‹ Étude sur la vie et les travaux de GrotiusChapitre 6 sur 65 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

En 1598 les Etats des Provinces-Unies envoient des Ambassadeurs à Henri IV, roi de France. Grotius accompagne le fameux Barnevelt. Il est présenté au Roi par M. de Buzanval, ancien ambassadeur en Hollande. Sa Majesté reçoit le jeune Savant avec bonté, et lui donne des marques d'estime. En se rappelant l'honneur d’avoir touché la main du grand roi, Grotius dit quelque part dans ses écrits : Contigimus deætram, quâ nulla potentior armis, quæ, quod regnabit, debuit ipsa sibr. Il profite de son voyage à Paris pour se faire recevoir docteur en droit ; il revient dans sa Patrie, après avoir séjourné près d’une année en France. Il fut contristé de n'avoir point vu le Président de Thou, qu’il regardait comme le plus grand homme de son Siècle : Vir nostro celsior œævo. De son côté, de Thou aimait beaucoup Grotius. C’est lui-même qui nous l’apprend : Amatus

summè à summo vtiro. Le très illustre Président lui

donne de sages conseils lorsque, malgré la haine d’un parti puissant mais injuste, il veut écrire pour sa Patrie et l'Eglise. Grotius s’acquitte de la dette de lamitié en faisant l'éloge du Président, dans une pièce de vers qu'il adresse à François-Auguste de Thou son fils, et

intitulée : Sylva ad Franciscum Augustum Thuanum.

Notre Auteur suit la carrière du Barreau et plaide sa première cause à Delft (1599). Une de ses grandes attentions était de ne rien dire d’inutile et de mettre beaucoup d'ordre dans ses plaidoyers. Nous savons de lui-même quelle fut sa Méthode dans ses Plaidoiries. Il l’expose, à son fils Pierre Grotius, dans les termes suivants : « Afin d’évitertoute confusion et pour parler avec ordre contre vos Adversaires, faites une chose - dont je me suis bien trouvé. Séparez attentivement les soutiens réciproques ; rapportez tout à certains chefs que vous graverez dans votre mémoire; lorsque votre ‘ Adversaire portera la parole, ne songez qu’à l’ordre que vous vous êtes fait, et nullement au sien. » Ne te aliorum confusa dictio obruat, consilium dabo, quod experto mihi profuit. Omnia que ex utrâque parte in causà dici posse

videntur in locos distribue, quos per imagines infigas me-

es DO

moriæ; deinde quidquid adversarius dixerit, refer non

ad ipsius, sed ad tuum ordinem.

La profession d’Avocat ne plait pomt à Grotius, malgré ses brillants succès dans l’arène judiciaire. Il exprime nettement à Daniel Hensius, son dégoût pour les affaires : « Les Procès, dit-il, ne conviennent guères à un homme pacifique. D'ailleurs, qu'enfantent-ils ? de la haine de la part de ceux contre lesquels on écrit ;

peu de reconnaissance de la part de ceux que l’on dé-

: fend ; et très peu de gloire de la part du public. Que

de temps perdu pour des soins si pénibles, quand l’esprit est convié à se nourrir du Beau et du Bien. Hélas! Si J'avais moins suivi le Barreau, je serais meiïlleur Philosophe, moins étranger aux Grecs, plus au fait des Moœurs de l’Antiquité, des Poëtes et de la Philologie. » Nam lies nostræ, præterquam qudd homini etiam dihigentissimo molestiam exhibent, et minimè conveniunt tam pacalo, qualia sunt hœc nostra, tum offensarum apud adversarios plurimüm habent, gratiæ apud clientes parèm, gloriæ apud cœteros pœnè dixeram nihal. Vix ergo emersi, ut pauld plus esse viderer, quam cœterum vulqus togatulorum nostræ œtatis, idque actioni-

bus aliquot, quæ satis feliciter successerunt ; et nisi per

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