‹ Étude sur la vie et les œuvres de Lope de VegaChapitre 7 sur 120 · LE MARIAGE DAISS LA MORT · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DAISS LA MORT

vons vu, armé, combattre les Maures ; je puis le jurer, j'ai vu la croix vermeille sur sa poitrine. Tes Castillans ne sont pas si lâches à la guerre qu'ils n'aient fait des exploits que l'Italie et la Grèce pourraient envier ; moi, le plus humble et le plus faible, avant que la barbe ne me fût venue au menton, j'ai gagné trois batailles, Dieu aidant! Regarde aux murs de Saint-Isidore les bannières qui y sont suspendues, je les ai prises aux Maures, en courant à Duero et à Pisuerga. Sais-tu ce que je pense, Alphonse? c'est que l'Espagne (que Dieu y pourvoie) s'est perdue la première fois par la faute d'un roi débauché *, et maintenant un roi chaste pourrait bien la perdre encore, parce que tous les extrêmes sont le contraire de la vertu. Ce que je conclus, Castillans, c'est que l'Espagne doit rester aux Espagnols, nous avons encore du temps, il y a encore du remède ; plus tard il n'y en aurait plus ; eh bien, nobles enfants de Léon, Nunos, Garcias, Fobelas, Diaz, Ramiros, Pelayos, Rasura, Ximenès, Telas, Gonzales, Inigos, Claros, Ordonez, Meneses, Vêlas, Furos, Saugrès, Bivarès, Guevaras, Cuevas ! que celui-là d'entre vous qui ne suivra pas Bernardo, ait la poitrine traversée par une flèche maure lancée de la main gauche !

tous. Tout notre espoir est en Bernardo. (Ils sortent tous.)

Le projet d'Alphonse , roi de Castille, de livrer l'entrée de ses États à Charlemagne s'est répandu dans la Péninsule tout entière. Marphirio, roi d'Aragon, a fait alliance avec le maure Brabonel pour s'opposer à cette invasion ; ils reçoivent un message de Bernardo qui demande leur concours. Le roi Alphonse a cédé aux vœux de ses s sujets; mais Charlemagne ne renonce pas à ses desseins. Bernardo va le trouver à Paris ! Il s'est fait, de son plein pouvoir, ambassadeur, et lui déclare fièrement que le roi de Castille ne veut plus laisser entrer les Français en Es-

4 On sait que Rodrigue, dernier souverain des Goths en Espagne, fit violence à la sœur d'un des grands de sa cour, le comte Julien, et celui-ci, par vengeance, appela les Sarrasins dans la péninsule.

pagne; Charlemagne appelle le roi un traître; Bernardo lui donne un démenti; les épées des pairs se lèvent contre sa poitrine et le trouvent impassible. Roland demande alors le nom de ce téméraire; sitôt qu'il apprend que c'est Bernardo, dont la renommée est venue jusqu'à lui, il l'embrasse et le laisse partir en lui disant au revoir sur le champ de bataille.

On se prépare, en Espagne, à résister à l'invasion de l'armée française ; le roi Alphonse, Marphirio, Brabonel, sont réunis à la tête de leurs troupes, et Bernardo se distingue par sa bannière sur laquelle est peint le portrait de son père dans les chaînes. — On se promet la victoire, car on sait le projet de Charlemagne de passer par la vallée de Roncevaux; un seigneur, parent de l'empereur, doit lui livrer passage ; mais ce seigneur, attaché en secret à la cause espagnole, n'a promis ce passage que pour attirer les Français dans un piège et les livrer aux rois réunis de Castille et d'Aragon.

Charlemagne lui-même conduit l'expédition. Il s'aperçoit trop tard qu'il est trahi; son armée est mise en pièces, et Roland, blessé, arrive sur la scène pour y briser son épée, la fameuse Durindane, afin, dit-il, que personne ne puisse en hériter; Bernardo le rejoint et lui rappelle sa promesse de combattre avec lui. — Qu'as-tu fait de ton épée? — J'ai voulu, répond Roland, la mettre en morceaux, et elle s'est enfoncée dans le rocher jusqu'à la croix ; mais je t'étoufferai dans mon sang si je ne puis le faire avec mes bras.

Bernardo jette aussi son épée, et ils luttent jusqu'à ce que Roland meure en s'écriant : Jésus, Jésus, sainte Vierge, saint Denis.

Le troisième acte s'ouvre par une scène entre des gens de la campagne qui s'entretiennent de la bataille sanglante dont ils viennent d'être les témoins: l'un d'eux raconte que

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