‹ Étude sur la vie et les œuvres de Lope de VegaChapitre 43 sur 120 · LES MÊMES ET BERTRAM · texte numérisé non relu

LES MÊMES ET BERTRAM

BERTRAM

Enfin, j'apporte l'eau.

LÉONOR

Tais-toi !

Et viens t'asseoir auprès de moi. *

bertram, faisant signe de jeter le verre. Jetterai-je?

LÉÔNÔR.

Oui, vois, je te prie, Ce double tournoi d'amoureux ; Deux par deux.

BERTRAM

Et notre furie?

LÉONOR

Un agneau.

BERTRAM

Ferons-nous comme eux?

LÉONOR

Bonne pièce ! avec Catherine N'as-tu pas parlé l'autre jour?

BERTRAM

D'amitié, mais jamais d'amour.

D'ailleurs, n'est-ce pas ta voisine?

L'EAU FERRÉE DE MADRID

LÉONOR

Bertram, foin de cette amitié !

(La tante retourne la tête et voit Belise dans les bras de Lisardo.)

THEODORA

Hé bien !

LISARDO.

Le mal revient sans cesse ; Je la soutiens.

THEODORA

Pure pitié!

RISELO.

Excusez-le ; c'est la jeunesse.

Ils sont bien faits pour s'épouser.

THEODORA

Je vois d'où venait son malaise.

(îls s'éloignent.) leonor à Bertram.

Scélérat, qui va s'aviser D'être un docteur...

bertram.

Ne t'en déplaise, Comment te paraissais-je ainsi?

LÉONOR

Mais fort bien ! comme te voici !

BERTRAM

J'ai fait une cure très-belle!

LÉONOR

Une cure ? toi ?

BERTRAM

C'était celle D'un ragot semblable à celui De saint Jacques de Compostelle,

Tel qu'on le dépeint aujourd'hui, Sauf, cependant, qu'il n'a pas d'aile.

(Ils s'éloignent») *

theodora à Riselo.

Êtes-vous libre?

RISELO.

Voulez-vous 1 Dire libre de corps ou d'âme?

THEODORA

Non ; mais avez-vous une femme?

RISELO.

Marié?... Madame, entre nous,

Je ne mérite pas de l'être ;

Mais si je rencontrais beauté

Et vertu comme en vous... peut-être...

Priez Dieu! qui sait!... sa bonté Pourra vous mettre sur sa trace.

RISELO.

Nous en reparlerons plus tard.

RELISE

Mon ami, le soleil nous chasse, En dardant sur nous ses rayons, Et de peur qu'un sombre nuage Pour nous ne vienne à l'obscurcir, Il nous faut avoir le courage De nous quitter et de partir.

Parle à ma tante.

LISARDO.

Elle soupire Et sait ce que parler veut dire.

1 II y a là un jeu de mot intraduisible. Le texte dit : Sal quiere este huevo. Mot à mot, cet œuf veut du sel. C'est un proverbe qui signifie l'équivalent que nous mettons.

L'EAU FERRÉE DE MADRID

Allons, Riselo, lève-toi, Partons I

RISELO.

Adieu, mon bien suprême !

THEODORA

Ah ! vous souviendrez-vous de moi ?

RISELO.

A moins de m'oublier moi-même...

A peine en dehors du jardin, Vous allez perdre la mémoire.

RISELO

Ah ! comment pouvez-vous le croire?

THEODORA

Eh! bien, suivez-nous en chemin Jusqu'à l'endroit où je demeure...

lisardo, à part à Riseto.

Et Théodora?

RISELO.

Que je meure Si ce n'est pas un macaron, • Pour la douceur !

theodora à Belise, Eh ! bien ! fillette,

Allons-nous-en.

relise à Théodora, Colère ?

THEODORA

Non.

Pourquoi ?

riselo à Lisardo.

La victoire est complète !

LOPE DE VJSUA.

Oui la victoire est complète, et nous ne doutons pas du dénoûment. Le cousin est arrivé, il a été reçu à bras ouverts par le vieux Prudencio, qui a déjà quelques doutes instinctifs sur cette maladie nerveuse qui exige de si matinales promenades : aussi veut-il marier sa fille bien vite. — Dans ma jeunesse, dit-il, on appelait encore une femme de trente ans une jeune fille, et elle jouait au milieu des garçons avec les cheveux sur les épaules. Maintenant, et c'est la conséquence des péchés des hommes et un signe certain de la fin du monde, une fille de dix ans veut se marier, à treize ans elle est mère, et grand'mère à vingt et un ans. Oui, je veux marier ma fille, c'est le meilleur moyen de remédier à ses vapeurs. Octavio (c'est le cousin) arrive à temps et fort à propos.

Pauvre Géronte! comme ce nom lui va bien! Non, le cousin n'arrive plus à temps ; vous ayez beau avoir demandé la dispense religieuse pour marier les deux cousins, il est trop tard. Mais comment vous dire ce qui est arrivé? Ma foi, laissons-le raconter à Belise elle-même ; d'ailleurs nous y trouvons l'occasion de donner à nos lecteurs un exemple de l'un de ces récits vifs et en petits vers qui souvent, dans les derniers actes, est comme un résumé, brillant de la pièce entière, à l'usage peut-être des spectateurs tardifs qui n'ont pas assisté au commencement de la représentation.

Théodora, qui a d'abord plaidé pour Belise auprès de son père, n'a pas osé avouer les rendez-vous dont elle a été la complice; elle vient retrouver sa nièce, pour la décider à complaire aux volontés de son père. — Mais mon amour, ma tante ? — Bah ! il faut l'oublier. Quelques conversations comme celles que tu as eues avec Lisardo n'engagent pas le cœur. D'ailleurs, puisque ton père l'exige.. Alors Belise prend un air fin, quoique un peu embarrassé ; elle entoure sa bonne tante de ses deux bras et lui défile le chapelet suivant :

L'EAU FERRÉS DE MADRID

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