Discours, p
vous allez décider du sort, ne sont ni vos amis ni vos ennemis; ils sont hommes et, jusqu'à présent, Citoyens comme vous. Et, comme il ne vous seroit pas permis de les absoudre par compassion, il vous est aussi défendu de chercher à les punir par vengeance Gardez-vous, Messieurs, de chercher des coupables, car vous le deviendriez aussitôt vous-mêmes; mais tout en tremblant d'opprimer l'homme juste, gardez-vous aussi
d'oublier un instant ce que vous devez à l'ordre pubhc Si
vous ne devez regarder qu'avec attendrissement l'innocence opprimée, vous devez être aussi inflexibles dans le châtiment du vice *
y Telle est la sévérité dont vous êtes armés dans les fonctions que vous allez remplir ; mais, permettez-moi de vous le dire, elle doit avoir aussi ses bornes ; la vertu finit toujours où l'excès commence. Cette sévérité portée trop loin, ne seroit plus qu'un sentiment de cruauté qui révolte les âmes honnêtes. Gardez-vous, Messieurs, d'envisager d'un même œil le crime et celui qui en est prévenu, et de lancer sur le malheureux, qui n'est encore que suspect, un regard insolent qui lui fasse souffrir par avance le châtiment qui ne doit être subi que par les coupables convaincus. Rien ne déshonore plus la justice que ces ministres d'une dureté barbare, qui par une défiance naturelle à la faiblesse de leur caractère, ne peuvent jamais trouver d'innocens où il serait possible d'y avoir des coupables.
y> Ce caractère. Messieurs, fait toujours injure à la bonne cause : il ne peut appartenir à ceux qui en sont les sages partisans : la cruauté et la justice n'habitèrent jamais ensemble. Il nesauroit surtout être le vôtre ; les sentiments de la droite équité et du patriotisme éclairé qui vous animent, en sont des garants infaillibles, et la loi dont vous devenez les ministres, le désavoue dans ses organes. Ainsi, Messieurs, nous sommes sûrs que tout en vous pénétrant de cette juste sévérité qui vous