‹ Etude sur la vie et les écrits de l'Abbé de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 24 sur 36 · AFFAIRES ÉTRANGÈRES · texte numérisé non relu

AFFAIRES ÉTRANGÈRES

Avant tout, il faut signer les cinq articles et constituer la diète européenne. Ce pcrfeclionnement-là contient tous les autres. L*abbé en signale pourtant quelques-utis, qui, iHen que secondaires, ne sont pourtant pas, à ses yeux, sans importance.

Il veut qu*on forme dans TAcadémie politique un bureau où ton apprendra à négocier * : invention digne de ]dL pépinière d'observateurs qu'il propose en même temps. L'abbé, qui avait été diplomate, devait bien savoir que ce métier est un de ceux qu'on n*a pas besoin d'apprendre et auxquels on est toujours préparé. La diplomatie, en dépit de la réputation de profondeur qu'on veut bien lui faire, est la chose du monde la plus simple : elle consiste à constater les faits accomplis. Elle regarde, compte, prend acte et signe : voilà tout. Quand on se hasarde à demander à la diplomatie la solution d'une question en suspens, le seul résultat qu'on puisse obtenir c'est une constatation en bonne et due forme que la question n'est pas résolue : seulement on n'arrive jft-

» vu, i89.

« vil. 73.

^ Recueil de vérités morales etpolitiqtieSy 324.

i^nflÊêt do >iwéinn«iM»€enaie— littue à emretomr une fW. lîoadtt )p«(Uie imm ViiÊBXfàê la-diplômatiearéeHeiBeiitfait fMlfoe diaie« Conuiie noyé» d'âriicii daifs les «ffairm po^ ttliyiigj il fattt htai l'avouer^ eo dehors de la foroB) il «Y* ma* QQMidIaferoerm dit.le dernier mol, arrWe la diploma^ lia qui Veovsgisiie.; maisdeBiaiidar ea damier moi à la dli> planatia^ iHMPoii uae gmade 4af«m :

ToMfvT'eflMdlo ftH^Midiâ ; t1 gerftar Tes.

Ayez de bonnes armées et vous aurez toujours d^excellents diplomates. Soyez Itottu, toute la diplomatie du monde ne tous sauvera pas d'un traité désastreux. Il n^ a donc anëun besoin d*aTdir une école de négociaiioTis. En réafilé, là seule côiidition rigoureusement exigiljle pour être éfi^etaiàte, c'est d*étre bien élevé.

L'afebé demande une sorte de concordat avec la cour de Rome% ^ur départir d'une manière plus équitable et plus utiTé à la société les Tevenus ecclésiastiques. L* archevêché de'Tôurs, dit-il, a un revenu de quatre mille onces d'argent. Ceux de Cambrai et de Narb'onne, qui n*ont pas plus de charges, valent cinq fois plus (celui de Tolède, en Espagne,' quarante fois plus). L'abbaye de Saint-Bertin, en Flandre, vaut cent soixante mille livres de revenu à l'abbé et à ses trente-deux religieux. La Trappe» qui a quatre fois plus dé religieux, n'a pas la dixième piartie du revenu de Saint-Bertin. C'est ce superflu énorme de certains bénéfices qa*il s'agit d'utiliser pour le plus grand bien de la société. Le concordat de François I** y avait déjà pourvu^en consacrant Tusage des pensions eisclésiastiquès établies sur le revenu des grands bénéfices; mais il y a d'autres mesuras à prendre.

Une pension est prise sur les revenus d'un bénéfice. Le pensionnaire meurt, la pension s'éteint avec lui au profit du titulaire du bénéfice. Ne serait-il pas plus convenable et

> XVf, 404 VIII, 136et8vlv.

plus juste que le roi, par un induit ou autrement, eût le droit de nommer tout de suite un nouveau pensionnaireT II y a actuellement en France, dit Tabbé, cent archevêchés et évdchés, huit cents abbayes et deux cents prieurés à la nomination du roi : en toul, onze cents bénéfices. Sur cesonie cents bénélices, tant évéchés qu'abbayes, on peut supposer actuellement mille pensions; si le roi avait, par un induit, le droit de nommer aux pensions vacantes, il aurait le donblc de pensions à distribuer, et par conséquent le double de services à demander et h espérer.

L*al)l)é voudrait que ces pensions pussent être données notf 'Siîulcmcnt aux administrateurs ecclésiastiques des hôpitaux et des collèges, aux prédicateurs, etc., mais encore aux officiers séculiers qui s.*en «seraient rendus dignes par leurs services. Ces pensions, dit-il, après tout, ne sortiraient

pas de rKglise, vu « que TEglise n*est autre chose que le a total des iidèles soit enseignants, soit enseigués. Et d'ait- « leurs les biens temporels de r Église enseignante ne sonUce apa^ des concessions de T Était Ne sonUils pas conservés et a augmentés par le bon gouvernement des fidèles séculiers? » Quand on a lu de telles paroles, on est sûr du vote que Tabbé aurait émis, à la Constituante, sur la proposition de l'évéque d'Autun ; et il aurait répondu à Montlosier ou à Maury : De quoi vous plaignez-vous? Est-ce que la nation n*est pas dans VÉglise? C'est TÉglise enseignée, voilà tout; vos biens ne sortent pas de la maison.

Est-il besoin de dire que la juste distribution de ces pensions devra être assurée par Tinévitable et infaillible scrutin perfectionné, et que TËglise enseignante y gagnera beaucoup, a surtout loi*sque le mariage sera devenu libre (( aux ecclésiastiques qui auront obtenu les dispenses des c( canons de quelques conciles de TEglise latine? » Nous savons déjà tout cela.

Un autre point à régler est la situation d'environ deux mille prieurés qui sont à la nomination des abbés et qui sont remplis par des choix où la parenté et. la faveur sont tout,

ei leméfitufieii. Il iMidnat q«e te roi nommât «m prirards déjwodMiiii àeS'Mmj^ asiqodlcs îl a drmi de nommer, el to p jo MB «Tec Faide da serotm perfectionné.

fiafin il eendt à propos de créer sar les I^Venns de qiràque» groiises abbayes, particulièrement en Flandre» des [Mjwiens mcmlant à la moUU dn reTenu de l'abbaye.

Me^ent-impas dans tons oes préfets coiociroe un a?antgoAt'des décrets de la Gonstitnaiite? L'abbé ne dit nulle part que FÉtat doit prendre les biens de l'Église, mais il dit qu'il ferait bien d'm dUpomr. Yoilà toute la différence. Il 68t yraiqu'il a soin d'ajouter que- c'est pour le plus grand Uende l'Église. Le moyenne se fâcher après cela ! L'excellent bomme ne parait point soupçonner c[ue quand on veut prendre aux gens leur bien, ou du moins ce qu'ils considèrent omnme tel, il n'y a qu'un.moyen de le faire, et qu'il né suffit ni de le leur demander ni même de leur proposer un etmcordtU. Un concordat i On en fait un, mais plus tard.

On n'attend pas de l'auteur du«projet de paix perpétuelle qu'il propose aucune conquête. S'il ne fulmine pas contre ce droit réel ou prétendu que les nations civilisées s'arrogent sur les nations barbares, une théorie explicite, c'est que la question n'en était pas une pour lui. La conquête^ c'est la guerre, du moins jusqu'à présent, et la guerre, c'est le pitts grand des maux que les hommes puissent s'infliger à eux-mêmes : rien ne peut donc la justifier. Certes, s'il est un cas où il semble que la guerre devient légitime et la conquête avec elle, c'est quand un peuple ne peut autrement assurer sa sécurité contre un voisin barbare, pour qui l'état de guerre est la vie. Eh bien! même dans ce cas, l'abbé ne pense pas à la conquête ; il ne dit pas qu'il faut civiliser ce peuple, bon gré, mal gré, et que le moyen le plus court et le plus énergique sera le meilleur. Il ne songe qu'à mettre l'ennemi de la paix hors d'état de nuire à autrui, et lui laisse à lui-même, assisté de la Providence, le soin de se perfectionner pacifiquement.

En 1721, une gazette hollandaise disait qu'en cinq ans les

pirates algériens avaient pris aux HoUaodais quarante tusaeaui, CHtiinés plus de 6,000,000 de florins, et neuf cent Ben! hommes dont les rançons pouvaient atteindre le chiffre de 14,000 florins : en somme, environ 1 ,500,000 florins de perte oioyemie» chmiue année, sans compter la dépense des vaisseauxde convoi. Les llollaiidais vont renouveler leur paixavee les Algériens; or, du jour où lisseront en paix aveclesPays- Uaii, cfs incorrigibles pirates se mettront en guerre avec la Frunoe, l'Angleterre, TKspagne ou toute autre nation maritime, la piraterie étant la seule manière de vivre qu'ils connaissent. N'y a-t-il donc aucun moyen de mettre fia, ane fois {Kuir toutes, à cette intolérable industrie? Instituons, dit l'abbé, une i>oHce de la Méiliterranée \ ce qui ne senôt ni diflirile ni dispendieux, les premiers frais d'établissement étant tout faits et le i)ersonuel tout trouvé. Ce personnel, c'est l'ordre de Malte qu*on pourra ainsi utiliser. Malte, avec son inexpugnable forteresse, semble avoir été placée an milieu de la Méditerranée pour y faire la loi. Que les poîssancrs maritimes fournissent à Tordre quelques vaisseaux ou les moyens d'en entretenir, et en quelques années les repaires des pirates auront été vidés et la Méditerranée paciiice. Les quatre puissances maritimes, Angleterre, France, Espagne, Hollande, fourniront chacune deux vaisseaux de soixante canons; TKaipereur en donnera un, Venise, la-Sardaigne, la Toscane, la Suède, chacune une frégate. Make y joindra trois bâtiments ; et ces forces, qui coûteront si peu de chose à chacun des États chrétiens et dont l'emploi sera dirigé par des marins excellents, qui ont fait profession de faire la guerre aux infidèles, seront plus que suffisantes pour atteindre le but désiré. Ces vues avaient été suggérée» à l'abbé de Saint^Pierre par le frère qu'il avait à Malte et à qui échut la commanderie de Piéton. Elles étaient très-seosées. Tout le monde devait gagner à cette combinaison : les nations chrétiennes, de pouvoir commercer sans crainte, les

* Sur les Corsaires de Barbarie.

tliefalMn,ie Irottver une ooKapalion hnoorible pour eoxet «til* à lops; les Barbaresquefi» d*élre forcés de culUier touM liri«s.ei de se livrer à des industries hoimèles. Il y avaU bitti uo embams : c*était la guerre euire les pi&saM^ cbrétieuDes; mais il était facile d*y obviiér en rtfnnnaiininl d'avance la neutralité perpétuelle de l'ordre et des foroM mises à sa dispositioa dans l'intérêt de tous. Une autre dîiffcultéy celle-là plus grave peut-être, était dans les dispositions des cbevaliers , qui n'étaient l^, ^il fUlait bien le reconnaître, les hommes du seiâème siècle. On en voyait beaucoup plus dans ks saloM des capitales de l'Europe , qu'à bord de cea fameuses galèns^s naguère l'effroi des infidèles Bt devenues pvesque aussi vénérables et aussi oisives que le Bur eeBia«»e# Fanni tous ces élégants, combien en trouveraiiH)n qui fassent prêts à monter une faction monotone sur !& Mé* dîteRtnée, entre le cap Bon et Ceuu ? Espérons pour Thon- WÊat de l'ordre qu'(»i en aurait au ioQoins trouvé aâsea, ei dunandenst^nous ce qui serait advenu si l'on eût réalisé l'idée des deu^L Saint-Pierre.

Sans nul doute, un demirsiècle de surveillance sévère sur lee eûtes barbaresques eût suffi pour amener une révolution dans les mœurs de leurs habttaota» De pirates, ils se smôent forcément faita /agriculteurs , induslriels« commerçants. Lmu» cdtes se seraient ii la fin ouvertes au commerce et aux idées des nations chrétiennes. Ils auraient peu à peu senti le besoin de la paix et le prix des bons procédés qui Featretiennent. Ils n'auraient point donné à une puissante nalion de sérieux griaCs contre eux, ou s'ils l'eussent fait, attirés jusqu'à un certain point daos là communauté de» nations civilisées , ik auraient pu inspirer à d'autres asseï d'intérêt pour trouver protection » en cas de danger. Bre^ l^xpédition de 1830 n'eût peut-être pas eu lieu. La France y eût perdu la gloire de planter son drapeau sur les cilik^ délies de Jugurtha et de Barberousse; mais les Barbaresques , comme le font aujourd'hui presque tous les Etats muaulmaos, auraient subi l'influence de la civilisation obr6-

tienne finns passer sous le joug, qui est toujours de fer, de 1.1 conquête. Cela cAt-il mieux valu, et pour la France et pour eux ? Dieu le sait ; mais il est certain que le projet de Vnhïu' avait le triple avantage d*étre à la fois honnête, pratique et efticace.

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