SCÈNE XIV
Les mêmes, moins DURANGO.
la comtesse.
Il ne manquera pas à cette occasion De venir nous parler.
DONA CONSTANCE
Pour ce charmant garçon Le ciel est trop injuste et sa rigueur m'étonne.
Le ciel dans ses faveurs ne fait tort à personne ; Il donne à qui lui plaît; ce qu'il donne est à lui, Nul ne peut le contraindre; on le voit aujourd'hui Faire un sot d'un savant, d'un homme fat un sage, D'un gentilhomme un pauvre, et d'un vilain un page ; Il faut se résigner... Mais quel bruit?
(Don Juan est passé au galop sur le môle, a salué la comtesse et s'est précipité avec son cheval dans la mer.)
DONA CONSTANCE
C'est don Juan.
C'est lui-même, au galop, il passe en saluant! L'intrépide jeune homme obéit au message !
{Elle se lève pour voir au fond.)
Le môle de cent pieds dépasse le rivage ;
Homme et cheval, tous deux par l'ardeur emportés,
D'un seul bond dans la mer se sont précipités.
LA COMTESSE
Ah ! c'est d'un noble cœur ! mais s'il faut qu'il succombe, L'aurai-je donc moi-même envoyé dans la tombe?
LES FLÉURS DE DON JUAN
DON A INÈS
Ah ! certe il en mourra.
LA COMTESSE
Je veux, sans plus de mots, Me noyer dans les pleurs comme lui dans les flots.
(On entend des voix du dehors.)
Étrange événement ! — Quel cœur et quel courage !
— Par ici du secours ! — Il paraît. — Il surnage.
— Il est vivant.