‹ Etude sur la vie et les écrits de l'Abbé de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 16 sur 36 · MO · texte numérisé non relu

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convaincu de l'importance de Véducation, qn*il ne dédaignait pas de faire les fonctions d'inspecteur de son école palatine. Au sujet de Louis ic Débonnaire, Tabbé fait remarquer l'identité des deux noms de Clovis et de Louis. Louis XY, dit-il. dt*vrail ainsi s'appeler Clovis XVIII. Si l'iTlée est de lui, II! fait serait assez curieux. Ouant à l'empereur Louis, il le jn^e beaucoup trop bon; il se repentit d'avoir fait crov«T les yeux h Bernard : il eut tort de s'en repentir, Bernard éiait un grand criminel, et les évoques qui iléposcrenl le pauvre empereur et lui firent subir l'humiliante cérémonie de Soissons, furent des scélérats,

Kst-il besoin dédire qu'il ne comprend rien à l'établissement de la féodalité? L'hérédité des flefs, dit-il, bannit toute émulation; le roi n'eut ]dus rien à donner. A la bonne heure; mais le moyen de l'empêcher?

Sur les croisades, il a un passage précieux : « Sous le pontificat d'Urbain II, on fut saisi de la fureur tt des croisades. Pierre l'Ermite, prêtre d'Amiens, et fana- « ti(]ue él()(|uent et un peu visionnaire, ^e mit dans la tête « une erreur grossière, semblable à celle des mahométans « pèlerins de la Mecque. Il croyait que le pèlerinage des « chrétiens à Jérusalem était plus efficace pour le salut que « l'observation de la justice et la pratique de la patience et « de la bienfaisance.

« Ce qui est de bizarre [sic), c'est que le pape Urbain II « tomba dans cette erreur, ou fit semblant d'y tomber, ce a qui serait encore plus criminel. De sorte que, par l'élo- « quence des prédicateurs, et surtout de Pierre l'Ermite, « prôlre picard, il fit si bien, au concile de Clermont en fi Auvergne, où il présidait, qu'au lieu d'inspirer Vesprit de « justice, il inspira la fureur des croisades à un grand « nombre de seigneurs et de peuples, en 1095. »

Après quoi, Tabbé démontre longuement que le projet des croisés éiail chimérique, et que s'ils eussent eu un peu de bon sens ils seraient tranquillement restés chez eux. Il y a du Vollairê, non pas certainement dans ce style,

mais dans cette manière de juger les croisades; et cette manière a été jugée depuis longtemps. Elle ne tient compte ni des vraies causes, ni des grands effets des croisades. Les causes en furent multiples. L'enthousiasme religieux, que Tabbé appelle le fanatisme, agit puissamment sans doute sur les masses, mais comme une étincelle agit sur dès matières explosibles. Il détermina l'explosion , il en filt l'occasion ; ce n'est pas lui qui l'avait préparée et rendue inévitable. La foi ne fut l'unique mobile que d'une petite élite, bien peu nombreuse, au milieu de laquelle brille saint Louis, le type du croisé croyant. Les autres partirent pour des motifs beaucoup plus terrestres : les barons , par amour des aventures, par curiosité, par dégoût de leur existence claquemurée dans leurs affreux donjons, bornée à quelques aventures de grand chemiîi , à quelques pilleries vulgaires, croupissant dans la plus profondé ignorance et le plus mortel ennui. Figurons-nous un instant ce que devait être la vie d'un de ces heureux du onzième siècle, et nous comprendrons quels durent être leur joie et le cri de délivrance qu'ils poussèrent lorsque rÉglise.leur montra le tombeau du Christ à délivrer. Leur vie était une prison, comme leur donjon; les murs de cette prison tombaient, et le monde s'ouvrait devant eux. Quant à la multitude, ce fut autre chose : ce n'est pas l'ennui qu'elle fuyait , mais bien la plus horrible misère. Pour elle, il n'y avait rien à perdre à courir en Orient, dût-elle mourir en route. Si la vie d'un heureux du douzième siècle était misérable, imaginonsnous ce que devait être la vie des misérables. Pour ceux-ci, encore bien plus que pour leurs maîtres, le cri de la croisade fut le cri de délivrance. Voilà les vraies causes des croisades, celles qui firent que quand l'étincelle tomba, toute TEurope prit feu ; et ces raisons font des croisades, Don-seulement un événement nécessaire, mais encore un événement heureux. Les peuples de l'Occident étouffaient : ils respirèrent; ils ignoraient l'Orient, ils le connurent, et surtout ils s'ignoraient entre eux et se connurent. L'abbé,

L'abbé de Saint-Picrrc se trompe moins sur Solon que sur Lycurgue ; mais s*il eût véritablement perfectionné Plutarque, il nous aurait montre que les deux législateurs ne sont pas plus comparables que ne le sont le régiment discipliné par l'un et la grande ciy'» organis«^e par l'autre.

On ne saurait trop «admirer Solon, cet homme sage et avisé comme un Franklin, désintéressé comme un Washington, et, ce qui ne gâte rien» ornant ces grandes qualités de toutes les gn\cos de Tesprit athénien. Quant à son ouvrage, la démocratie d'Athènes fut incontestablement, avant les sociétés modernes, le plus bel exemplaire de l'humanité. Si l'abbé v\\i mieux connu Thistoire de Solon, la transaction si habile et si équitable par laquelle il mit fin aux discordes civiles, IVspèce de dictature que lui conférèrent ses concitoyens et le noble usage qu'il en sut faire, il aurait reconnu en lui un de ses héros et l'aurait mis, selon sa formule, « au rang d'un des plus grands hommes qui aient jamais été. » Au lieu de ce jugement, qui n'eût été que justice, il dot son parallèle par des banalités telles que celles-ci :

« Je croirais volontiers Lycurgue plus courageux et en « un sens plus vertueux que Solon; mais je croirais Solon « plus humain, plus indulgent, d'une humeur plus douce « et plus sociable que Lycurgue; tous deux d'un esprit M égal, mais Lycurgue plus estimable et Solon plus ai- (( mabie. »

Parmi les autres personnages historiques de l'antiquité, Ëpaminondas chez les Grecs, Scipion chez les Romains, ont les préférences de l'abbé. Ils sont tous deux de vrais grands hommes. Mais Alexandre et César, que l'opinion vulgaire place si haut, sont impitoyablement dégradés. Alexandre n'est plus qu'un homme illustre tout simplement. L'abbé confond avec un ravageur vulgaire ce brillant soldat delà civilisation. Quant à César, il n'est plus même un homme illustre : il est ignominieusement précipité dans la classe des scélérats illustres. L'abbé fulmine ainsi contre lui* :

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