Lagier, p
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aussi grand mal. Si Prouclhon ne l'a pas arrêté dans sa course, du moins l'a-t-il, l'un des premiers, signalé et étudié.
Les malheurs de la patrie eussent découragé une âme moins fortement trempée que la sienne; faire le bien était chose impossible, le tenter même devenait imprudent. Cependant il ne se laisse pas aller à l'abattement. Il s'était retiré dans son pays natal quand ses concitoyens, voulant réparer, dans la limite du possible, l'ingratitude de ses anciens justiciables, le nommèrent juge de paix du canton de Nods '. L'élection eut lieu le 25 novembre 1792 ~. Ce n'est pas sans tribulation qu'il remplit ces modestes fonctions pendant près de trois ans ; mais son dévouement et son courage ne se démentirent jamais. Il avait étudié les mathématiques et s'en souvint à l'occasion. En effet, c'est lui qui, « ôtant la boussole et la chaîne des mains d'un géomètre ignorant, arpentait lui-même l'héritage litigieux, et, par une dismensuration exacte, trouvait la contenance que chacune des parties avait réclamée. » ^
C'est lui encore qui, s'affligeant, avec tant de bons esprits, de voir le serment judiciaire dont la formule exclut toute idée religieuse, offrir si peu de garantie aux justiciables, n'hésitait pas à y introduire ce puissant élément do sincérité. En voici un exemple qu'il racontait souvent :
a Appelé comme juge de paix pour apposer des scellés, je fus instruit et ne tardai pas à être convaincu d'une spoliation commise par l'un des héritiers. Celui-ci était prêt à jurer qu'il n'avait rien distrait, lorsque tirant de ma poche la Novelle de Justinien, que je présentai comme un Évangile, je prononçai la formule de cette ancienne loi et, à l'aspect de ces impréca-
1. Aujourd'hui réuui à celui de Vercel, arrondissement de Baume-les- Oames (Doubs).
2. V. Pièce justif. n» VIII. — M. Kstiguard, p. 292, dit que Proudhon fut nommé juge de paix du canton d'Ornans. C'est une erreur sur laquelle l'auteur revient lui-même à la p. 306.