‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 20 sur 134 · Discours, p · texte numérisé non relu

Discours, p

3, Discours, p. 13, 14, 15, IG passim.

Enfin, pour frapper davantage encore l'esprit de ceux qui l'écoutent, Proudhon se met personnellement en jeu.

« Depuis que les décrets de l'Assemblée Nationale ont été portés sur la matière dont il s'agit, je me suis souvent occupé, et d'une manière très sérieuse, de l'étude des principes catholiques et politiques sur ces objets. Quelques connaissances que j 'a vois acquises pendant quatre ans et demi que j'ai resté en théologie, jointes à la science des loix dont je me suis occupé dès lors, me donnoient pour ce genre de travail presque inconnu, une ouverture qui n'appartient et ne peut appartenir qu'à très peu de personnes, même parmi les gens d'étude.

» Le résultat de mes réflexions sur toutes les questions tant agitées depuis deux ans, concernant la constitution civile du Clergé, m'a toujours conduit à croire que cette sanction ne porte en elle-même aucune atteinte à la religion, et que l'Assemblée Nationale avoit un pouvoir suffisant pour la décréter. . . Ces réflexions m'ont toujours porté à croire, et je suis dans la conviction la plus intime, que la grande partie des prêtres qui ont refusé de prêter le serment civique étoient de très bonne foi, et ne suivoient que les mouvemens de leur conscience. Aussi jusques-là ils sont irrépréhensibles, et leur refus n'est condamné par aucune loi.

» Ces mêmes idées dans lesquelles ils avoient vécu, et qui ne permettoient pas aux lumières de leur conscience de se soumettre à la loi du serment, les ont portés aux excès d'un zèle outré et imprudent : les mômes raisons qui les empechoient de souscrire à la constitution civile du Clergé, ils ont cru que tous les autres Citoyens dévoient les avoir, et qu'il leur étoit permis de le dire.

» Ces excès doivent-ils rester impunis, parce que le prétexte de la religion en est l'origine? Certes non : il est nécessaire de les réprimer, et même sans égard au caractère de ceux qui les

ont fait naître mais ils doivent l'être justement, et il n'y

auroit pas plus d'équité à y mettre trop de sévérité, qu'à punir

un innocent d'un crime qui lui seroit étranger... Je crois pou-

voir dire, Messieurs, sans crainte de me tromper, que les fautes qui proviennent d'un zèle outré pour la religion, ne doivent point être regardées du même œil, dans le temple de la Justice, que les autres délits qui troublent la société... C'est dans l'application plus ou moins étendue que vous avez à faire de ces principes dans les deux cas qui se présentent, que le Tribunal, en ordonnant que l'accusation intentée contre les sieurs Jannin et Pichot, prêtres, seroit portée au tribunal des Jurés, a cru faire un acte do sa prudence, en s'en rapportant à la vôtre. » ^

Sans vouloir nous ériger en juge de l'opinion de Proudhon sur le serment civique au point de vue théologique, nous n'en devons pas moins admirer la prudence, la sagesse et en même temps le courage dont il fait preuve dans ce discours, qu'il faudrait lire en entier. Ces extraits, déjà bien longs, ne peuvent en donner qu'une faible idée. Il fallait avoir une foi robuste et un caractère solidement trempé, pour oser publiquement invoquer, en 1792, « la justice et l'humanité, en faveur des prêtres insermentés. » ^

La tentative de Proudhon eut un plein succès. Les jurés décidèrent qu'il n'y avait pas lieu à accusation et les prêtres furent sauvés. ^

Ce discours, trop peu connu, pourrait être proposé comme modèle, aussi bien à l'avocat chargé de la défense de l'accusé qu'au magistrat appelé à le juger. Et qui sait si, dans les temps troublés où nous vivons, chacun de nous n'aura pas une mission aussi délicate à remplir? Puisse l'histoire n'avoir pas une faiblesse à constater, pas une lâcheté à flétrir ! Elevons nos âmes au récit de ces grandes vertus et prenons la résolution do les imiter.

Cette organisation, d'après laquelle les juges devaientêtre élus

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