LES OEUVRES DE PROUDHON. — CONCLUSION
Nous avons essayé jusqu'ici d'esquisser la vie de Proudhon à l'aide des souvenirs pieusement conservés par sa famille et des documents confiés aux dépôts publics. Nous allons le retrouver, vivant encore, dans ses remarquables traités. ^
I. Cours de législation et de jurisprudeiice françaises. — Travailleur infatigable, initiateur ardent de la jeunesse, Proudhon enseignait le droit à l'Ecole centrale du Doubs lorsque, sur la demande de ses élèves, il consentit à publier ses premières leçons. La France était alors dans une période de transition; déjà la promulgation d'un Code unique pour toute la nation était annoncée. Proudhon ne l'ignore pas ; son ouvrage n'aura qu'une utilité éphémère et cependant, poussé par l'unique pensée d'être utile à ses élèves, il fait paraître, en l'an VII,
1. Touiller publia le premier volume de son Traité du contrai de mariage en 1826, h l'âge de soixante-quatorze ans; il le termina en 1832. « Sa philosophie avait toujours été religieuse. Pour épurer ses pensées d'avenir, il appela la religion qui avait présidé à tous les actes principaux de sa longue carrière. Il s'éteignit ainsi, entouré de ses enfants, le 22 septembre 1835, dans sa quatre-vingt-quatrième année, onze mois après son épouse, sans douleurs, sans maladie, conservant jusqu'à la fin toute sa connaissance. » [Discours prononcé par le doyen de la faculté de droit de Rennes sur ta tombe de Touiller, cité dans la Notice sur la vie et les ouvres de C.-B.-M. Toullier, par J.-B. Duvergier, dans la Revue de législation, t. Ill, 1836.)
2. Et non le 22, ainsi qu'il est dit dans le texte cité à la note 1.
3. V. la liste des travaux imprimés et manuecrita de Proudhon, à la suite des Pièces justiflcatives.
la première partie de son Cours de législation et de jurisprudence françaises, contenant une étude complète des lois alors en vigueur sur l'état des personnes. La publication de cet ouvrage, dont le plan comportait une série de traités sur les autres matières du droit et dont un troisième volume était déjà composé, fut arrêtée par les événements politiques.
Il est difficile de se faire une juste idée des difficultés de toute nature que l'auteur eut à vaincre pour composer ce travail. A l'époque où il écrivait, la législation française, en voie de transformation, se composait non-seulement des parties non abrogées des coutumes, des ordonnances et du droit romain, mais encore de la Constitution de l'an III et des nombreux décrets rendus par les Chambres législatives qui s'étaient succédé depuis 1789. Mieux que tout autre Proudhon, qui connaissait à fond l'ancien droit et qui avait assisté à l'élaboration des lois nouvelles, pouvait faire, de cet ensemble de textes confus, obscurs et souvent contradictoires, un commentaire ; il sut rendre le sien précis et homogène. Si quelques-unes des nouvelles lois avaient, dans l'ancienne jurisprudence, une base, une tradition, des précédents, la plus part manquaient d'histoire; aussi, leur commentaire fut-il l'œuvre toute personnelle de Proudhon.
Appliquant à la composition de ses traités les règles posées par le jurisconsulte Paul ', l'auteur compare les lois et en saisit l'ensemble, les rapporte aux principes par les circonstances qui les ont dictées, concilie ce qu'elles peuvent avoir de contraire en apparence, en prenant pour interprète l'équité et les droits immuables de la nature.
« Proudhon fait plus encore; s'élevant jusqu'à la philosophie et au droit naturel, il signale les défauts, les lacunes, les erreurs des lois qu'il commente ; il indique au législateur à venir les changements et les améliorations à introduire dans le Code civil impatiemment attendu. » *