‹ Étude sur la vie et les œuvres de Lope de VegaChapitre 83 sur 120 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

GERMAIN, DON JUAN, qui arrive du côté opposé. germain, allant au devant de lui. Arrive donc! plus tôt tu l'aurais entendue.

DON JUAN

Je tremble, seulement de l'avoir entrevue.

GERMAIN

Quand l'on voyait des trous à ton pauvre pourpoint, Tu prétendais la suivre, et tu ne l'oses point Avec un habit neuf qui te sied à merveille, Un air de conquérant et la plume à l'oreille.

DON JUAN

Ah! c'esli que je la perds!... Je n'y puis réfléchir Sans me sentir le cœur et les genoux fléchir.

GERMAIN

Jamais tu n'aurais pu rencontrer, je le gage, Plus belle occasion pour avoir du courage.

LES F I F t K S DE DON J I K >

DON JOAN

Comment?

GERMAIN

Quand je lui dis ta résolution, Je la vis tout à coup pâlir d'émotion, Comme un beau tournesol quand le soleil retire Les rayons amoureux dans lesquels il se mire ; Ensuite elle m'a dit : Lorsqu'un homme d'honneur S'avance vers un but digne d'un noble cœur, Il doit mourir plutôt que d'aller en arrière ! Elle ajoutait encore : en amour comme en guerre, Lorsque l'on ne peut pas fuir honorablement, Il faut au moins savoir mourir en combattant. Enfin, j'ai de sa part une chose importante À te dire...

Vas-tu me laisser dans l'attente?

germain, pesant sur les mois.

Le poltron qui s'enfuit n'attend pas le bonheur... Voilà ce qu'elle a dit, maître, à ton serviteur.

DON JUAN

Mais en parlant ainsi que prétend-elle faire ?

GERMAIN

Te dire d'espérer, et de façon si claire

Qu'un aveugle aurait lu ce désir dans ses yeux.

DON JUAN

La comtesse de Flor ; oh ! mais c'est merveilleux !

GERMAIN

Kl de plus, pour Unir, elle a dit. en bon style,

Qu'un parterre de fleurs sans fruit serait stérile. Pour Dieu ! c'est là de quoi patienter mille ans ; Nous pouvons donc, je pense, attendre un peu de temps Que l'amour naisse enfin dans son âme attendrie.

DON JUAN

L'amour a, je le sais, plus d'une fourberie ;

Mais si, Dante l'a dit, si par ordre d'amour

Tout être, aimé d'abord, doit aimera son tour;

Et si le doux Pétrarque a dit que : « Sur la terre

11 n'est cœur assez dur pour ne pas s'entr'ouvrir

Devant un long assaut de pleurs et de prière,

Ni dédain assez froid pour ne pas s'attendrir. »

J'en veux croire leurs vers... L'amour que j'ai dans l'âme.

Peut un jour te toucher, o belle et noble dame,

N'es-tu pas fille d'Ève ? — Ah 1 l'on m'a vu souvent

Brûlé par le soleil ou glacé par le vent,

Autour de ton palais circuler comme une ombre

Et de ton char doré, soleil de ma nuit sombre,

Adorer les rayons comme un pauvre Indien ;

Tout l'amour de mon cœur passera-t-il au tien ?

Ai-je pu te toucher? Qu'importe ma détresse?

L'amour que l'on peint nu dédaigne la richesse...

— Oui, je reste à Valence et veux persévérer,

Je veux l'aimer toujours et toujours espérer,

Jusqu'au jour où sa bouche, ingrate à ma tendresse,

Me dira clairement que ma flamme la blesse.

GERMAIN

C'est bien dit et mieux fait.

(// arrache la plume de son chapeau.)

Belle plume, bonsoir.

Ah 1 peut-on comparer la Fiandre au doux espoir De voir entre tes bras cette noble maîtresse ?

DON JUAN

Ce rêve ambit'e^x que mon âme caresse

LES FLEURS 1) H DON JUAN. 486

Peut se réaliser ; laissons agir l'amour ;

Il peut faire un miracle, et nous verrons un jour...

GERMAIN

Parle, que verrons-nous? Je te croirai d'avance.

DON JUAN

Au pauvre la richesse, au riche l'indigence.

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