‹ Etude sur la vie et les écrits de l'Abbé de Saint-PierreChapitre 14 sur 24 · MARINE ET COLONIES · texte numérisé non relu

MARINE ET COLONIES

Il veut une académie de marine : nous avons le conseil d'amirauté; l'exploitation des magnifiques forêts du Canada : son frère, le comte de Saint-Pierre, avait obtenu la concession, d'une île à l'embouchure du Saint-Laurent; l'application de la méthode du scrutiaà la promotion des officiers, depuis les gardes-marine jusqu'aux officiers supérieurs : mauvaise méthode, quoique l'abbé dise avec raison qu'il n'y ait pas de corps dont les membres se connaissent aussi bien entre eux que les officiers de marine, et précisément à cause de cel^; enfin il affirme étourdiment que notre territoire étant un tiers plus étendu que celui de l'Angleterre et notre population un tiers plus nombreuse , il dépend de nous d'avoir un tiers de plus de marine que Tes Anglais. Ce n'est ni la population ni l'étendue territoriale qui font la force navale d'un pays ; c'est l'étendue de ses côtes et le chiffre de sa population maritime^ double avantage qui met la supré-

Digiti

matie navale de VAogleterre à Tabri de toute rivalité, du moins de notre part.

Quant aux colonies, ses idées ne paraissent pas avoir été bien arrêtées. Ici, il en vante les avantages : elles mettent à notre disposition les productions des divers climats; grâce à elles, nous avons chez nous, et sans avoir besoin de les demander aux étrangers, tabac, sucre, cacao, quinquina, café, etc. L'île Bourbon, par exemple, a des plantations de café qui réussissent mieux qu'à Moka même. Ailleurs, il déclare que la lecture du livre d'un Anglais, le chevalier Petty, lui a fait complètement changer d'avis. Il trouve que les colonies, pour peu qu'elles soient éloignées de la mère patrie, lui sont à charge et n'enrichissent guère que quelques individus et quelques familles. Si elles sont petites, elles peuvent être envahies facilement ; si elles sont grandes, elles se révolteront. Cet Anglais était un bon prophète, au moins sur ce dernier point. L'abbé déclare donc qu'il est pour les colonies, si Fon signe les cinq articles qui assureront l'intégrité de chaque État et le bon accord de tous; mais qu'il n'en veut pas dans l'état actuel des choses, et que le chevalier Petty a raison.

Ce qui est à remarquer, c'est que, des deux côtés, les vues de l'abbé manquent d'élévation. Il ne voit point, dans les colonies, l'intérêt général de la civilisation ; il ne pense pas aux liens qu'elles établissent entre la partie du monde la^ plus civilisée et les parties barbares ou sauvages : ce qui est, après tout, leur grand rôle.

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