‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 65 sur 134 · V. pièce justif. n» XXXVII · texte numérisé non relu

V. pièce justif. n» XXXVII

2. V. même pièce justif. — Les membres de la commission de l'instruction publique eux-mêmes savaient bien à quoi s'en tenir sur ces exagérations. Le 18 décembre 1816, Silvestre de Sacy écrivait à Proudhon : « Je suis convaincu, Monsieur, que votre réintégration (comme professeur) n'a point été un scandale, quoi qu'en disent certaines personnes, et je n'ai là dessus aucune inquiétude. S'il y a eu du scandale, il n'est pas là et les gens impartiaux de Dijon doivent le savoir. » (V. pièce justif. n° XXXVI.)

3. Lettre de M. Bertbot, recteur de l'Académie de Dijon, du 7 avril 1817.(Arch. fam.)A cette accusation, Proudbon répond : « Qu'entend-il par là? Quelle peut être sa pensée? L'année dernière, il y avait seulement environ 120 étudiants à l'École de Dijon. Nous en avons actuellement 209, qui, en général, se comportent si bien que, jusqu'à présent, il n'y en a pas eu un seul aux prises avec la police. Cet accroissement n'est qu'une suite naturelle des circonstances, parce que l'année dernière l'École était désorganisée, tandis qu'elle est au complet aujourd'hui. Dans tous les cas, comment le recteur de l'Académie pourrait-il être en droit de s'en affliger et de m'en faire reproche? » (Lettre à la commission de l'instruction publique du 10 mai 1817. Arch. fam.)

4. Cette époque est fixée d'une manière certaine par la lettre de Proudhon aux membres de la commission de l'instruction publique, du 9 mai 1817. C'est donc par erreur que M. Villequez, p. 105, place cet incidept au 5 décembre 1816, veille de la fête de saint Nicolas.

personnes voulurent trouver dans ces réunions, dont le but était si naturel, une assemblée tumultueuse, contraire à la tranquillité publique et au maintien de l'ordre; pour éviter toute complication, les professeurs refusèrent l'invitation et dissuadèrent les élèves de réaliser leur projet. Ceux-ci se rangèrent à l'avis de leurs maitres et n'allèrent chez le restaurateur que pour décommander le dîner '. Cependant, tels étaient les sentiments de ces jeunes gens, qu'après s'être demandé à qui ils offriraient la présidence de leur banquet, ils avaient décidé qu'il n'y aurait qu'un vice-président ; que les rois seuls pouvaient présider à leur fête et que le buste de Louis XVIII, avec cette devise : In me fidite, cives, incedo cum legihus, occuperait la place d'honneur. Sur leur demande, la pièce : le Roi et la, Ligue ^ devait être représentée le même soir au théâtre. Le programme portait également l'annonce d'une cantate composée par l'un d'eux en l'honneur du roi.

Voilà les faits que l'on travestissait en délits politiques et que l'on invoquait contre la réintégration du doyen,

A la même époque, le 5 janvier 1817 ^ la représentation

1. Le dîner était déjà commandé à l'Hôtel du Chapeau-Rouge, le premier da la ville à cette époque, dit M. Villequez, p. 106.

2. Le Roi el la Ligue, opéra comique, paroles de MM. Théaulon et d'Artois, musique de Boscha. La première représentation, à Dijon, eut lieu le 24 mai 1816. Cette pièce, toute de circonstance, contient une série d'allusions dans lesquelles, sous le nom de Henri IV, on fait l'éloge de Louis XVIII. En voici un exemple :

Grand par son nom, par sa naissance, Respectable par ses malheurs.

Rien n'est égal à sa clémence, 11 veut régner sur tous les cœurs.

Je sais qu'il doit, par sa présence, Rendre le repos à la France.

Voilà pourquoi

J'aime le Roi.

3. Et non le 5 février, comme le dit par erreur M. Villequez, p. 106. — <( On suppose, dit Proudbon dans une lettre du 3 avril 1817, aux membres de la commission, que la scène scandaleuse dont il s'agit a eu lieu le 5 février, tandis que c'est au spectacle du o janvier qu'elle s'était passée el qu'elle était oubliée depuis longtemps. »

théâtrale fut tumultueuse; des Jeunes gens du parterre applaudissaient un acteur que les officiers de la garnison sifflaient avec persistance; quelques injures furent proférées contre les militaires qui, pour s'en venger, sautèrent dans le parterre et mirent en fuite tous ceux qui s'y trouvaient ^ Le préfet fit baisser la toile et évacuer la salle. L'officier qui parut le plus compromis fut mis aux arrêts, et cette scène, toute spontanée, était depuis longtemps oubliée quand la commission d'instruction publique, à laquelle on avait représenté les étudiants comme des séditieux et leur ancien doyen comme le fauteur de ce désordre, adressa à Proudhon des observations d'une incroyable dureté 2. Blessé dans ses sentiments d'honnête homme, injustement et grossièrement accusé, il en réfère à ses collègues. La faculté se réunit, le 4 avril 1817, sous la présidence de Poncet et prend connaissance de la correspondance. Après en avoir délibéré, elle décide à l'unanimité : 1° que, non-seulement Proudhon est un professeur distingué, mais qu'il a toujours été considéré <i comme un sujet paisible, sédentaire, régulier, ami de tous ses devoirs et en donnant l'exemple. » 2° qu'en général, il règne un très bon esprit parmi les étudiants ; 3° que la scène tumultueuse qui s'est passée au théâtre de Dijon dans le cours de l'hiver et qui a été présentée à l'autorité supérieure comme un scandale politique, était oubliée depuis longtemps, « qu'aucun des membres de la faculté de droit ne fréquente le spectacle; qu'en conséquence il ne peut leur être permis de déclarer par eux-mêmes autre chose à cet égard, sinon que, d'après les rapports du temps et la notoriété publique, cette

i. Pendant les premières années de la Restauration, l'exaltation des partis était extrême et, dès qu'ils se trouvaient en présence, ils en venaient aux mains. C'est ainsi qu'en 1818, à Paris, une rixe s'éleva également au théâtre pendant la représentation de la tragédie de Germanicus, d'Arnault, alors exilé.

2. V. lettre du 27 mars 1817 et la réponse de Proudhon. (Pièces justif. n"» XXXVIII et XXXIX.)

rixe n'a été qu'un événement spontané, sans relation avec aucune circonstance politique. »

Il fut décidé en outre que, pour répondre à l'étrange inculpation qui pesait sur Proudhon et pour éclairer l'autorité supérieure sur la vérité des faits, Poncct, qui faisait provisoirement fonction de doyen, serait chargé de demander officiellement au nom de la faculté, aux diverses autorités locales, leur opinion sur les causes et les circonstances de la rixe, pour être ultérieurement délibéré ce qu'il appartiendra. *

Les archives de l'Ecole de droit conservent l'original des réponses qui furent adressées par le lieutenant général commandant la dix-huitième division militaire -, le maréchal de camp commandant le département de la Côte-d'Or ^, le recteur de l'Académie de Dijon *, le maire de la ville -^ l'un des adjoints '', le commissaire général ' et le commissaire spécial de police. ^

Tous ces rapports, y compris ceux du lieutenant général et du maréchal de camp donnent tort aux officiers et reconnaissent que cette scène n'était pas préméditée.

Il fallait bien peu connaître Proudhon pour le croire capable de s'abaisser à de semblables manœuvres. Mais, à cette époque, où le gouvernement de la Restauration était sans cesse en butte aux conspirations et aux complots, où des germes de division et de haine étaient partout dans l'air, où le renversement d'un grand nombre d'existences, résultat des changements politiques, créaient des mécontents, on comprend que le moindre désordre ait paru d'une gravité exceptionnelle.

Cependant Proudhon dut encore se justifier. La faculté mit

Page 1