‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 90 sur 134 · Lagier, p, 126 et suit · texte numérisé non relu

Lagier, p, 126 et suit

recevoir sa famille *, il construisit, à quelques pas de celle-ci, au nord, avec ses premières économies, une habitation plus vaste, mais non moins rustique que la précédente. Sans doute, il possédait à Ornans une maison que distinguent sa tourelle féodale, ses fenêtres gothiques, ses grands appartements lambrissés, décorés de tapisseries et de portraits de famille '; mais il préférait à ce séjour celui de Chasnans, où il était heureux de retrouver ses amis d'enfance dont il avait toute la confiance; à ce luxe, la simplicité de la maison qu'il avait élevée et dont il fut le seul architecte. D'épaisses murailles, — rappelant, sinon par leur élégance, du moins par leur solidité, les constructions romaines, — supportent une lourde toiture en laves, dont la charpente, bardée de fer, peut braver les injures du temps pendant des siècles. Chaque ouverture est protégée, contre l'incendie extérieur, par de doubles volets en fer ; à la confection de ces travaux, il n'a pas employé moins de 12,000 kilogrammes de métal, et nul autre que lui n'a jamais connu les sommes énormes qu'il dépensa pour cette construction.

En prenant toutes ces précautions, on eût dit que Proudhon prévoyait le jour où un incendie détruirait presque en entier le village de Chasnans et n'épargnerait sa maison que grâce à son extrême prudence. ^

1. Cette maison ne se distinguait des autres que par cette inscription, gravée par Proudtion lui-même sur le linteau de la porte d'entrée :

Beatus ille qui, procul negotiis,

Paterna rura bobus exercet suis.

Elle fut détruite en 1872 par un incendie. Son propriétaire actuel, Joseph Proudhon, l'un des petits-fils de Claude, frère aîné du jurisconsulte, l'a remplacée par un autre bâtiment moins vaste et d'une architecture toute dififérente.

2. C'était celle de son beau-père, M. Doney, conseiller du roi au bailliage d'Ornans. Elle a d'abord été attribuée à M. Hippolyte Proudhon, qui l'a cédée plus tard à son frère Léon, ancien maire de Besançon, auquel elle appartient aujourd'hui.

3. Cette maison, cédée en 1858 par M. C. Proudhon à l'un de ses parents, Fortuné, frère de Joseph, dont il vient d'être parlé, est ainsi restée entre les mains d'un membre de la famille. Elle n'a été protégée contre l'incendie

A l'intérieur, on dirait un couvent : un long corridor dessert sept ou huit pièces, meublées avec une simplicité que nos habitudes modernes de confortable et d'élégance ont fait oublier depuis longtemps. A la cuisine, un vaste foyer réunissait, pendant les fraîches soirées d'automne, les élèves et les amis dont le bon doyen se plaisait à s'entourer ; et c'est là, qu'à la lueur d'un sapin embrasé, il racontait quelque histoire de sa jeunesse, entonnait une chanson du temps passé, ou bien encore engageait sa fille à chanter des hymnes ou des cantiques, dont il aimait le rhythme simple et cadencé.

Fatigué d'une journée passée tantôt avec ses livres ou ses amis, tantôt au milieu des ouvriers qu'il dirige ou de ses paroissiens qu'il aide de ses conseils, le bon pasteur ' se relirait de bonne heure : le lendemain on le retrouvait, comme la veille, prêt à se partager entre le travail, ses amis et ses enfants. ^

Pendant sa longue carrière, Proudhon reçut de nombreux témoignages de sympathie des personnages émincnts que le gouvernement compta successivement dans ses rangs. Sa correspondance avec Cambacerès ^ qui accepta la dédicace de son Traité sur l'État des personnes, Fourcroy *, Fontanes ^,

de 1872 que par sa couverture en laves et ses volets garnis de fer du côté du village. En effet, le feu avait pris dans un bâtiment voisin dont elle n'était séparée que par une ruelle de 3 mètres de largeur.

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