travail des plus remarquables intitulé : Observations sur l'usage synta.xique de Ronsard et de ses contemporains, par M. \V. Edouard Lidforss, professeur à l'école normale des institutrices de Stockholm Lund, librairie Académique, i86j, in-8°). Je suis heureu.x de pouvoir féliciter le savant Suédois de son œuvre, qui démontre quels

38 Vie

Elisabeth d'Angleterre lui envoya un diamant de prix, dont elle comparait l'éclat et la pureté à sa poésie.

En 1 575, Le Tasse, venu à Paris, à la suite du cardinal d'Esté, lui soumit les premiers chants de sa Jérusalem délivrée-.

Branthôme se trouvait un jour à Venise chez un des principaux imprimeurs à qui il demandait un Pétrarque, et voici ce qu'il raconte dans ses Hommes illustres : « Il y eut un grand magnifique près de moy s'amusant à lire quelque livre, qui m'oyant me dit, moictié en italien, moictié en assez bon françois (car il avoit esté autresfois ambassadeur en France) : « Mon » gentilhomme, je m'estonne comment vous estes » curieux de venir chercher un Pétrarque parmy :» nous, puisque vous en avez un en vostre » France, plus excellent deux fois que le nôtre, qui » est M. de Ronsard. »

Et il avoit raison, ajoute le narrateur.

Le même Branthôme rapporte ailleurs (Mémoires des Dames illustres) que Chastellard, gentilhomme français, décapité en Ecosse, pour avoir attenté à l'honneur de la Reine Marie Stuart, « avant mourir print en ses mains les :» hymnes de M. de Ronsard et, pour son eter- » nelle consolation, se mit à lire tout entière- « ment l'Hymne de la Mort, ne s'aydant aucuy) nement d'autre livre spirituel, ni de ministre, y> ni de confesseur. »

Henry III lui-même savait par cœur des

services notre grand poète a rendus à la langue française.

vers du poète ('); et comme il se piquait d'être un des orateurs les plus éloquents de son royaume, ayant voulu établir au Louvre une assemblée qu'on appela V Académie du. palais, le premier qu'il choisit, après Pibrac auteur de cette entreprise, fut Ronsard. Ceux qui y furent ensuite appelés , furent le maître des requêtes Doron, Ponthus de Tyard évêque de Châlons, Antoine de Baïf, Des Portes abbé de Tyron, dont la renommée commençait. Du Perron qui aspirait au cardinalat, tout en composant des vers amoureux, et enfin quelques dames qui avaient étudié. (2)

A une des séances de cette Académie, Ronsard prononça , entre autres harangues , un discours sur les Vertus actives , qu'un savant professeur M, Geffroy, a retrouvé à la Bibliothèque de Copenhague et qui fait partie de notre édition.

Outre les prieurés dont il jouissait déjà, et une pension de douze cents livres (5), le Roi lui

1. Voyez le Bocage royale t. III, page 277, vers 26. Le morceau que Henry III avait loué et appris par cœur était l'hymne sur la victoire de Montcontour (t. V, page 144).

2. D'Aubigné, dans son Histoire universelle, mentionne, à la date de 1 576, « une assemblée que le roy faisoit deux >) fois la semaine en son cabinet, pour ouïr les plus doctes » hommes qu'il pouvoit , et mesme quelques dames qui » avoient estudié, sur un problème tousjours proposé par » celuy qui avoit le mieux fait à la dernière dispute. »

Page 1