‹ Étude sur la vie et les travaux de ProudhonChapitre 94 sur 134 · M"»» Proudhon mourut à Dijon le 17 février · texte numérisé non relu

M"»» Proudhon mourut à Dijon le 17 février

avez raison de me croire plus vieux que vous. Je suis né le 21 janvier 1752 K Ainsi j'aurai quatre-vingts ans révolus au mois de janvier prochain. Je dois donc dire la chanson de l'abbé de Latteignant '^, et dire comme lui :

Lorsque l'on n'est plus propre à rien, On se retire et l'on fait bien.

» Vous voyez que mes quatre-vingts ans ont bien vieilli mon écriture; lisez-moi si vous pouvez et conservez-moi un peu d'amitié en retour des sentiments d'estime et d'attachement que je vous ai voués et qui ne finiront qu'avec ma vie. j> ^

L'année suivante, il mandait encore : « J'ai reçu votre lettre avec bien du plaisir et cependant elle m'a inspiré un sentiment de tristesse assez vif. Il est donc écrit là-haut qu'il faut renoncer même à l'espoir de vous voir. Mon caractère me paraissait si bien fait pour sympathiser avec le vôtre. Ah ! si nous nous étions trouvés dans la même faculté !

» J'ai eu le plaisir de voir votre aimable fils, mais je ne l'ai vu qu'un instant. Il m'a trouvé paralysé dans mon fauteuil. J'aurais bien désiré le garder quelques jours. J'avais un lit et une chambre assez commode à lui donner. S'il voulait, en repassant, venir l'occuper, ce serait pour moi une grande satisfaction. J'ai un fils qui aurait eu beaucoup de plaisir à lui faire les honneurs de ma maison. Nous verrions si le vieux vin de Bordeaux ne vaut pas bien le vin de Bourgogne. Je vous remercie d'avoir bu en mon honneur de ce dernier en famille. Adieu, mon ami, je suis tout à vous pour la vie. » ^

Ici s'arrête la correspondance de Touiller. Si la vieillesse

1. Duvergier, dans sa Notice sur Toullier, dit par erreur le 2 janvier.

2. Charles-Gabriel de l'Attaignant, né à Paris en 1697, mort dans sa ville natale le iO janvier 1779, auteur de plusieurs volumes de poésie et notam» ment d'une Épilre à M. L. P. sur sa retraite; Paris, 4769, in-S".

3. Toullier à Proudhon. V. lettre inédite du 23 juillet 1831 et celle du 17 août suivant, fondues par M. Lagier, p. 14*.

4. Toullier à Proudhon, lettre du 17 mai 1832. Lagier, p. 80.

appesantissait sur lui sa main glacée, du moins n'avait-elle aucune prise sur son intelligence et sur son cœur : ses dernières lettres le prouvent surabondamment '. Il mourut le 19 septembre 1835 ^, plus de trois ans avant son ami.

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