‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 88 sur 134 · Lagier, p. 47. — Estignard, p. 319 et suiv · texte numérisé non relu

Lagier, p. 47. — Estignard, p. 319 et suiv

2. Lettre du baron de Gagera, ministre d'État du duché de Nassau, datée de Weilbourg le 25 mars 180S.

3. Au dos de la pièce précédente, on lit la note suivante, écrite de la main de Proudhon : « J'avais reçu aussi des ministres des principautés de Hauau et de Baden, des lettres que je n'ai pas retrouvées. »

4. Notamment MM. Hoffman, fils d'un conseiller de préfecture du grandduc de Francfort; Rosman, fils d'un conseiller à la cour suprême de la même province, professeur de droit romain j Koppj Philippe-Charles Kleiner, et Jean-Louis Haas. (Lettres du grand-duc de Frapcfort des 10 septembre 1810 et 10 septembre 1811.)

0. Charles de Dalberg, prince-primat de l'Église catholique d'Allemagne, président de la Confédération du Rhin, grand-duc de Francfort, prince de Francfort, d'Aschafifembourg, de Fulde, de Hanau, etc.

6. A. Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire, t. IV, p. 109, et t. VI p. 472.

sommes-nous étonnés, ni de la confiance qu'il accorde à Proudhon, ni des félicitations et du souvenir qu'il lui adresse à l'occasion de la publication de son Traité sur l'état des personnes. *

En parcourant la correspondance de Proudhon avec les princes allemands et les parents des élèves qui lui étaient confiés, on est frappé de l'intérêt qu'il porte à ces jeunes étrangers et de la bonté avec laquelle il fournit dans leurs plus minutieux détails les renseignements qui lui étaient demandés. ^

En dehors de l'Ecole, Proudhon conservait sa simplicité et sa bonhomie. Il ne perdit jamais les habitudes un peu rudes de son enfance et ne chercha môme pas à se plier à celles des salons ; à peine imaginait-il qu'elles différaient des siennes. Bien qu'il ne fût pas attiré par les plaisirs mondains, il les comprenait chez les autres. Il chercha même, un jour, au péril de sa hberté, à procurer une réunion de ce genre à l'un de ses amis. C'était pendant qu'il remplissait, à Besançon, les fonctions de juge. La Terreur venait de finir, et bien que la

1. Le 26 janvier 1810, le prince-primat écrivait à Proudhon : « Monsieur, je lis et je médite votre ouvrage, dont la clarté, la précision, le développement de l'application m'est utile ainsi qu'à tous ceux qui se vouent à l'étude de la jurisprudence. Je vous prie de ne pas dédaigner le témoignage ci-joint de ma gratitude et d'être persuadé de la considération parfaite, etc. Charles, prince-primat. » Au verso de la lettre, on lit ces mots écrits de la main de Proudhon : « Cette lettre du prince-primat était accompagnée d'une très belle tabatière en or, qu'il m'a envoyée et que j'ai reçue, franche de port, le 29 janvier 1810. (Doc. inédits, Arch. fam.)

2. V. notamment la lettre du baron de Gagera déjà citée, et la réponse de Proudhon du 5 avril de la même année. Proudhon évalue la dépense probable d'un étudiant à Dijon à la somme de lOil fr. par mois, y compris la nourriture, le logement, le blanchissage et le chauffage en hiver ; mais non les dépenses d'entretien pour habillement et autres objets, ni les frais de grades. « Il y a, ajoute Proudhon, à Dijon, deux pensions composées seulement chacune de cinq pensionnaires, dans lesquelles on ne reçoit que des personnes de bonne société. » Nous n'avons pas cru inutile de donner ces détails, qui permettront de constater dans quelle proportion les dépenèe? d'un étudiant ont augmenté depuis le commencement du siècle.

sécurité ne fût pas encore complète, la France, si longtemps contenue, éprouvait le besoin de se réjouir bruyamment d'une délivrance inespérée. Un grand bal devait réunir, à quelques jours de là, toute une brillante jeunesse; mais quelqu'un manquait à la fête : c'était un membre de l'administration départementale, ami de Proudhon, arrêté avec plusieurs de ses collègues, sous inculpation d'avoir illégalement rayé certains émigrés de la liste et conçu le projet de leur livrer la citadelle de Besançon. Comme chacun déplorait l'absence du^ jeune administrateur, beaucoup plus ardent au plaisir qu'à révolutionner l'Etat : « Il sera des vôtres, dit Proudhon, sans communiquer son dessein ; laissez-moi faire. » A ces mots il se rend à la prison et, s'adressant au geôlier dont la tolérance lui permettait quelques rares entrevues avec son ami, il lui dit : « Laissez-le sortir pour cette nuit, je reste à sa place, et demain matin il reviendra se constituer. » Mais il avait trop espéré du gardien, qui fut inflexible. Quelques temps après, le jeune administrateur sortit de sa prison. Il survécut à son ami et se plaisait à raconter cet exemple bien rare et bien touchant d'une sincère affection. ^

Si Proudhon n'était pas homme du monde, il aimait cependant la bonne compagnie, et nous connaissons déjà ses relations suivies avec les préfets qui se sont succédé à Dijon de 1806 à 1815. Mais il fréquentait leurs salons plutôt dans l'intimité que les jours de réception. Se trouvait-il dans une réunion un peu nombreuse ? Parfois il tenait une conversation frh'ole et vulgaire, qui n'eût certes pas fait reconnaître le savant doyen ; parfois, au contraire, absorbé par ses pensées, il se tenait à l'écart, ne disait rien à personne, parlait seul et se retirait bientôt.

Proudhon ne sortait jamais pendant le jour que pour aller

1. Ce jeune administrateur se nommait Jean-Marie Voisard ; il avait fait partie de l'Assemblée constituante en 1789 et en était le plus jeune membre. « Je l'ai connu intimement, nous écrit M. C. Proudhon, et il m'a plusieurs fois raconté ce fait. » (Lettre du la janvier 1875.)

à l'Ecole de droit, ou le dimanche à la messe dans sa paroisse ^ Tout son temps était consacré soit à écrire, soit à dicter ses consultations et ses ouvrages.

Même au milieu de ses livres, il aimait à être entouré de ses enfants; leur présence ne troublait pas ses méditations. a II était doué d'une telle puissance de réflexion, dit M. Lagier, que souvent ses fils ou ses élèves se trouvaient depuis plusieurs heures dans son cabinet sans qu'il les eût aperçus. » ^

Le soir, il ne travaillait jamais ; parfois, il allait à la promenade ou chez un ami ; le plus souvent il s'entretenait avec ses enfants et, dans une conversation tantôt gaie, tantôt sérieuse, il cherchait à leur inspirer l'amour du travail ^. Aussi, n'cst-on pas surpris, quant on connaît les mœurs patriarcales qui ont présidé à leur éducation, qu'après avoir fait la consolation et la joie de leur père, ils aient continué et continuent encore ses respectables traditions.

Les ouvrages d'histoire, les mémoires contemporains et

i. S'il était tenu de quelque visite officielle, il la faisait à la hâte et s'il ne trouvait pas la personne demandée, sa démarche était constatée avec une simplicité particulière. Ses cartes de visites consistaient en un petit carré de papier sur lequel il écrivait lui-même son nom; la reproduction ci-jointe donne une idée assez exacte des cartes du bon doyen, et en même temps de son écriture.

Vôu^

Parfois il ajoutait à son nom sa qualité de doyen de la faculté de droit de Dijon.

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