Idem
un éloge public de Poncet et de ses collègues. Nous citons d'autant plus volontiers cette page, titre d'honneur pour l'Ecole de droit de Dijon, qu'elle a été supprimée dans les éditions des œuvres de Toullier postérieures à 1818.
« Je ne puis passer sous silence un trait qui honore infiniment les profcssseurs en droit de l'Ecole de Dijon. Leur doyen, le savant Proudhon, dont l'excellent ouvrage m'a été si utile,' fut, en 1815, dénoncé à la commission de l'instruction publique. L'inculpation était fausse, mais elle était grave. La commission de l'instruction publique le suspendit de ses fonctions de doyen et de celles de professeur; il partit pour Paris, se justifia, et fut réintégré dans les fonctions de professeur seulement.
» Aussitôt que ses collègues apprirent qu'il ne l'était pas dans celles de doyen, ils résolurent unanimement, à son insu et dans son absence, de ne point accepter le fauteuil, s'il leur était proposé. Ils firent plus; ils écrivirent à la commission pour demander que leur estimable doyen fût réintégré dans ses fonctions; et plusieurs fois, toujours à son insu, ils ont renouvelé leurs réclamations.
» Dignes professeurs, qui joignez à la science l'élévation de l'âme et la noblesse des sentiments, recevez l'hommage sincère de ma profonde estime! J'en dois un particulier au mérite, au désintéressement de M. Poncet qui, forcé de remplir provisoirement les fonctions de doyen et de supporter les ennuis et les embarras attachés à cette place, voulait absolument en laisser l'émolument dans la caisse de l'Université, afin de ne pas se rendre complice de l'injustice faite à son am'i. Je craindrais de blesser sa délicatesse, si j ajoutais comment ce louable scrupule a été levé. » ^
» M. Poncet n'existe plus. On peut révéler qu'il reçut cet
1. Toullier, Traité du Droit civil français, t. VIII, préface. Ce texte est reproduit dans le Journal de la Côte-d'Or. par Carion, n» du 2 août 1818 p. 424.
émolument pour le faire accepter à celui qu'une injuste disgrâce en avait privé. » *
Cette préface fit sensation à Dijon. « Quoique je n'aie pas encore votre huitième volume, écrit Proudhon à Toullier le 18 août 1818, je le tiens pour reçu et vous en fais mes remercîments, parce qu'il m'est annoncé par votre libraire de Paris, qui doit l'envoyer ici incessamment à un de ses correspondants.
» Un libraire de Dijon en a déjà reçu une douzaine; mais le premier coup d'œil qu'on a jeté sur la préface a fait une telle sensation, que la douzaine a été enlevée dans la première matinée; et c'est par cette raison-là même que je n'ai pas reçu le mien.
» Vous voyez par là, mon cher collègue, qu'il existe, sans qu'on s'en doute, des sentiments d'affection entre les braves gens de tous les pays. Votre Préface a réveillé ici tous les sentiments d'intérêt qu'on vous porte, et on a été généralement content de la manière dont vous avez su vous placer au dessus de ceux qui ont voulu abaisser un homme tel que vous.
» En vous marquant cela, je ne vous complimente point; je ne fais que vous manifester historiquement l'opinion que j'ai vu éclater de toutes parts, sur l'injuste disgrâce que vous souffrez. » -
Pendant le temps que dura cette situation, les plus puissantes influences ne cessèrent d'agir en faveur de Proudhon, qui s'abstint de faire aucune demande directe tendant à sa réintégration ^. Dans ses instants d'épanchement, il rappelait souvent le touchant intérêt que lui avait porté l'un des