‹ Etude sur la vie et les écrits de l'Abbé de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 25 sur 36 · GUERRE · texte numérisé non relu

GUERRE

L*al)bé a dû écrire ce chapitre avec une profonde douleur. Travailler au perfectionnement de la guerre devait lui sembler aussi sensé et aussi utile que travailler au perfectionnement de la peste. A quelles dures nécessités un politi(|ne n'est-il point forcé I

Le principal perfectioniiement qu'il demande est Taugmentation de la solde des troupes. Il avait entendu maintes fois dire à Yauban que la paye du soldat français était trop faible de plus d'un liers : de là des inconvénients graves, des désertions, peu de goût pour contracter un nouvel engagement ({uand le temps du premier est fini, et les cadres toujours remplis de soldats trop jeunes et trop peu formés. Nos ennemis s'étaient préservés de ces inconvénients par une solde plus élevée ; il importait de ne pas leur laisser cet avantage.

L'abbé s'est donné la peine de comparer la solde des troupes sous Henri lY à la solde sous Louis XY ; et il constate ({ue celle-ci, en apparence plus élevée que l'autre, est en réalité plus faible de plus d'un tiers par suite de l'augmentalion du prix des denrées nécessaiFSS à la vie. Un simple journalier se trouve même être mieux traité qu'un soldat. Les calculs du bon abbé constatent un avantage de quarante-deux livres en faveur du journalier. Or, si le métier de soldat est de tous le moins avantageux , il est de toute évidence qu'il sera peu recherché. L'augmentation d$ la solde aurait le triple avantage de faire cesser les déser-

tiims, de BQlenir les solddts plm longM&ps so« les dm-

:, et, la qoatité oorofnrâsant'Avaiitageasenient ta qnaii« iité, de laisser à ragricohQre e( aux métiers- quarante oa --

cinquante mille hommes de jd u<r par aqu \

Il fimt bien croire Ydbban et Tabbé de Saint^KetrJi Vauban sartont ; mais comment ne pas' pebser «âh mèmff ' temps que c'est a?ec une organisation «tUitaire aussi dtfectueuse que la France était la première puissance militaire de l'Europe ? Ne ftdlait»il pas que^ peuple eût à un haut degré te génie des armes, pour gagner tant de batailles en étant si* mal payé? On avait beau déserter, il en,^tait toujours assez pour battre l'ennemi.

L'abbé' n'a aucune autre idée digne d'intérêt sur l'orga* nisatioD de l'armée. H approuve les compagnies de cadets, les grenadiers, le génie, les canons d'énorme calibre pour les sièges, les commissaires généraux et intendants, etc. Il demande, mais d'une manière vague, des perfectionnements dans l'organisation des vivres et des hôpitaux, et donne son avis, qui est assez bizarre, sur les qualités exigibles d'un général en chef : entre autres choses, défense d'être myope et ordre d'être robuste. Alexandre n'était pourtant point un Hercule, et César était un délieat et un efféminé. Je ne parle point de oa maigre et chétif jeune homme que Tabbé ne connut point, et qui devait, avant la fin du siècle, à la tête d'une armée à peine velue et point payée, éclipser Alexandre et César. Une autre idée bizarre est l'institution d'un historien des troupes. Il y aura dans chaque brigade un officier chargé d'écrire les actions de distinction des officiers et soldats de sa brigade.

Le couronnement et la garantie de tous les perfectionne- ' ments à apporter dans les choses de la guerre est la création d'une académie militaire. On devait s'y attendre. On la composera de trois lieutenants généraux, douze maréchaux de camp, dix-sept brigadiers. Elle sera divisée en trois bureaux, présidés chacun par un lieutenant général. Elle sera composée d'après le procédé que nous connaissons et

Page 1