À LA SOLIDARITÉ ÉVANGÉLIQUE
Lorsque, dans la misère de notre Orgueil, nous insurgeons notre faiblesse contre la Puissance de l’Auteur de la Nature, nous errons dans des sentiers ténébreux : bientôt la Souffrance apparaît. Mais quel est l'équation de la Souffrance sous le respect sacré de la Liberté ? N'est-ce pas l'Épreuve expérimentale : véritable action curative de la Responsabilité ? Chose sublime ! sous peine d’une intensité mortelle dans la Souffrance et de destruction dans l’Intelligence et le Cœur, nous sommes refoulés dans le Plan de Dieu pour nous y conformer relativement : l'Homme s'enfonce dans une douleur croissante à chaque pas qu'il fait dans la voie de l’Erreur. C’est que le Plan de Dieu, ou la Loi des Créations, s'accomplit toujours nonobstant les égarements de
l'Homme qui voit surgir au: fond de la Souffrance, ce
Châtiment expérimental de son orgueil, une Rèaction réparatrice détruisant la Souffrance même, en le livrant à la prépondérance du Bien par le mérite de l’Épreuve et du Combat. N'oublions jamais qu’au regard de l'Humanité le Créateur n’a point établi Harmonie sur la Perfection, mais sur la Perfectibilité de l'Homme qui doit se parachever librement par une obéissance d'Amour. Voilà pourquoi cet appareil complexe qu’on appelle l’Intelligence est tout à la fois imparfait et perfectible. se développe, effectivement, s’élargit et se perfectionne lorsque l’Homme discerne de plus en plus que ce qu'on appelle à tort Souffrance n’est que le
résultat négatif de la Sensibilité et de la Liberté.
LIT
Il n’y aura plus de Souffrance du jour où les Hommes renonceront à leurs erreurs et à leur aveuglement, marcheront dans la voie droite de la Vérité, conformeront leur propre plan au plan de Dieu. Car, qu’estce que le Mal ou la Souffrance ? Le Désaccord de notre Sensibilité et de notre Liberté avec le Plan universel et absolu de Dieu. Or, du jour où le Cœur, qui a pour foyer la Sensibilité, et la Liberté qui règne dans lintelligence, seront concordants et harmoniques par la
conformité libre des actions de l'Homme au plan
de Dieu, la Souffrance sera éliminée : la Justice
triomphera ; le Droit et le Devoir seront observés.
LIT
Est-il possible qu'il y ait des Philosophes qui doutent
un seul instant s’il y a un Beau essentiel qui est la
règle éternelle de la beauté visible des corps? Nos idées
primitives ne devraient-elles pas les convaincre que l'Ordre et la Régularité sont essentiellement préférables au Désordre et à l'Irrégularité ? La Géométrie naturelle qui fait partie de ce qu’on appelle Sens commun, auraitelle oublié de leur mettre un compas dans les yeux pour juger de l’élégance d’une figure ou de la perfection d’un ouvrage ; aurait-elle oublié de leur apprendre ces premiers principes du bon sens : qu’une figure est d'autant
plus élégante que le contour en est pius juste et plus
uniforme ; qu’un ouvrage est d'autant plus parfait que:
l'ordonnance en est plus dégagée ? Si dans les êtres matériels 11 y a un Beau visible, réel et absolu, ce Beau pourrait-il ne pas exister dans la Personnalité humaine ? Ne serait-ce pas faire injure à l'Homme que de mettre sa Beauté en comparaison avec celle du Monde extérieur ? En effet l’Ame répand sur le visage un air de pensée, de sentiment ét d'action, qui lui donne un genre de
Beauté inconnu au Monde visible. Or, dans l'Ordre
moral comme dans l'Ordre physique, c’est l'Harmonie
qui est toujours le fondement du Beau.
La règle du Beau dans les Mœurs est cette harmonie . qui se trouve entre les Objets de nos Idées selon qu'ils renferment plus ou moins de perfection : harmonie qui donne la mesure naturelle de l’estime et de l'amour, des sentiments et des égards que nous devons avoir pour eux. Je ne connais dans l'Univers qu'une espèce d’Hommes qui en puissent douter : ceux qui n'ayant point de bonne Mœurs voudraient aussi qu'il n'y eût point de Morale. Qu'est-ce donc que le Beau moral ? La constante et pleine conformité du Cœur et de l’Intelligence avec l'Ordre essentiel, naturel ou civil. De la le Beau moral essentiel : ou Loi universelle de toutes les Intelligences ; le Beau moral naturel : ou Loi générale de toute la Nature humaine ; et le Beau moral civil : ou Loi commune de tous les mêmes Concitoyens. S1 nous sortons de ce Monde terrestre pour nous transporter dans la région des Esprits, dans le Monde intelligible qui est le séjour de la Lumière et de la Vérité, nous voyons tous les Êtres que nous connaissons, Dieu, l'Esprit créé et la Matière, tous placés dans leur degré
d'essence et de perfection: Dieu à la tête comme l’Etre
infini et suprême; l'Esprit créé immédiatement audessous comme son premier sujet, par sa prérogative essentielle de se connaître lui-même et de pouvoir s'élever à son Auteur ; la Matière dans le dernier rang,
comme une substance aveugie et passive, capable de
recevoir l’Etre mais incapable de le sentir.
Voilà l'Ordre véritable des trois divers Êtres qui comprennent les objets de nos connaissances. L'Êrre SUPRÊME doit occuper le premier rang dans notre Estime, dans notre Amour et dans notre Attachement. Nous devons donnèr à notre Esprit le commandement sur le Corps: et si ces deux' Êtres, malgré la distance infinie qui les sépare se trouvent réunis ensemble pour composer un même tout, il faut que le Corps soit soumis à l'Esprit comme à son Supérieur naturel. N'est-ce pas là l'Ordre primitif que les Sens ne connaissent pas mais que la Raison ne peut ignorer? Soumission du Corps à
l’Ame et de Ame à Dieu: voilà le Bonheur.
I y à dans nos Esprits un Ordre d'idées qui est la règle de nos Devoirs essentiels par rapport à Dieu, aux
Esprits et aux Corps. Il y a aussi, dans nos Cœurs, un
Ordre de sentiments qui est la règle de nos Devoirs naturels par rapport à l'Humanité. Ce ne sont ni les Philosophes niles Législateurs qui nous ont appris cette règle du Beau naturel moral. En effet le Sentiment intime c’est-à-dire la Loi d'Humanité nous unissait tous avant la Philosophie et les Législations. Voilà l'héritage que nous recevons en naissant du cœur de nos
Pères et que notre sang porte empreint en lui-même.