‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 105 sur 134 · Arrêt précité du 19 octobre · texte numérisé non relu

Arrêt précité du 19 octobre

5. Proudhon à Toullier, lettre du 2 avril 1824. Lagier, p. 138.

L'opinion de Proudhon avait, néanmoins, fait impression sur Tcsprit de Toullier, qui lui répondait : « Mon cher et très honoré collègue et ami, car j'ose vous traiter ainsi quoique nous ne nous soyons jamais vus, vous venez d'acquérir de nouveaux droits à mon estime et à mon amitié, par la noble indépendance de vos opinions en jurisprudence, et par la manière dont vous la traitez. J'ai fait aussi, moi, preuve dïndépendance, et j'ai combattu avec force certains arrêts, même de la Cour de cassation. Mais voilà que je deviens jaloux de vous. J'ai plié devant l'arrêt de cette Cour sur le droit d'accroissement que vous citez et que vous combattez avec tant d'avantage; et cependant trois auteurs ont, par leurs suffrages, étayé la doctrine de cet arrêt. Seul contre trois, vous avez combattu et, en vérité, je crois qu'en point de doctrine vous avez raison ; cette distinction de l'arrêt n'est-elle pas une subtilité? On réimprime en ce moment la quatrième édition de mon ouvrage; et le cinquième volume où j'ai parlé du droit d'accroissement est actuellement sous presse. Je ne suis pas encore totalement décidé à rétracter formellement mon opinion, trop légèrement émise, mais je suis déterminé à faire une petite note pour appuyer votre doctrine; j'y dirai le mal que je pense de vous. L'amour de la vérité l'emporte sur l'amour-propre d'auteur et je me rétracterai si je trouve que vous avez raison. » ^

Les arguments de Proudhon n'eurent pas assez de force pour convaincre Toullier, qui persista dans son opinion, tout en reconnaissant que « le savant professeur de Dijon combat sa doctrine avec beaucoup de force et d'étendue, mais avec cette urbanité convenable entre auteurs qui s'estiment et qui sont au dessus des petites rivalités. » -

Si la théorie de Proudhon « n'a pu réussir, elle a du moins vécu, et le talent de son auteur la sauvera toujours de l'oubli. » ^

1. Toullier à Proudhon. lettre de juillet 1824. Lagier, p. 139.

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