Mém, justif. de 1816, p
Il y a plus, une fédération s'était formée à Dijon. Non-seulement Proudhon ne voulut jamais en faire partie, mais encore il défendit constamment aux étudiants de s'y enrôler. *
A l'accusation de ne fréquenter habituellement que des Jacobins, il répond : « Il faut que celui qui ose porter contre moi une aussi téméraire accusation soit bien étranger à la bonne compagnie; car, s'il en était autrement, il m aurait vu à la préfecture de la Côte-d'Or, chez M. Mole, plus souvent chez M. de Cossé-Brissac, et plus souvent encore chez M. Lecoutculx, où j'allais toutes les semaines au moins deux fois, faire une partie d'échecs. ~
» Voilà quelles ont été mes fréquentations habituelles pendant les soirées d'hiver que j'ai passées hors de chez moi; car, entièrement adonné aux travaux de l'instruction publique,
1. IdeiB. Note marginale de la main de Proudhon. Voici ce que dit Nettement (Hist. de la Restauration, t. II, p. 322) au sujet de ces fédérations : « L'empereur avait cédé à contre-cœur aux importunités de Carnot en autorisant les fédérations qui, d'abord nées en Bretagne parmi les populations des villes, s'étaient bientôt propagées dans la Bourgogne, la Lorraine, l'Alsace, le Dauphiné, et dans plusieurs autres départements. Mais cette agitation révolutionnaire que l'ancien membre du comité de salut public prenait pour de l'action, ne faisait pas illusion à Napoléon, Il y voyait peu de forces pour le présent et y prévoyait de grands périls pour l'avenir, si l'avenir lui demeurait. » C'est vraisemblablement à la suite des désordres occasionnés par ces fédérations que Napoléon prononça cette parole rapportée par M. Mole : «Je n'aurais jamais quitté l'île d'Elbe si j'avais prévu à quel point, pour me maintenir, j'aurais besoin de complaire au parti démocratique. »
2. Le comte Louis-Mathieu Mole, né en 1780, fils du président Mole de Champlatreux, fut nommé préfet de la Côte-d'Or le 10 novembre 1807 et remplacé le 19 février 1809 par Jacques-Félix Lecouteulx. Auditeur au Conseil d'État, baron de l'Empire, chevalier de la Légion d'honneur, Lecouteulx mourut à Dijon le i" avril 1812, à l'âge de 32 ans, des suites d'une maladie contagieuse qu'il avait contractée en sauvant d'un incendie, à l'hôpital des Capucins, des prisonniers espagnols atteints d'épidémie. — Le comte de Cossé-Brissac, qui lui succéda (1«' mai 1812), était encore en fonctions au moment de la chute de l'Empire.
La réponse de Mole aux félicitations que Proudhon lui avait adressées sur sa nomination aux fonctions de conseiller d'État, serait, au besoin, une preuve à l'appui de ses dires, s'ils avaient besoin d'être justifiés. (V. pièce justificative n» XXVI.)
je sors rarement. Je ne vais pas même au spectacle toutes les années une fois : je ne suis pas, heureusement, dans le besoin d'aller chercher le bonheur hors de mon intérieur ; c'est avec mes livres, mon épouse et mes enfants, que j'en éprouve le plus. » '
Ils ignoraient sans doute, ceux qui le traitaient de Jacobin, sa conduite pendant les plus mauvais jours de la Révolution. N'avait-il pas été exclu des fonctions publiques au moment où la secte des Jacobins fit sentir son influence sur les électeurs? Ne lui avait-on pas, à une autre époque, reproché d'avoir fait profession solennelle de la religion de ses pères ? N'avait-il pas, en l'an VI, au péril de sa vie, sauvé de nombreux membres du clergé franc-comtois? Ne fut-il pas, alors, soupçonné d'être en relation avec les émigrés, dénoncé au gouvernement et obligé de se justifier?
Proudhon termine son mémoire par le cri de Thonnête homme indigné :
« J'ai cinquante-six ans, j'en ai consacré vingt à l'instruction publique et, je puis dire, avec autant de succès que de zèle.
» Si je n'ai pas de grandes vertus, je n'ai jamais donné l'exemple du vice.
» Je suis père de famille, j'ai une épouse et quatre enfants, et je n'ai point acquis de fortune.
» Le voilà, Messieurs, le voilà tout entier, Thomme que vous avez à juger. » ~
En décembre 1815, Proudhon était à Paris ^, plaidant luimême sa cause et réunissant les attestations qu'il jugeait nécessaires à sa défense. Il s'adressa d'abord, on le comprend, aux membres de ce clergé franc-comtois, qu'il avait sauvé de