SCENE n
Les mêmes, voilées; GERMAIN, DON JtJAN.
Plus longtemps, en soldats, si nous coufonj Valence Nous serons remarqués.
GERMAIN
Déjà cela commence; Certain petit marquis, de ces impertinents Qui jettent leur parole et leur salive aux vents, Disait, en te voyant aVec ta grande plume : Où va donc ce beau paon ?
DON JUAN
C'est vrai, c'est un coftqme Qu'il est inconvenant de porter plus d'un jour.
GERMAIN
Je connais un voisin qui porte avec amour Depuis un mois au moins son habit de voyage.
DON JOAN
On peut lui faire alors le compliment d'usage Que l'on fait aux absents qui reviennent de loin.
(Ils aperçoivent la cêtntesse et dona Constance.)
GERMAIN
Belle dame, vraiment!...
DON JUAN
Et mise avec grand soin.
GERMAIN
Elle a baissé son voile en nous voyant paraître.
LES FtKUHS DE DOiN JUAN. 430
LA COMTESSE, VOUéC, à dOH JUttH.
Cavalier !
DON JUAN
Est-ce à moi ?
LA COMTESSE
N*êtes-vou8 pas le maître?
DON JUAN
Beau maître ! qui n'a pas, madame, uu sou vaillant !
LA COMTESSE
Eh quoi ! vous êtes pauvre avec cet air galant !
DON JUAN
Vous êtes curieuse 1... apprenez-en la cause.
LA COMTESSE
Je vous voudrais du bien par-dessus toute chose.
DON JUAN
Le mérite et l'argent sont rarement d'accord. Notre cœur vient de Dieu, la richesse du sort I Et le sort d'ordinaire est plein d'extravagai\ce. Il suffît, quant à Dieu, de le nommer...
LA COMTESSE, à Constttnce. ^
Constance, Que t'en semble?
DONA CONSTANGI.
Il paraît avoir assez d'esprit.
Mais il en a beaucoup...
DONA CONSTANCE
Vraiment} c'est bientôt dit.
440 LOPB DE VEGA.
L^ C0VTC8SK.
Je voulais qu'il en eut! (A don Juan) Vous partez en voyage?
DON JUAN
Héias ! pour l'entreprendre il me faut un courage Que nul autre n'aurait.
LA COMTESSE
Où voulez-vous aller?
DON JUAN
Mon but est le soleil.
LA COMTESSE
A franchement parler, Monsieur, vous êtes fou.
DON JUAN
Si je suis fou, madame, C'est de ne Têtre pas jusques au fond de Tàme.
LA COMTESSE
Atteindre le soleil me semble ambitieux.
L'atteindre est impossible, aussi ce sont mes yeux Que ce doux soin regarde, et moi je m'en contente. Car lorsque l'entreprise est, contre notre attente, Trop haute, il nous suffit d'y porter tous nos vœux.
LA COMTESSE
Quel est donc, s'il vous plait, ce soleil merveilleux ?
DON JDAN.
De vous dire son nom je n'ai pas la licence.
LA COMTESSE
Pouvez-vous vous permettre au moins, en son absence.
De nous faire cadeau de quelques beaux rubans.
{Elle montre une boutique que l'on voit dans la rue.) Ce marchand milanais en vend à tous venants.
DON JUAN
Vous {ftiraissez ici toutes deux étrangères Et ne connaissez point l'histoire des deux frères. Pourtant, comme jamais on ne m'a demandé Rien que tout aussitôt je ne l'aie accordé, Pour cette fois encor j'en veux courir la chance, Et, si cet homme en moi veut avoir confiance, Chose fort peu probable, étant sur mon départ, Je veux mettre à vos pieds aujourd'hui son bazar. Hé! Laurencio, venez 1
DONA CONSTANCE, à part, à la comtesse.
Ah 1 quelle extravagance ! Lui faire une demande en cette circonstance, C'est le forcer, comtesse, à rougir.
LA COMTESSE, à doua Constance.
Et pourquoi?
Ne suis-je donc pas là ?