SCENE XVII
Les mêmes, GERMAIN, avec une plume à la Valone.
germain, se croyant seul.
C'est ici, m'a-t-il dit, qu'il viendra me chercher Pour aller de ce pas conclure le marché Des chevaux qui devront accélérer sa fuite Et nous conduire enfin à Tinaros ensuite Nous chargerons la mer du poids de nos malheurs, La mer, qui, pour ressource aux pauvres voyageurs, Offre toujours son dos à défaut de voiture.
LA COMTESSE
Ne vois-je pas Germain?
DONA CONSTANCE
C'est lui-même, en nature.
LA COMTESSE
Germain, où vas-tu donc si fier et si pimpant?
GERMAIN
Cette fois je n'ai pas à rougir en parlant A votre seigneurie, et bien que la fortune Par obstination nous garde encor rancune, Au moins je suis soldat.
LA COMTESSE
Soldat ! Que me dis-tu?
GERMAIN
Mon maître, fatigué d'avoir tant combattu Les caprices du sort et l'affreuse misère Où le laissa tomber la cruauté d'un frère,
Désespérant d'ailleurs d'obtenir, en plaidant, La rente alimentaire à laquelle il prétend, Puisque don Alonzo, pillé par ses maîtresses, Ruiné par le jeu, le vin et les largesses, Çe son rang est tombé si bas qu'en vérité Des deux frères il est le plus pauvre resté ; Don Juan se détermine à partir pour la Flandre, Et le prix de ces fleurs que pour lui j'allais vendre, Cet or par vous donné si généreusement... Il vient d'en acheter ce pauvre équipement, Et cherche des chevaux pour fuir loin de Valence , De ses maux à la fin que Dieu le récompense !
LA COMTESSE
Quoi ! don Juan part ce soir ?
DONA CONSTANCE
Vous changez de couleur !
LA COMTESSE
C'est vrai ! Cette nouvelle a troublé tout mon cœur. Laisse-moi lui parler, (a Germain.) Ton maître vient de prend Une décision grave, vraiment. En Flandre?
GERMAIN
Que voulez-vous qu'il fasse? Et ne vaut-il pas mieux-
Qu'un boulet mette fin aux jours d'un malheureux,
Et qu'il ait un tombeau sur la terre étrangère,
Que de traîner des jours tout remplis de misère
Dans sa propre patrie, à ce point de se voir
Forcé de fabriquer, du matin jusqu'au soir,
Des fleurs, comme un printemps? C'est vraiment chose dure,
Pour qui n'en était pas chargé par la nature.
LA COMTESSE
Ce n'est point un bon, champ que celui qui produit, Pour le plaisir des yeux, des fleurs et point de fruit ;
LES FLEURS D K DON J II A tf.
Je ne prétends donner de conseils à personne
Pour rester ou partir ; seulement je m'étonne
Quand un homme de bien poursuit, avec honneur,
Une noble pensée éclose dans son cœur,
Je m'étonne qu'il cède à quelque crainte vaine
Et crois qu'il vaudrait mieux qu'il mourût à la peine.
"L'amour, comme la guerre, a des hauts et des bas,
L'homme fort et vaillant avance et ne fuit pas ;
Mourir en combattant suffit pour notre gloire.
Grave encore, Germain, ces mots dans ta mémoire...
GERMAIN
Pour les lui répéter, je les saurai par cœur.
LA COMTESSE
Le poltron qui s'enfuit n'attend pas le bonheur !
{Germain se retire au fond,)
{A clona Constance et à dona Inès.)
Mesdames, partons-nous? l'heure est presque passée?
DONA CONSTANCE
Eh ! bien ! qu'en dites-vous ?
la comtesse, en souriant.
Tu me vois courroucée,
Vous aimez, et pourtant vous plaisantez toujours.
LA COMTESSE
Moi, j'aime?
DONA CONSTANCE
On le voit bien î
LA COMTESSE
Oh ! les belles amours i
Pour un pauvre garçon?
DONA CONSTANCE
Oui ! mais d'une figure A tourner une tête, et de noble nature.
LA COMTESSE
Ne le crois pas, au moins.
DONA CONSTANCE
Nier à tout moment Qu'on aime est avouer qu'on aime éperdument.
[Elles sortent.)