‹ Étude sur la vie et les travaux de GrotiusChapitre 64 sur 65 · L VII · texte numérisé non relu

L VII

Pourquoi faut-il que les Lois de la Nature, toujours ineffaçables dans les Cœurs purs, soient contredites par des Passions misanthropes qui ne tendent qu’à la destruction de l’Jlomme ? Pourquoi la colère en veut-elle à sa vie, l’ambition à sa liberté, l’avarice à ses biéns, l’envie à son mérite ou à ses succès ; et chose horrible ! souvent même à son Honneur et à sa vertu? Quelle barrière peut arrêter la licence des Passions rebelles, et armer les Droits de l'Ordre essentiel et de l'Ordre naturel contre la fureur de leurs attaques ? L'ORDRE CIVIL seul est le frein qui tarit le cours du désordre et repousse 1c1-bas l’anarchie des Passions déchaînées. Voyez : dès que les Hommes posent des Lois pour mettre la Force à la Raison, la règle succède à la Confusion, LA JUSTICE A LA FORCE, la Sûreté publique à

l’'Inquiétude générale, le Repos des particuliers aux Alarmes continuelles. Voila comment tout devient tranquille sous la protection des Lois. Ne portons jamais atteinte à la règle de l'AUTORITÉ. La hiérarchie est l’échelle de l’Ordre social. Du jour où elle ne sera pas respectée, c’en est fait de la Société : la. force opprimera la faiblesse et tiendra lieu de Droit ; le vrai. et le faux toujours ennemis, entre lesquels la Justice s’interpose, perdront leur nom; et la JUSTICE

perdra également le sien.

Qu'elle est à plaindre‘la Nation dont les membres sont atteints d’une fièvre d'envie et dont la jalouse ambition favorise et nourrit l’'Hostilité. Chacun veut s’attribuer le Pouvoir: le Pouvoir se formule en Volonté, la Volonté en Passion ; etla PAssIoN, ce tigre insatiable doublement secondé par la volonté et le pouvoir, dévore le Monde. Encoreun coup ne brisez jamais la Hiérarchie, car vous enfanteriez l’Anarchie : d’effroyables commotions ébranleraient l'Unité Nationale. Il en est des Peuples qui s’agitent sur le Globe comme des Planètes qui roulent dans leur orbite. Dans les Cieux ne sontelles pas soumises à une règle hiérarchique, à des con-

ditions de lieu, d'espace, de mouvement, de proportion,

de temps, de forme, d'attribution, d'ordre ? Et voici en effet qu’en vertu de ces lois, le Soleil sur son trône majestueux brille au milieu des Sphères ; son regard bienfaisant corrige les funestes influences des Planètes : tous les Astres bons ou mauvais lui obéissent comme à un Souverain. Maïs, quand les Planètes troublées et confondues s’égarent dans leur course, quels Fléaux ! quelles Calamités ! quelles Pertubations! Un semblable Chaos se produit chez un Peuple quand la Vertu, le Talent, la Science et le Génie ne sont point au timon de l’État.

Et le ressort secret qui maintient lORDRE CEVIE, quel est-il? n'est-ce pas un AMOUR aussi naturel que l’amour de nous-mêmes et de la famille, qui naït en nous par l'instinct, mais qui se confirme par la RAISON ; qui s'accroît par l'habitude, mais qui se fortifie par la réflexion ; qui s'établit d’abord par l'intérêt, mais qui se soutient ensuite par la Vertu ; qui s'allume pour ainsi dire par le zèle pour sa propre maison, mais qui s’enflamme par celui des Autels? Nous avons déjà nommé VAMOUR DE LA PATRIE qui réunit tous les motifs divins et humains pour nous uni* inséparablement

sous les idées les plus touchantes ? LA PATRIE n’est-

ce pas la demeure sacrée qu’habitent les membres d’une même Famille, unis par les liens d’où naissent et les joies les plus pures et les plus saints devoirs? N'est-ce pas le sol qui nourrit, l’air que nous respirons, Îles moissons qui jaunissent dans nos plaines et les vignes qui couvrent nos coteaux ; n'est-ce pas le trésor accumulé durant de longs âges, les fruits du TRAVATL physique, intellectuel et moral; les richesses de Ja science, les souvenirs du passé, les espérances de l'avenir? N'est-ce pas, en un mot, l’ensemble de tous les

biens que Dieu, dans sa bonté, a destinés à l'Humanité ?

Foulors avec respect la Terre sacrée de la Patrie! N’est-elle pas la chair de nos Aïeux et le sang de nos Pères qui, couchés alluvion par alluvion, dorment dans la région des tombeaux jusqu’au réveil de l’Immortalité ? Vivons par nos ascendants, tous les atômes des corps qui vibrent dans l’espace sont empreints de leurs fibres, de leurs larmes et de leur sang. Oui, vivons par eux, pensant de leurs Pensées, savants de leur Science, riches de leur Dévouement, inspirés de leur Enthousiasme. Entendez-vous cette voix interne qui crie dans les abimes du cœur : AIMONS LA PATRIE ? La Patrie

c'est notre Mère bien-aimée, disant à chacun de nous:

voulez-vous de L'ORDRE dans vos Facultés, dans vos Affections, dans vos Sentiments : voulez-vous L'UNITÉ où rien ne se dément, où rien ne se contredit? Que l'Harmonie soit dansles cœurs; que la Raison commande à l'Ame ; que l’Âme recoive la Loi et la donne au Corps ; que le Corps obéisse sans révolte en s’appropriant les Choses dans la JUSTICE : vous aurez dans les MŒURS ce qu’il y à de grand, de noble, de sublime ; vous aurez le Règne sur vous-même sous l'empire de la RATSON ÉTERNELLE. Voilà le beau Moral que GROTIUS propose à l'Humanité pour conquête et pour triomphe !

Nations de la Terre qui formez la grande Famille humaine, aspirez-vous à ce que tous les Peuples du Monde s’avancent, avec la Vapeur, les Chemins de Fer et l'Électricité, sur les flancs du Globe pour y vivre solidairement comme de véritables Frères? Harmonisez matériellement et moralement, sous l’action divine de Jésus-Christ, les rapports nécessaires et forcés qui constituent votre vie individuelle et collective ; que l’Intelligence des Lois naturelles se perfectionne ; que partout chaque Peuple se place du côté pu DROIT ET DE LA JUSTICE;

qu’il ne demande le triomphe du Vrai, du Juste, du

Beau et du Saint qu’à la Modération, à la Sagesse et à

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la Raison ? La vie des Peuples ne sera véritablement grande, ingénieuse et prospère qu'autant que la sublime Loi du Travail, cet idéal de la Civilisation, qui constitue la richesse physique, morale et intellectuelle des Nations, dominera l’organisation des Sociétés et la constitution des États. Dans votre foi scientifique et raisonnée, prononcez donc, à l’unanimité, ce mot si consolant qui ouvre le symbole des Chrétiens : Nous croyons, avec l'Économie politique et le Droit économique qui circulent comme une sève généreuse dans toutes les branches de l'Humanité pour la faire fleurir, à la manifestation éclatante et au triomphe définitif de Ja LOI première et dernière de la Création : Le TRAVAIL

dans la Paix, dans la Justice et dans la Liberté.

LXIJ

Quant à nous, nous savons ce qui manque encore à cette grande Loi ; mais elle a atteint dans les esprits et dans l’Opinion ses dernières limites. Disons à la gloire de la France qu'aucun pays dans le Monde ne l’a autant respectée. Saisissons cette juste occasion de rendre un filial hommage à notre belle Patrie qui, par la puissance même de ses principes de Liberté et d’Égalité et avec toutes les forces unanimesdela Représentation Nationale,

a eu l'honneur et l’orgueil d’enfanter la Révolution

Française ; c’est-à-dire : « Un Peuple libre et fier, spirituel et indépendant, le premier sur les champs de bataille, le plus actif dans le Travail, le plus ingénieux dans l’Industrie, ne demandant son pain qu’à Lui-même et portant sa destinée et sa richesse dans ses bras. Voilà ce Peuple que tous devraient honorer, car son instinct atoutsauvémême les Sages qui se perdaient (TROPLONG). » N'a-t-il pas confié la garantie de la Liberté qu'il a conquise en 89, non à d’impuissantes Déclarations de Droits, mais à de vigoureuses [nstitutions, pour la préserver deses égarements et former autour d’Elle un Rem-

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