‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 53 sur 134 · Éloge, p. HO · texte numérisé non relu

Éloge, p. HO

4. On sait qu'après avoir quitté l'île d'Elbe, le 26 février 1815, Bonaparte aborda le !«' mars au golfe Juan et rentra aux Tuileries le 20 du même

les étudiants en droit à se déclarer pour l'usurpateur », il répond qu'en fait, il a, au contraire, employé tous les moyens en son pouvoir « pour les soustraire à la contagion politique qui a éclaté à cette époque et les retenir dans le devoir de fidélité envers le roi. »

<r C'est le 7 mars, ajoute Proudhon, qu'on reçut à Dijon la nouvelle de l'arrivée de Bonaparte sur le sol français.

« Cet événement causa subitement une grande exaltation dans toutes les campagnes de la Bourgogne. <

» Je fus le premier à sentir la nécessité de redoubler de vigilance sur la conduite des élèves de l'Ecole et de tenir rigoureusement à l'observation de l'usage où nous sommes de leur interdire toute absence sans ma permission.

» Déjà même, j'étais convenu avec le maire de Dijon qu'à la commune on n'accorderait aucuns passe-ports aux étudiants, sans qu'ils fussent porteurs d'un permis par écrit de ma part ou d'un autre professeur en cas que je fusse absent.

» Le 9 mars, vers les dix heures du matin, trois étudiants se présentèrent chez moi pour avoir les permis par écrit convenus avec le maire. Ils me justifièrent d'ordres reçus de leurs parents pour se rendre dans leurs familles ; je trouvai leurs motifs suffisants, j'accordai les permis demandés et ils partirent.

^ r> Le lendemain 10, quelques autres étudiants se présentèrent de même chez moi, vers les onze heures, pour me faire la même demande; mais, n'ayant pas le temps de m'en occuper, je les invitai à repasser un peu plus tard. Ils ne

mois. C'est à cette date que commence la période historique connue sous le nom des Cent-Jours, pour se terminer le 22 juin, date de la seconde abdication.

1. Napoléon partit de Lyon le 13 mars; tandis qu'il s'avançait sur Mâcou un officier apporta la nouvelle que cette ville s'était soulevée et avait expulsé les autorités royales ; deux heures plus tard, on apprit, par une dépêche du général Heudelet, que Dijon, répondant à l'impulsion des villes voisines, venait de proclamer le rétablissement de l'Empire. A Chalon, Bonaparte fut reçu avec enthousiasme. (Thiers, t. XIX, p. 155, 164, 165.)

furent pas plutôt sortis qu'il s'en présenta d'autres, encore pour le même objet.

» La rapidité avec laquelle ils se succédèrent les uns aux autres me parut extraordinaire et éveilla mon attention. Je les renvoyai, comme les premiers, et j'en retins seulement un, sur l'ingénuité duquel je comptais plus particulièrement pour éclairer mes doutes.

y> Resté seul avec lui, je l'engageai à me dire la vérité, en lui déclarant que je croyais que les motifs qui les portaient à me demander des congés d'absence étaient le dessein d'aller au devant de Bonaparte. ^

» Ayant reconnu, par sa réponse, que j'avais deviné juste, je lui représentai que ce serait, de leur part, une démarche coupable et dont ils pourraient avoir à gémir amèrement dans la suite des temps. — Dites à vos camarades, ajoutai-je, que non-seulement je ne vous donnerai point les permis demandés, mais que je vous défends de vous alDsenter et que je suis sûr, qu'en cela, je me conforme au vœu de vos pères et mères.

» Le lendemain, j'invitai tous les membres de la faculté à se rendre à l'Ecole, en annonçant, par le ])illet de convocation, que j'avais une communication importante à leur faire.

» Tous se rendirent à mon invitation. Je leur exposai ce qui s'était passé entre moi et un certain nombre d'élèves, les soupçons que j'avais conçus, la vérification que j'avais faite; je leur dis] que j'avais appris que d'autres membres de la

1. Étrange contradiction! Tandis qu'à Dijon les étudiants désertaient l'École pour aller au devant de Bonaparte, les élèves de la faculté de droit de Paris adressaient à la Chambre une pétition dans laquelle ils demandaient à marcher pour la défense du souverain et de la constitution : « Nous ne voulons plus de fers, s'écriaient ces jeunes gens, nous voulons la liberté. Nous l'avons, on vient encore nous l'arracher. Nous la défendrons jusqu'à la mort Vive le Roi! Vive la Constitution! » Cette pétition est du 13 mars. Ce sont ces mêmes jeunes gens qui, du 14 au 17 du même mois, s'enrôlèrent en foule parmi les volontaires royaux et, au nombre de plusieurs centaines, accompagnèrent le roi jusqu'à Gand. (V. Thiers, Hist. du Consulat et de VEmpire, t. XIX, p. 192. - Nettement, Hist. de la Restauration, t. il, p. 113, 121, 162,' 169. — Villemain, les Cent-Jours. souvenirs contemporains, p. 4.)

faculté avaient, sans réflexion, accordé les permis que j'avais refusés; que cela pourrait compromettre l'Ecole et me compromettre spécialement moi-même.

» J'ajoutai que le chef du gouvernement serait dans une position bien malheureuse s'il pouvait être trahi par ses propres fonctionnaires; que nous étions les professeurs de S. M. Louis XVIII, que non-seulement nous ne devions pas le trahir, mais que nous ne devions pas souffrir dans nos élèves une conduite qui fût contraire à sa cause.

» Sur quoi, il fut résolu que pour retenir les élèves dans le devoir de fidélité au Roi, on ne leur accorderait aucuns permia de s'absenter, à moins qu'ils ne justifiassent de causes légitimes de congé. » *

Tout en veillant à sa propre défense, Proudhon prend également soin de justifier ses élèves qui étaient, comme lui, l'objet de mesures répressives. Ainsi, après avoir exposé que malgré sa prohibition, sur la fin de mars, c'est-à-dire à l'époque des vacances do Pâques, les étudiants désertèrent presque complètement l'Ecole, et ne rentrèrent que plus tard, en moins grand nombre qu'auparavant, il se hâte d'ajouter :

a C'est là une conséquence nécessaire du désordre universel qui régnait alors, et je dois dire, à l'honneur de cette intéressante jeunesse, que je n'ai point appris qu'en général, et dans l'intervalle, ils soient allés se joindre aux militaires qui se portaient au devant ou à la suite de Bonaparte.

» A Dieu ne plaise que j'entende porter un jugement calomnieux, même sur ceux qui m'ont demandé les permis exigés pour avoir des passe-ports. J'avais conçu un soupçon, j'ai cherché à éclaircir mes doutes, l'aveu d'un seul m'a servi pour arrêter la mesure générale.

» Je déclare ici, sous la foi de la religion et de l'honneur, dit Proudhon en terminant, que je n'avance rien qui ne soit de la plus exacte vérité '^ », et il le prouve par deux certificats,

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