‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 84 sur 134 · Lagier, p. HO · texte numérisé non relu

Lagier, p. HO

3. Ortolan, Explication des Inslitutes de Jusiinien, 6» édit. 1857, t. I, p. 329, 00 443. Eyssel, Doneaii, sa vie et ses ouvrages; Dijon, 1860, p. H.

— ^29 raisonnement y est net, précis, logique; on y sent la main d'un maître. Sans rechercher si les arrêts ont statué dans un sens ou dans l'autre, l'auteur va droit à son but, à l'aide de la seule raison, basée sur les principes. Plus connus et étudiés avec soin, ces documents seraient, encore aujourd'hui, d'excellents guides sur les matières que Proudhon n'a pas traitées dans ses œuvres. Souvent la lecture de ces consultations a entraîné le désistement des parties adverses. ^

Bien loin d'imiter les docteurs des écoles italiennes du moyen âge qui allaient d'université en université, clierchant à se distinguer, moins par la science que par l'art de la parole, Proudhon ne connaissait pas l'ambition. Sur les quarantedeux années de sa vie qu'il a consacrées à l'enseignement, il en passa trente-deux à l'École de droit de Dijon.

Sans doute, en 1819, sollicité par quelques amis du vallon d'Ornans, Proudhon consentit à se laisser porter comme candidat à la députation 2, sans doute aussi, à la même époque, il fut question de lui, pour un siège à la Cour de cassation ^, ou pour l'une des chaires récemment créées à la faculté de droit de Paris ^ mais il regardait froidement le nouvel horizon

1. Proudhon à Toullier, lettre du 28 mai 1821. Lagier, p. 134.

2. Le H et le 12 septembre 1819, il fut procédé, dans le département du Doubs, à l'élection de deux députés. Sur 696 électeurs inscrits, il y eut 551 votants et 145 abstentions; la majorité était de 276. Courvoisier, procureur général à Lyon, député sortant, fut réélu par 360 voix ; Clément, député sortant, fut également réélu par 324 voix. Les autres suffrages se répartirent ainsi : Chifflet, président à la cour royale de Besançon, 175 voiX; de Terrier- Santans, maire de Besançon, 118 voix ; Proudhon, doyen de la faculté de droit de Dijon, 85 voix; quelques suffrages s'égarèrent sur des noms insignifiants. (V. l'Annuaire du Doubs pour l'année 1820.) Proudhon s'attendait à ce résultat, car il écrivait à Toullier, le 23 août 1819 : « Nos élections s'approchent; on prétend que j'aurai des suffrages dans le département du Doubs; mais il y a beaucoup d'intrigues, m'a-t-on dit, pour faire tomber un plus grand nombre de voix sur un autre candidat. » (Lagier, p, 122.)

3. Toullier à Proudhon, leltre inédite du 4 mai 1821. V. pièce just. n» L.

4. V. l'ordonnance royale des 24 mars-14 avril 1819, concernant l'École de droit de Paris. «J'ai fait tout comme vous, écrit Proudhon à Toullier; je n'ai rien demandé. A bien dire, je ne sais que par des voies indirectes qu'il

qui s'ouvrait devant lui : « Si j'allais à Paris comme professeur, écrivait-il àToullier, la députation me conviendrait ; sans cela, rien ne pourrait me la faire accepter ^ ». Il n'eût consenti à s'expatrier que pour retrouver, sur un plus grand théâtre, et ses études favorites et de nouveaux élèves. Cet espoir, un instant caressé ne se réalisa pas, et nous verrons plus tard qu'il n'eut pas lieu de le regretter. Proudhon devait finir ses jours au milieu des siens, presque dans son pays natal.

Et s'il y marqua aussi profondément la trace de son passage c'est qu'il portait bien haut la dignité de ses fonctions. Ecoutons ce qu'il pensait de la question des leçons particulières données par les professeurs de droit :

a été question de moi à la commission de l'instruction publique par suite de la débâcle de l'École de Paris. » (Lettre du 23 août 1819. Lagier, p. 122.) Voulant savoir ce qu'il y avait de fondé dans ce bruit, Proudhon écrivit à Royer-Collard, qui était président de la commission provisoire de l'instruction publique depuis 1815, et qui avait signalé son administration par d'importantes améliorations. Mais Royer-Collard était sur le point de quitter cette fonction. L'insuffisance de son titre, peu en rapport avec sa haute position à la Chambre, amenait une insuffisance de pouvoir qui le découragea. Fatigué d'une responsabilité sans puissance, il écrivit en septembre 1819 au ministre, en lui envoyant sa démission, « qu'il regardait l'administration actuelle de l'Université comme épuisée, et qu'aux prises avec les partis, avec le clergé, avec les agents de l'administration, elle était condamnée au naufrage, si elle ne changeait pas de pavillon. » (Nettement, Hist, de la Restauration, t. m, p. 2fi8, 296 et suiv. IV, p. 136, 464 et suiv. V. p. 159 et suiv.)

Le 28 août 1819, Royer-Collard faisait déjà pressentir sa résolution, quand il écrivait à Proudhon : « Les nominations ne se feront que le mois prochain et il n'est pas sûr que ce soit l'influence de mon opinion personnelle qui les dirige. » Il faisait aussi allusion à sa démission, lorsqu'il mandait à Proudhon, le 25 septembre suivant : « Personne ne comprendra mieux que vous que je me fasse une règle de conduite de m'abstenir aujourd'hui de toute influence directe dans l'administration de l'instruction publique, puisque je n'ai pas cru pouvoir y rester avec sûreté et avec honneur. » Enfin, le 5 février 1820, il disait encore à Proudhon : « La lettre que vous avez eu la bonté de m'écrire est une consolation de ma retraite. » Et plus tard : « Ce qui me serait vraiment difficile et même impossible, ce serait de parler et d'agir autrement que je ne fais. » (Lettre du 29 août 1824.)

Voir sur cet incident les quatre lettres de Royer-Collard que nous donnons aux Pièces justificatives, no^ XLV à XLVIII.

Page 1