DURE
has salebras ei esset enitendum, ut nos quoque essemus in republicä, plane sudores ishù et wigihiæ amico tuo perirent : hoc enim tempore quod scribendo cavendoque impenditur, quantum rerum bonarum disci potuit, quas tu doces? Essem cerlè magis paulù philosophus, paulà minus peregrinus in Grœcis, in antiquis ver moribus, in Poëtis, quidquid est Phalologis aliquandd versatior. Hoc cùm cogito, quo me mœærore affici putas, qui scis quäm liberali sum ingenio, quam mihi displiceant artes allæ, quæ ut maximè non sunt, videntur tamen sordidæ.
La même année (1599), Grotius traduit la Limneurétique du hollandais Stevin, mathématicien du prince Maurice de Nassau. Ce précieux Ouvrage a pour but de faire connaître aux Gens de mer le moyen de s’orienter sur l'Océan. Il est intitulé : Limneuretice, sive portuum inveshigandorum ratio : metaphraste Hugone Grotio Batavo. Notre Héros dédie cette traduction à la République de
Venise, sans doute au souvenir de l'ambassadeur Conta-
rini qu’il avait connu en France.
En 1600, Grotius donne une édition des Phénomènes
d'Aratus, qu’il offre en hommage aux Etats de Hollande
et de Westfrise. Voici les éloges que lui décerne Lipse : Aratæa tua accepi, gratum huic animo munus, ac non sic esset, cùm patrem tuum, cum te cogito, quorum tlle vetus mihi et discipulus non abnuit, et amicus tu in istà œtatutà, sic loquendum est, ingenio effecisti et industrid, quod pauci in perfectiore illo ævo. Gratulor, mi adolescens, gratulor, et amino et silo te eæcito, ut recto pede laudis hanc viam curras. Deus, mi Groti, tibi mo-
destiam, virtutem, famam servet augeatque.
Au milieu de ces études profondes et sérieuses, Grotius cultive les Muses. Ses Poésies ont le plus grand succès. Elles sont imprimées en Angleterre et réimprimées plusieurs fois en Hollande. Voici la fameuse prosopopée dans laquelle il fait parler la ville d’Ostende, et que Malherbe, l’oracle du Parnasse français, ne
dédaigna point de traduire :
Area parva ducum, totus quam respicit orbis, Celsior una malis, et quam damnare ruinæ
Nunc quoque fata timent, alieno in littore resto, Tertius annus abit ; toties mutavimus hostem. Sœvit hiems pelago, morbisque furentibus æstas ; Et nimium est quod fecit Iber crudelior armis.
Ju nos orta lues : nullum est sine funere funus ;
En
Nec perimit mors una semel. Fortuna, quid hæres ? Quà mercede tenes mixtos in sanguine manes ?
Quis tumulos moriens hos occupet hoste perempto
Qæritur, et sterili tantum de pulvere pugna est.
La Tragédie n’est point étrangère à notre Auteur, ainsi que le prouvent l’Adamus exul, le Christus patiens et le Sophomphanéas. Les plus savants critiques se sont plu à reconnaître que Grotius excellait dans cet Art. Lipse qui enseigna l'Histoire avec éclat, lui écrit : € Adamun tuum vidi : partem legi, et ex e omnia probavi ; nam similem te tui esse facile præcipio : dicerem miratum me, nisi priora tua hoc verbi el affectüs jam exemissent. Ita jam antè dedisti et hoc ingenii specimen, ut bona et alta à te exigere debeamus, non solùm exspectare ; ac placuit mihi etiam unicè argumentum, et quôd ad seria, id est sapientiæ illa studia te dones. Intellectuahs Phalosophia magna hujus studii pars est, quam in Adamo tuo feliciter libasti. Perge, hanc ama, el sine
vento scientiam et sine novitate doctrinam. »
Le professeur Baudius l'appelle l'ami des Muses.
Ecoutez ce poëte :
Ocelle vatum, cura corque Musarum, Medulla suadæ, et officina doctrinæ, Themidis Sacerdos, cultor integer recti,
Vir magne, vir mirande, vir sine exemplo.
De son côté Le prince des érudits, Casaubon, admire dans les termes suivants le Christus patiens : « Eo viro dignissima, cujus olim pueri, et adhuc sub alis matris, rudimenta doctos omnes stupore perculerunt ; ut magnum non vider debeat, si quæ hâc œtate adultiore scribis, nemo sanus et intelligens sine admiratione tui possit legere. »
Enfin le fameux Scaliger qui prit la plume contre les Savants les plus illustres de son siècle; et qui est regardé comme le Créateur de la Science chronologique, porte le jugement ci-après sur les petits poëmes du Rénovateur du Droit de la Nature :
At quicunque tuos, Groti divine, libellos Sola moraturos lumina docfa leget.
Versiculos illos vel pocula prisca tulisse,
Sæcula, vel rursus prisca redisse putet.
Les ennemis de Grotius n’ont pas osé lui disputer le
SSD ces
titre de grand Poëte. Le puissant Saumaise, dont la Science vit les Rois se disputer l'honneur de le posséder, commit une grande faute lorsqu'il se montra plein d’injustice et de haine contre notre Auteur. Etait-ce à lui de déchirer la mémoire de Grotius, ainsi qu'il l'a fait dans sa lettre du 20 Novembre 1645 ? Ce libelle deshonore un prince de la Littérature. Aussi la République des Lettres en fut indignée, bien que Saumaise y confesse que Grotius In Poësià vir est sui nominis magnus. Les jalouses invectives du froid Saumaise ne firent tort qu’à lui-même. On disait publiquement qu'il arrachait le poil d’un Lion mort. Quelle honte pour le
plus grand des Commentateurs ! C'était Justice.
Voici des verssur les devoirs de l’Avocat qui donnent une idée de la beauté des Poésies légères de Grotius, et qui prouvent que, chez son Auteur, une vaste érudition n'avait point éteint le feu poétique :
Qui sancta sumis arma civilis togæ,
Gui se reorum capita, fortunæ, decus Tutanda credunt ; nomini præsta fidem, Juris Sacerdos ! — Ipse dic causam tibi, Litemque durus arbiter præjudica.
Voto clientüm jura metiri time,
Nec quod colorem patitur, id justum puta.
Peccet necesse est sæpè, qui nunquàm negat.
D'aussi nombreux talents portèrent les Etats à nommer Grotius leur Historiographe. Ils lui accordent la préférence sur l’illustre Baudius, célèbre professeur dans l'Université de Leyde. Loin de s’en montrer jaloux, Baudius,suivant une marche opposée à celle de Saumaise, proclame Grotius verè magnus, tmù trismegistus. En 1607, notre Auteur est élevé à l’emploi d'Avocat Général du fisc de Hollande et de Zélande. Grotius remplit ses fonctions avec une si grande réputation que les Etats lui promettent une place dans la Cour de Hol-
lande.
En 1608 , il épouse Marie Reygersbergen, d’une des premieres familles de Zélande. Son père avait été bourgmestre de Veer. Cette noble femme mérite dans la République des Lettres non seulement une statue, mais aussi les honneurs de la Canonisation. Si, par son courage et son habileté , elle n’eut enlevé son mari à ses persécuteurs, est-ce que les nombreux Ouvrages que Grotius mit au Jour seraient Jamais sortis des ténèbres de la
forteresse de Louvestein ?
En 1609 et 1610, Grotius fait paraître un traité qui touche au plus haut point au Droit public international. T1 sera l’objet de notre appréciation. Nous avons déjà fait pressentir le Mare liberum : la Liberté des Mers ou du Droit qui appartient aux Hollandais de naviguer dans les Indes. [1 publie également à cette époque son Traité de l’Ancienneté de la République des Bataves : de Antiquitate Reipublicæ Batavæ. Les Etats des Provinces- Unies, on ne peut plus satisfaits de cet ouvrage plein d’érudition, remercient publiquement Grotius et lui donnent un noble témoignage de leur haute gratitude.