‹ Étude sur la vie et les travaux de GrotiusChapitre 60 sur 65 · PR ER · texte numérisé non relu

PR ER

loi de la Nécessité aux Choses morales ; apprenons à perdre ce qui peut nous être enlevé, à nous mettre audessus des évènements, à tout quitter quand la Nécessité l’ordonne : alors nous serons heureux malgré la fortune, et sage malgré nos passions. Quelle Paix règnerait sur la terre si le Droit était respecté toujours et le Devoir toujours accompli ! Instinct divin, immortelle et céleste voix, juge infaillible du bien et du mal dans ce monde relatif de l'Homme, Conscience! tu es la pierre de touche de l’humaine Félicité. Bienheureux seul l'Homme qui s’introduit dans le conseil intérieur de son âme, qui ose envisager son cœur à nu, se présenter en face de sa Conscience, soutenir ses reproches, subir avec fermeté son Jugement, et imposer silence aux clameurs du remords. Que ce courage est héroïque, mais aussi qu'il est rare : l'Homme ne se fuit-il pas lâchement pour retomber dans l’anarchie? un peuple de désirs séditieux

se soulève dans son cœur.

La Science a deux extrémités qui se touchent. La première est la pure ignorance naturelle où se trouve l'Homme naissant : il reçoit aveuglément et successivement sur le sein maternel l’ordre des sensations en se

dirigeant vers les objets extérieurs ; l’ordre des idées en

DA ve

ouvrant son intelligence par la transmission de la parole, et l’ordre de la Conscience et de la Foi dans l’approbation interne comme mesure du Juste et de l’Injuste, et dans la croyance des choses invisibles reflétées par les choses visibles. La deuxième extrémité de la Science est celle où'arriventles grands esprits qui, ayant sondé les abîmes de la Création, trouvent qu’ils ne savent rien et rencontrent dans leur ignorance savante l'ignorance naturelle. Effectivement si nous cherchons à nous comprendre, contemplons la Nature entière dans sa haute et pleine majesté. Qu'est-ce que la Terre par rapport à la Création? une goutte d’eau dans l'Océan. Qu'est-ce donc que l'Humanité qui marche sur son sein ? qu'est-ce que l'Homme dans l'infini? qui peut le comprendre ? qu'est-ce que l'Homme dans la Nature? rien à l'égard de tout, tout à l'égard de rien, un milieu entre rien et tout. Voilà pourquoi les extrêmes tuent, soit intellectuellement, soit physiquement. Toujours incertains et flottants entre l'ignorance et la science, les choses extrêmes sont pour nous comme si elles n'étaient pas ; et notre intelligence ne peut apercevoir que le milieu des choses, dans un désespoir éternel d’en connaître ni le principe ni la fin.

Comprenant la vanité des Sciences du siècle, que fait

Log

l'Esprit fier et courageux qui a soif de la plus grande Lumière et du plus grand Bien? I s'offre par l'humilité aux inspirations de la Foi, ouvre son esprit aux preuves par la Raison, et s’y conforme par la Coutume. S'armant de la Certitude historique après l’avoirépurée au creuset sceptique, il voit jaillir de Dieu dans la Conscience de l'Humanité le grand fleuve de la Tradition, et le remonte depuis Jésus-Christ et par Moïse jusqu’à la Parole divine qui illustra la Création. Salomon et Job ont le mieux connu la misère de l'Homme : lun par la vanité des plaisirs, l’autre par la réalité des maux. Grotius, lui, connut avec effroi l’impuissance de la science des Hommes. Aussi, après avoir passé les trois fleuves de feu de la concupiscence, il gagna la Terre sainte de la Foi, affermi sur les assises de sa Conscience. Heureux l'Homme qui, comme Grotius, la pensée ancrée sur la Tradition et la Conscience, cette épée à deux tranchants que l'Apocalypse nous montre sortant de la bouche de Jésus-Christ, porte ses regards dans l'Univers et lit dans la beauté des Créatures la Puissance du Créateur.

Page 1