Lagier, p
3. Lorain, p. 21. — Voici le fait dont il s'agit : Lorsque, tous les trois ans, Proudhon, recommençant une nouvelle période de cours, expliquait à ses élèves l'article l" du Code civil et l'ordonnance du 27 novembre 1816, concernant la promulgation des lois, il répétait cette phrase un peu barbare : La promulgation des lois sera réputée connue un jour-s-après que le Bulletin des lois aura été reçu de l'imprimerie royale par le ministre de la justice.
4. Art. 43. (I Chaque professeur du droit français divisera son cours trienual sur le Code civil ainsi qu'il suit : la première année, après un précis histo-
dérables et, devançant pour ainsi dire les résultats d'une longue expérience, il appliquait déjà le système qui est universellement adopté aujourd'hui. Au lieu de consacrer, comme le voulait le règlement, la première année de son cours triennal à l'exposé historique des variations du droit français et à l'explication élémentaire de toutes les matières composant le Code civil, et les deux années suivantes à un cours plus approfondi sur ce même Code, Proudhon expliquait le premier livre pendant la première année, le second et une partie du troisième pendant la seconde, et pendant la troisième période, la fin du Code. « Cette méthode, dit-il, m'a paru contribuer particulièrement au progrès des élèves. » '
Avant de commencer l'explication d'un chapitre du Code, Proudhon en lisait d'abord tous les articles, indiquait le sens littéral du texte et en expliquait les termes scientifiques ; puis il signalait les autres articles avec lesquels celui qu'il commentait pouvait avoir quelque relation ; s'ils ne paraissaient pas concorder au premier abord, il les conciliait en faisant comprendre par des hypothèses la diversité de leurs applications.
Après avoir ainsi donné, dans plusieurs leçons, l'intelligence matérielle de la loi, il reprenait l'explication du chapitre tout
rique des variations de notre droit français, il expliquera, d'une manière purement élémentaire, la totalité des matières du Code civil. Il suffira, pour cette première année, que l'étudiant entende bien le texte et connaisse parfaitement les principes généraux, l'ordre et la liaison des matières. » En marge de cet article, Proudhon écrivit ces mots : Impossible, inutile.
Art. 44. « Après cette première année, le professeur fera un cours plus approfondi de Code civil; mais il en partagera les matières en deux cours, qui auront lieu les deux années suivantes. Dans le premier, il expliquera les deux premiers livres du Code et les deux premiers titres du troisième livre; dans le deuxième, il continuera l'explication du Code, à commencer du troisième titre du troisième livre jusqu'à la fin. Dans ces deux derniers cours, le professeur pourra se livrer à tous les développemens qu'il jugera nécessaires et qui auront pour objet de bien faire connaître les motifs de la loi, son esprit, son origine et son application, en la conférant avec le droit romain, et même, autant qu'il sera nécessaire, avec les législations étrangères. »
1. Rapport au grand maître de l'Université, du 25 mars 1809. (Arch. fam.)
entier, divisait méthodiquement la matière et s'efforçait d'inculquer à ses élèves les idées mères d'où dérivent les conséquences qui doivent servir aux applications de détail.
Cette méthode nous semble excellente, non-seulement pour provoquer la réflexion et le raisonnement de la part des étudiants, mais encore pour soulager leur mémoire, parce qu'un principe bien compris est une chose facile à retenir et, d'ailleurs, une science est bien près d'être acquise, quand celui qui l'étudié est arrivé au point d'en pouvoir faire seul une judicieuse application.
Si Proudhon innovait dans sa méthode d'enseignement, et abandonnait le système des cahiers dictés aux élèves, il conservait scrupuleusement les anciennes traditions dans ce qu'elles avaient de respectable et de fondé. Ainsi, jamais il ne se départit de la règle qui obHgeait un étudiant, subissant un examen de droit romain, à répondre en latin. « Un mot de français échappé au candidat, lui attirait immédiatement l'apostrophe restée traditionnelle : Cum de jure romano loquimur, llngioam galUcam non cognosco. » *
Tandis qu'à Paris l'Ecole de droit était le théâtre de scènes scandaleuses occasionnées par les hardiesses d'un professeur médiocre, mais altéré de popularité, qui, ne craignant pas de transporter la politique dans sa chaire, faisait des excursions sur la déclaration des droits de l'homme, la conduite des émigrés et celle de la majorité de la Chambre en 1815; ou bien attaquait les dispositions du Code pénal, en critiquait les principes et, au lieu d'enseigner les lois à ses élèves, leur apprenait à les mépriser -, Proudhon ne parlait jamais de notre
1. Villequez, p. 71. — Le lûême auteur cite encore, à ce propos, la phrase suivante adressée par un collègue de Proudhon à un élève qui perdait, au milieu d'un petit dédale de barbarismes, le fil conducteur : Perge, perge; sumus philosophoSj licet FonoARK verbos.
2. Nous voulons parier de M. Bavoux, chargé des cours de procédure civile et d'instruction criminelle. La nouveauté de sou enseignement plut à un grand nombre de jeunes gens, flattés de se voir transformés en législa-
législation qu'avec un respect religieux, qui inspirait le désir de la connaître et en faisait aimer l'étude. Il avait déjà reconnu les erreurs et les omissions du Code civil, mais il se gardait bien de les signaler, dans la crainte d'attiédir le zèle de ses élèves, d'affaiblir leur croyance à la loi nouvelle et d'arrêter ainsi leurs progrès. Aussi, avec quel empressement on venait écouter ses leçons !
Affable pour tous, il estimait les uns sans dédaigner les autres, et savait distinguer le talent sans décourager la faiblesse. Abdiquant, après la leçon, toute supériorité, il redevenait l'ami de ses élèves et quittait l'Ecole entouré d'eux comme un père de ses enfants. Comme il les surveillait ! Comme il les soutenait de ses conseils ! S'il n'avait pu les maintenir dans la bonne voie, tous ses efforts tendaient à les y ramener. Il recherchait les plus studieux et les admettait à travailler chez lui : tous étaient sûrs dy trouver une affection sincère et éclairée. Aussi, que de lettres de remercîments ne reçut-il pas, pendant sa longue carrière, de mères de famille reconnaissantes ?
Un étudiant, après avoir épuisé un peu trop follement peutêtre ses ressources mensuelles, n'osait-il pas s'adresser à sa famille? Jamais il ne frappait en vain à la porte de Proudhon, qui fut, parfois, dupe de sa générosité.
Quelque manifestation bruyante était-elle sur le point de se produire? Un mot du bon Doyen suffisait pour calmer cette ardente jeunesse.
leurs. Ils applaudirent; d'autres sifflèrent. De là des troubles, surtout à la leçon du 24 juin 1819. Le doyen de l'École, M. Delvincourt, qui avait inutilement averti M. Bavoux de se tenir dans les limites du programme de son cours, entra dans la salle et, n'ayant pas réussi à apaiser le tumulte, déclara le cours suspendu. Le professeur protesta, les perturbateurs poursuivirent le doyen de leurs huées. La commission d'instruction publique approuva la conduite du doyen, prononça la suspension du professeur et plus tard la fermeture de l'Ecole. M. Bavoux et plusieurs élèves furent arrêtés et traduits devant la cour d'assises. Le jury les acquitta, (V. sur cet incident l'Histoire de la Restauration, par M. A. Nettement, t. V, p. 135 et suiv.)
Une mesure disciplinaire était-elle proposée contre un étudiant égaré? Proudhon devenait aussitôt son meilleur avocat. On l'a vu verser des larmes lorsqu'il ne pouvait parvenir à éloigner le châtiment de la tête du coupable. *
Loin d'imiter ces vieillards chagrins qui considèrent toujours le temps présent comme une période de décadence, il disait : « Laissez dire ces laudatores temporis acti : j'en suis comme eux, et je soutiens que la jeunesse d'aujourd'hui est plus laborieuse et mieux élevée qu'autrefois. » 2
C'est auprès de ses élèves qu'il venait se reposer des fatigues de la composition et c'est à eux qu'il offrait les prémices de ses travaux. Que de fois n'excita-t-il pas leur admiration par la lecture d'une page de ses futurs traités ? Aussi, comme ils s'associaient à une renommée dont ils se considéraient comme les premiers auteurs et qu'ils étaient fiers de voir grandir chaque jour! Heureux ceux qui pouvaient se dire élèves de Proudhon. C'était alors et c'est encore aujourd'hui un préjugé favorable à ceux qui peuvent s'en vanter.
Non-seulement Proudhon entourait de conseils ses élèves pendant leur séjour à Dijon, mais il les suivait encore lorsqu'ils s'en étaient éloignés. Nous pourrions citer de nombreux exemples de cette sollicitude paternelle; un seul suffira pour les faire connaître tous : Bugnet, qui avait passé trois ans chez lui comme précepteur de ses fils, affronta successivement, en 1822 et en 1826, devant la faculté de droit de Paris, les épreuves du concours pour la suppléance et le professorat. Deux fois il sortit victorieux de la lutte. On est touché en lisant les lettres que le jeune candidat adressait à son ancien maitre ^, et on regrette de ne pas connaître les encouragements et les conseils qui motivaient ces épanchements où se retrouvent, avec les anxiétés de l'attente et les joies du succès, les