‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 6 sur 134 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

PROUDHON A l'école DE DROIT. SES DÉBUTS AU BARREAU.

Proudhon avait vingt-cinq ans lorsqu'il commença l'étude du droit civil : la législation n'était point alors, comme aujourd'hui, unique pour toute la France et réunie dans un corps de lois appropriées aux mœurs, aux usages, à la civilisation de l'époque. Avant la Révolution, tout jurisconsulte, vraiment digne de ce nom, devait connaître le vaste arsenal du droit romain, qui se pliait souvent fort mal aux applications modernes, les ordonnances do nos rois, les arrêts de règlement propres à chaque ressort de Parlement et enfin les coutumes, aussi nombreuses et aussi variées que les seigneuries où elles avaient pris naissance.

Grâce à l'habitude du travail et du raisonnement qu'il avait prise au séminaire, grâce à la puissance d'assimilation dont il était doué, Proudhon devint l'un des meilleurs élèves de l'université de Besancon.

Il faut bien le dire aussi, les professeurs de droit dont il suivit les cours étaient tous des hommes du plus grand mérite ' : Courvoisier, « cet esprit droit et ferme, imagination

1. Voici comment Proudhou apprécie lui-même ses professeurs, dans sa Biographie sommaire : « Je me suis voué à l'élude du Droit sous les très scivans et très honorables professeurs de l'université de Besançon, MM. Seguin,

Belon, Calf et Courvoisier, »

vive et féconde, auquel ne manquèrent ni les succès du professeur, ni le talent de lecrivain, ni les triomphes de l'avocat »; « j'ajouterai môme ni les douleurs de l'exil 2; Calf, qui professa de 1753 à 1791 et sur lequel nous n'avons pu recueillir aucun renseignements; Bclon, qui, au dire d'un contemporain, « se fit remarquer par une éloquence mâle et nerveuse, par des expressions, des tournures et des saillies qui lui étaient propres 4; „ enfin Seguin, qui, après avoir, jusqu'à quarante ans. défendu par sa parole et par ses mémoires les causes qui lui étaient confiées, obtint, à l'unanimité des suffrages, une chaire do droit, enrichit les annales de l'Académie de Besançon, dont il fut président, do nombreux travaux sur l'histoire de la province et laissa en manuscrit un excellent Commentaire des Institutes de JusUnicn, dont Proudhon, son élève favori, avait écrit la préface et qu'il publia plus tard. ^

Pendant sa première année d'étude, Proudhon apprit Vinnius en entier et se fit remarquer si avantageusement par son travail, que ses professeurs le dispensèrent de tout examen. Il ne se ralentit pas durant les années suivantes et bien que, de son propre aveu, ses habitudes à l'Ecole, fussent moins régulières

1. Estignard, p. 212. Le fils de Courvoisier fat plus tard ^arde des sceaux, sous Je règne de Charles X, et assista, ainsi que son fils, aux leçons de Proudhon. (Lagier, p. 29.)

2. En publiant en 1792 son Essai sttr les Constitutions du royaume de France, Courvoisier se compromit trop pour rester en sûreté dans son pays. Il émigra en Allemagne, où il continua sa vie de travail qui apportait un adoucissement à ses peines. (Villequez, les Écoles de Droit en Franche-Comté et en Bourgogne, dans la Revue de Législation. 1873. p. 77.)

3. On peut appliquer, à bon droit, au professeur Calf, qui vécut pendant de longues années à Besançon, où son père avait occupé une charge de conseiller au Parlement, cette pensée de Guizot : « Parmi toutes les expériences que j'ai faites de la légèreté humaine, une des plus pénibles a été de voir avec quelle rapidité les souvenirs s'effacent et le peu de traces qui restent, au bout de peu de jours, des meilleures vies et des plus honorées. «

4. Droz, Eloge de Claude-Antoine Belon. professeur de théologie à l'universilé de Besançon, frère du jurisconsulte. Celui-ci mourut en 1790.

5. Estignard, p. 151 et s. — Villequez, loc. cit , p. 07. — Snchaux, Galerie biographique de la Haute-Safine-, Vesoul, 1804, p. 308.

et moins paisibles qu'au Séminaire, le succès vint toujours couronner son travail. C'est ainsi qu'il montrait plus tard, avec un légitime orgueil, le Corpus de Godefroy et les Pandectes de Pothier, qui avaient été le prix de ses pacifiques triomphes. Sans doute Proudhon aimait les distractions de son âge ; mais il avait cette supériorité sur ses camarades, qu'il ne se livrait jamais au plaisir avant d'avoir fait une large part aux occupations sérieuses.

« Il avait coutume, dit M. Lagier, de régler pendant ses vacances le travail de l'année. Il le distribuait jour par jour, de manière à laisser du temps en réserve pour les maladies et les accidents imprévus, et jamais il ne lui est arrivé de se coucher sans savoir la tâche de la journée K » Il suffit, d'ailleurs, do jeter un coup d'œil sur les cahiers contenant le résumé de ses cours, pour constater l'exactitude avec laquelle ils sont tenus et rédigés '-; les questions discutées dans un concours entre licenciés, la liste des ouvrages indiqués par le professeur comme devant être utilement consultés pour l'étude du droit canon, tout y est consigné avec un soin qui dénote les qualités sérieuses du jeune légiste \ Aussi, dans les deux

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