‹ Étude sur la vie et les travaux de GrotiusChapitre 52 sur 65 · EE SN UN · texte numérisé non relu

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que pour ÉTENDRE LA RELIGION CHRÉTIENNE.

Que d’occasions se présentent à mes Concitoyens de la faire connaître cette Religion, tantôt aux Païens lorsqu’ils se trouvent obligés de fréquenter la Chine et la Guinée, tantôt aux Mahométants quand ils parcourent l'Empire Turc, celui des Perses ou quelques pays de l'Afrique ; tantôt aux Juifs qui sont errans par toute la Terre, et que l’on peut regarder comme les ennemis les

plus déclarés du nom Chrétien. »

Propositum enim mihi erat, omnibus quidem civibus meis, sed prœcipuè navigantibus operam navare utilem, ut in longo illo marino otio impenderent potius tempus, quam quod nimium multi faciunt, fallerent. Itaque sumto exordio à laude nostræ gentis, quæ navigandi solertia ceteras facile vincat, excitavi eos, ut hac arte, tanquam divino beneficio, non ad suum tantum quéstum, sed et ad veræ, hoc -est Christiane Religionis propagationem uterentur. Neque enim deesse materiam, cum per longinqua itinera passim incurrent, aut in Paganos, ut in Sina et Guinea ; aut in Mahumetistas, ut sub imperio Turcæ, Persæ et Poenorum ; tum vero Judæos, et ipsos jam Christianisini professos hostes,

dispersos per maximas partes terrarum orbis.

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«Je devrais, dit Grotius, ajouter une quatrième espèce d’ennemis du nom Chrétien, et dont il ne serait pas moins glorieux à ma Nation de triompher, je veux parler de ces Libertins qui, cachant en secret le venin subtil de leur Impiété, le répandent, quand la crainte ne les retient plus, et qu'ils croient pouvoir agir impunément : Ennemis d’autant plus à craindre qu’ils sont moins connus. C’est pour détruire ces maux, que J'ai préparé des armes à mes chers Compatriotes, afin que ceux que les qualités de lesprit élèvent au-dessus du commun, fassent une Guerre continuelle à L’ERREUR, et que les simples soient en garde contre les Séducteurs,de peur qu’ils n’en deviennent la proie. Neque deesse impios, qui abditum metu venenum ex occasione apud simplices prodant : adversum quæ mala optare me, ut rectè armati sint nostrates, et qui ingenio præstant, incumbant pro virili revincendis erroribus : cæteri

saltem id caveant, ne ab aliis vincantur.»

Tandis que les ennemis de Grotius décriaient son ouvrage et l’accusaient de renfermer le venin du Socia-

nisme, les Missionnaires du Pape faisaient travailler à

une traduction Persanne pour christianiser la Perse. C'est notre Auteur qui nous le fait connaître dans sa lettre 444. Liber meus de Veritate Religionis Christianæ.… qui Socinianus est Vætianis adeo hic pro tali non habetur ut studio religiosorum Pontificiorum vertatur in sermonem Persicum ad convertendos, si Deus cœpto annuat

ejus imperii Mahumelistas.

C’est une superfluité de répéter avec ceux qui ont rang dans la Science, que cet Ouvrage est excellent, que les notes qui l’accompagnent sont pleines d’érudition. Ce fameux Traité fut traduit en Anglais, en Français, en Allemand, en Grec, en Persan. L’an 1641 un Anglais qui avait traduit en Arabe le Traité de Grotius, voulut que sa version fut imprimée en Angleterre. C’est encore Grotius qui nous l’apprend par sa lettre 534: Ft apud me his diebus Anglus vir doctissimus, qui diu in Turcico viæit imperio, et meum librum de Veritatæ Religionis Christianæ in Arabicum vertit sermonem ; curabit que si polest, typis in Anglia edi. Is nullum librum putat esse uliliorem autinstruendis illarum partium Christiants, aut etiam convertendis Mahumetistis. Cette version faite par le savant Edouard Pocok, fut imprimée à Londres, en 1660. |

L'ilustre Bignon admire l’ordre et la brièveté de cet Ouvrage, assure avec raison que s’il est vrai que plusieurs Savants avaient déjà traité ce sujet avec applaudissement, il faut reconnaître aussi que Grotius seul s’est parfaitement acquitté de cette tâche difficile. Ce livre admirable, véritable vade mecum de tous les Chrétiens, eut un si grand retentissement que son histoire même fut le sujet d’uns dissertation de la part de J.-Ch. Kæœtcherus sous ce titre : Joanis-(Christophori Loekeri dissertatio epistolica, historiam libelli Grotiani de Veritate Religionis Christianæ complectens, — 1798. Nous ne pouvons faire mieux que de donner quelques fragments de la conclusion de ce livre qui renferme tant de choses sans les confondre, sans rien diminuer de leur évidence et de leur force. Grotius voulant montrer aux Chrétiens, de quelque Nation et de quelques Sectes qu'ils soient, l’usage qu’ils devaient faire des Vérités qu’il venait d'établir dans les six livres de son Traité,

leur adresse cette Exhortation :

« Je vous exhorte, en premier lieu, à lever au Ciel

des mains pures ; à les élever vers ce Dieu qui de rien

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créa tout : les choses visibles comme les invisibles. Croyez que le Maître du Ciel et de la Terre est pour nous tous un Père attentif à nos besoins et toujours prêt à y satisfaire. Puisqu’un passereau même ne meurt point sans sa permission, vous ne devez pas appréhender ceux qui n’ont de pouvoir que sur le Corps : Celui-là veut être redouté qui peut perdre en même temps l’Ame et le Corps. En second lieu, je vous exhorte à mettre toute votre confiance non-seulement en Dieu le Père, mais en Jésus-Christ son fils, au Nom et par la Vertu duquel nous avons été sauvés. Nous nous acquitterons de ces Devoirs si nous sommes convaincus que pour vivre éternellement il ne suffit pas de confesser de bouche que Dieu est notre Père et Jésus son fils notre Seigneur et notre Maître, mais qu’il faut encore que le Cœur avoue ces Vérités et que notre Vie réponde à notre Foi. Je vous conseille ensuite de regarder la Doctrine de Jésus-Christ comme un riche trésor qu’il faut garder avec soin : et à cet effet Je vous prie de lire assidûment les divines Écritures : ces Oracles sacrés qni ne peuvent égarer Ceux qui les consultent avec un cœur pur et un esprit droit.

À V I » Ce ne sont pas là tous nos Devoirs. Loin de nous

cette vie licencieuse des Païens qui n’ont d'autre règle

de leur conduite que les mouvements déréglés de leurs passions. Si la Justice des Scribes et des Pharisiens qui consistait presque entièrement à observer les cérémonies de la Loi, si cette Justice est réprouvée dans l'Écriture, si elle ne suffit pas à un Chrétien qui veut se sauver, combien plus ses Mœurs doivent-elles être différentes de celles d'un Païen. Souvenons-nous donc qu’au lieu de la circoneision charnelle, Dieu demande la circoncision du cœur, que celui-là plaît à Dieu qui observe ses commandements, qui fait des actions dignes de la Nouvelle Alliance, qui aime avec Foi, qui espère avec Confiance. C’est à ces marques qu’on reconnait les vrais Israélites, les Juifs mystiques, je veux dire ceux qui louent Dieu dignement, en serviteurs bien aimés du Très-Haut. N'oublions jamais que les Armes d’un Chrétien sont exclusivement spirituelles : l'Esprit-Saint les fournit. Avec ces Armes nous forcons les retranchements que le mensonge veut élever contre le vrai Dieu.

» La Foi nous sert de bouclier, elle repousse les traits emflammés du Démon; pour cuirasse nous avons la Justice, et la Sainteté démotre Vie; nous avons pour casque l’ Espérance du Salut éternel. Enfin la Parole de

Dieu est notre épée. Elle perce jusqu'aux abîimes de

l’'Ame. Que les Chrétiens ne combattent donc que contre les Ennemis de leur salut. Entre eux, qu’ils conservent la Paix : ce bien si désirable que Jésus-Christ, en quittant la Terre, recommanda instamment à ceux qui devaient enseigner les Nations. » Comme ce beau fragment du livre de Grotius à perdu dans cette traduction l'énergié et la vigueur qui se rencontrent avec une élégante concision dans le texte latin, en voici la reproduction :

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