V. pièce justif. n» XLII
votre Préface eût contribué à cela, et si nous avons deviné juste, ce premier pas fait à mon égard est une grande raison pour espérer qu'on vous rendra aussi justice à vous même, ce à quoi nous attachons beaucoup d'importance ; car vous jouissez ici de la grande considération qui est due à vos vastes connaissances.
» Je vous embrasse de tout mon cœur,
» Proudhon. »
a P.-S. Ma réintégration m'a coûté quelques bouteilles de bière et deux ou trois plats de croquets que j'ai fait boire et manger à une troupe de musiciens qui sont venus, conduits par la jeunesse de la ville, me donner une très belle sérénade, à laquelle ont assisté un grand nombre de dames. Nous y avons porté à votre santé, en attendant que vous puissiez en faire autant pour nous. C'est donc là un article que je ne devais pas oublier. » ^
Cette petite fête eut lieu le 13 août. Quand la musique exécuta l'air : Où peut-on être mieux..., de chaleureux applaudissements prouvèrent à Proudhon qu'il se trouvait réellement au milieu d'une famille qui le chérissait autant qu'elle le vénérait. ^
On devait également donner une sérénade à Poncet, pour lui témoigner combien sa conduite noble et délicate envers son ami avait causé d'admiration et lui avait acquis de sympathies. La maladie grave d'un membre de sa famille fut le seul obstacle à cette manifestation. ^
1. Lettre du 18 août 1818. Touiller ne fut réintégré dans ses fonctions de doyen qu'après la révolution de juillet 1830. {Notice sur C.-B.-M. Toulliir. par J.-B. Duvergier; Paris, 1836.)
2. V. le Journal de la Côte-d'Or, par Carion, n»" des 13 et 16 août 1818.
3. Poncet reçut à l'occasion de la réintégration de Proudhon la lettre sui vante : « Commission de l'instruction publique; — Paris, le 7 août 1818. Monsieur, la Commission vient de décider que M. Proudhon reprendrait les fonctions de doyen de la faculté de droit de Dijon. Elle sait combien cette
Ce fut un bonheur pour les élèves de Proudhon do pouvoir reprendre le cours des manifestations sympathiques qui, avant 1815, se reproduisaient, chaque année, le jour de sa fête. Ces épanchements furent malheureusement troublés par des poursuites universitaires dirigées contre quelques étudiants qui s'étaient mêlés aux événements politiques. « On les priva de leurs grades, on compromit leur avenir pour des actes où les hommes sages ne virent que la légèreté de la jeunesse ' ». Proudhon ne pouvait retenir ses larmes en voyant ces Jeunes gens victimes d'un instant d'égarement. Le professeur en souffrait et la prospérité de l'Ecole fut ralentie dans son essort ^ ; il fut même question d'en transférer le siège à Besançon. ^
Ce système de persécution n'était pas fait pour gagner entièrement Proudhon à la cause de la Restauration. Tout en l'acceptant, il dut conserver dans le fond de son cœur un reste de sympathie pour l'Empire et il vit, on doit le supposer, sans déplaisir l'avènement de la monarchie de juillet ^. Sa correspondance avec Toullier, qui avait perdu, comme lui, le décanat, avec Royer-Collard qui, tout en acceptant franchement la monarchie des Bourbons, représentait les idées de 1789 ^, avec le député Labbé de Pompierre, qui fit toujours partie de
réintégration, que vous avez constamment sollicitée, vous sera agréable. Elle vous doit des témoignages de satisfaction pour la manière dont vous avez rempli ces mêmes fonctions depuis près de trois ans. Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée. Le président de la commission : ROYER-coLLARD. — A M. Poncct, professeur à la faculté de droit de Dijon. » (Communiqué par M. H. Beaune, procureur général à Lyon.)