‹ Étude sur la vie et les œuvres de Lope de VegaChapitre 56 sur 103 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

Les mêmes, moins les MAURES.

LA comtesse.

voilà disparus.

Quelle mousq[ueterie !

DONA INÈS

ner en gronde encor....

^ DURANGO

Voyez l'effronterie I 3ndre les clameurs de pareils malotrus 1 n'êtes-vous ici, marquis de Santa-Gruz, id comte de Niebla, don Pèdre de Tolède, ,, Carlos, grands noms que la terreur précède !

DONA CONSTANCE

itesse, par ici tournez un peu les yeux.

LA COMTESSE

1 est ce cavalier tout en blanc, radieux?

DONA CONSTANCE

Juan, je gage.

LA COMTESSE

Et qui ce don Juan peut-il être?

DONA CONSTANCE

seigneur Alonzo que vous devez connaître t le frère.

373 LOPE DE VBGA.

LA COVTESSE.

Vraiment ! quoi 1 ce pauvre garçon Qui dans son maigre habit était comme en prison, Et semblait le tombeau de son âme.

Lui-même 1

LA COHTESSE.

Et si beau maintenant! Quel étrange problème [

DONA INèfl.

Sans doute quelque prêt.

LA C01ITB88B.

Toujours mal affublé, Les bras enveloppés dans son manteau pelé Qui semble en satin ras et fut jadis de laine, Partout où je Tai vu, Constance, il faisait peine ; J'étouffais un sourire et j'en avais pitié.... Depuis, je garde au frère un peu d'inimitié.

DONA CONSTANCE

€'est qu'il porte fort bien sa nouvelle parure, Son bel habit tout blanc sur sa blanche monture !

DONA INÈS

Sïl pouvait tous les jours se costumer ainsi, J'en connais plus de deux et plus de quatre aussi Qui seraient fort jaloux de ce beau voisinage.

LA COMTESSE

Hé bien, envoyons-lui, mesdames, un message.

DONA CONSTANCE

Comment faire?

Attendez, et vous verrez comment I

LA COMTESSE

Voyez-le ! sur le môle il monte en ce moment.

DONA INÈS

Allez- vous le railler?

LA COMTESSE

Oui, peut-être... {a Durango,) Allez dire A don Juan que s'il veut obtenir un sourire, Je le prie, ou plutôt, toutes nous le prions Dépiquer son cheval de ses deux éperons, Pour passer au galop devant nous sur le môle !

DURANGO

Il a pour obéir la tête assez frivole ; Et ne voyez-vous pas qu'en arrivant au bout. Il ne pourra jamais s'arrêter tout d'un coup Et sautera tout droit dans la mer, corps et âme?

LA COMTESSE

. Mais c'est pour plaisanter... allez.

DURANGO

' *^ J'y vais, madame,

{Il sort.)

■.ers SE vbgà,

lA COMTESEE.

il ne manquera pas à cette occasion De venir nous parler.

Pour ce charmant garçon Le ciel est trop injuste et sa rigueur m'élonne.

Le ciel dans ses faveurs ne fait tort à personne ; n donne à qui lui plaîl ; ce qu'il donne est h lui. Nul ne peut le contraindre; on le voit aujourd'hui Faire un sot d'un savant, d'un homme fal un sage. D'un gentilhomme un pauvre, et d'un vilain un page ; Il faut se résigner... Mais quel bruit?

iDon Juan Nt passé an galop sur Id môle, n salué ta comtes: précipité avec son chevat dans la mer.)

C'est don Juan.

C'est lui-même, au galop, il passe en saluant I L'intrépide jeune homme ohéit au message 1

{Btle se Ihe pour voir au fond.) Le m6le de cent pieds dépasse le rivage; Homme et cheval, tous deux par l'ardeur emportés, D'un seul hond dans la mer se sont précipités.

Ah '. c'est d'uD noble cœur I mais s'il faut qu'il succombe, L'aurai-je donc moi-même envoyé dans la tombe?

DOUA INÈS.'

Ah ! certe il en mourra.

LA COMTEfiSI.

Je yeux, sans plus de mots, lie noyer dans les pleurs comme lui dans les flots.

{On entend des voix du dehors.)

Étrange événement! — Quel cœur et quel courage 1

— Par ici du secours ! — Il parait. — Il surnage.

— n est vivant.

Page 1