LARGENT FAIT LA NOBLESSE
• OCTAVIO. Pour des choses que tu sais bien , puisque c'est cause de toi que je suis dans une si profonde misère.
EiouQUS. Expose tes plaintes.
OGTAYio. Écoute, et tu les sauras.
sifRiQUE. Parle.
OCTAVIO. Je te reproche d'avoir forcé mon père à te donne deux siillions, à laisser confisquer ses trésors, à engager sei rentes, quand lui-même /ravec trois cents cavaliers, défendait i\ cause à ses propres frais.
KîîRiQUB. As-tu une autre plainte à faire?
OCTAVIO. Oui 1 c'est encore de l'avoir forcé à vendre son ar genterie, ses tapisseries , ses chevaux , ses meubles et ses tableaux, qui faisaient la gloire de l'Italie et l'admiration de h Grèce.
ENKiQUB. As -tu une autre plainte à faire?
OCTAVIO. Oui, et la plus grande : c'est qu'à cause de toi mon père et mes frères ont été réduits à l'état le plus misérable.
ENRiQUE. Toutes ces plaintes sont injustes.
OCTAVIO. Comment?
ENRIQUE. La vie et la fortune des vassaux sont à leur souverain ; en la donnant, ils payent leur dette ; et toi , traître et vil chevalier, tu as eu l'audace de traiter avec ignominie le marbre de mes statues ; penses-y, je vais te mettre en pièces.
OCTAVIO. N'approche pas ! retire-toi. (Il a l épéeà la main.)
ENRIQUE. Comment ! me retirer ! Maintenant, tu vas voir ce que te serviront ton courage et ton épée.
(Octanio donne des coups d'épée qui ne frappent que l'air. J
OCTAVIO. Comment n'es-tu que de l'air, si ton apparence est de marbre ?
ENRIQUE. Je suis de marbre pour te punir, et d'air quand tu m'attaques.
OCTAVIO. Je ne peux t'atteindre.
ENRIQUE. Tu vois le marbre, mais tu ne livres de combat qu'au vent ; ton épée est inutile.
OCTAVIO, jetant son épée. Hé bien! luttons corps à corps.
ENRIQUE. Viens.
OCTAVIO. Je vois que je vais mourir.
ENRiQUE. Non ; tout ceci n'a été que l'épreuve de ton invincible courage et de ton âme magnanime ; arrête, mon intention n'est pas de te faire du mal ; car les services rendus ne me trouvent pas ingrat. Dieu veut que je récompense la fidélité de ton père; il veut que, pour prix de sa résignation, je rende au comte sur mes propres trésors, les deux millions qu'il m'a prêtés : ainsi, quand il commencera à faire jour, tu creuseras l'endroit sur lequel je suis ; enfonces-3^ ce clou pour le reconnaître ; — et maintenant va trouver de suite ma fille Camille, Dieu veut que tu l'aides à reconquérir son trône. OCTAVIO. Ombre vaine 1 ce que tu dis est-il vrai? ENRiQUE. Aussi vrai que les tourments que j'endure pour l'éternelle justice.
OCTAVIO. Es-tu damné?
ENRIQUE. Non ! Cette restitution une fois faite, je sortirai du Purgatoire. Creuse donc à cette place, pour que je retrouve la paix et pour que ton père retrouve son rang, au moyen de la richesse. Sauve-moi de ces tourments, rachète -moi de ces tortures. .
OCTAVIO. Sont-elles donc si grandes?
ENRIQUE. Donne-moi ta main, et tu auras compassion de moi. (Octavio prend la main d'Enrique.)
OCTAVIO. Oh ! oh ! que le ciel me protège. Oh ! tu me brûles, lâche-moi, lâche-moi.
ENRIQUE. Tu vois douc ce que je souffre ; ne me laisse pas souffrir éternellement.
(La statue d'Enrique disparaît et Octavio tombe évanoui,)
Après cette belle et magnifique scène digne de celle où Shakespeare fait converser Hamlet avec l'ombre de son père, et qui, sans doute, a inspiré la scène de la statue du commandeur dans Don Juan, Octavio offre son épée à Camille, l'aide, ainsi que ses frères, à remonter sur le trône et reçoit sa main pour récompense de ses services. Le vieux comte Federico retrouve enfin ses enfants et remonte au rang d'où sa pauvreté l'avait fait descendre.
POKTE DRAMATIQUE. 157