‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 33 sur 134 · fructidor an V, — 4 septembre · texte numérisé non relu

fructidor an V, — 4 septembre

naircs, abrogées depuis peu, furent remises en vigueur ; une commission militaire fut installée en permanence dans chaque département pour fusiller, après un Jugement sommaire, les émigrés saisis sur le territoire français et les prêtres déportés qui leur étaient injustement assimilés. Chacun se taisait ; Proudhon seul ose prendre la parole. Laissons-le nous raconter lui-même ce qui s'est passé à Besançon et le rôle courageux qu'il a joué dans cette circonstance.

a Les prisons de Besançon étaient remplies de prêtres déportés qui avaient été arrêtés, principalement sur les frontières de la Suisse.

» Postérieurement à leur sortie de France, des lois barbares les avaient assimilés aux émigrés et des administrateurs imprévoyants les avaient inscrits sur les mêmes listes que les émigrés.

» La permanence de leur détention était un sujet permanent de commisération publique; le gouvernement d'alors voulut s'en défaire en les livrant à une commission mihtaire.

» Suivant les instructions ministérielles que cette commission avait reçues, elle ne devait faire autre chose que de reconnaître l'identité de l'individu qui lui était présenté et, sur la vérification de ce fait, l'envoyer à la mort.

» Plusieurs de ces malheureux avaient déjà paru devant ce tribunal terrible et tous avaient subi la peine de mort. Plus de cinquante autres, qui étaient dans le même cas, devaient les suivre.

» Besançon était dans la stupeur et personne n'osait réclamer, lorsque je vins me placer entre les juges et les victimes : je fis un écrit ^ dans lequel je démontrai que, si les lois intermédiaires avaient assimilé les prêtres déportés aux émigrés, ces lois n'avaient pas d'application au personnel, mais scule-

1. 11 est intitulé : Opinion d'un jurisconsulte de Besançon sur la question de savoir si un prêtre inscrit sur la liste des émigrés, dans le cours de sa déportation, peut être considéré et traité comme émigré; de rimprimerie de Félix Charmet, in-S» de 41 pages.

— sèment à la disposition des biens; que si des administrateurs imprévoyants avaient inscrit les noms des déportés sur les mêmes listes que celles des émigrés, ce n'était là qu'une erreur matérielle qui ne devait pas tirer à conséquence, et que toutes les instructions ministérielles qui porteraient à le décider autrement, seraient elles-mêmes contraires aux lois.

» Ce mémoire fut fait sur la fin de pluviôse. J'y travaillais lorsque j'appris qu'un de ces malheureux devait être amené le lendemain devant la commission ; Je le fis imprimer à mes frais pendant la nuit ; il fut répandu avec profusion dans toute la ville dès le grand matin ; je le portai moi-même aux membres de la commission, que je haranguai dans la chambre du conseil avant l'ouverture de l'audience. L'opinion pubhque se manifesta avec le plus grand éclat, quoique sans tumulte ni désordre : le succès fut complet et le sang cessa de couler dès ce jour même. » ^

Proudhon ne s'en tient pas là. Enhardi par ce premier succès, il envoie son mémoire aux membres du Directoire, aux députés qu'il connaît, et bientôt le décret qui rendait les prêtres déportés justiciables du tribunal révolutionnaire est rapporté. 2

Un enthousiasme immense se manifesta chez tous les bons citoyens qui ne ménagèrent pas à Proudhon les témoignages de leur sympathie; on le félicitait à l'envi, les plus hardis l'embrassaient dans la rue, d'autres l'entraînaient dans des allées pour lui témoigner leur reconnaissance, et l'abbé de Chaffoy, vicaire général du diocèse, vint quelque temps après chez lui pour le remercier au nom do tout le clergé de la Franche- Comté. ^

Mais, tandis que la joie rayonnait sur la figure des honnêtes

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