CHAPITRE III
Diagnostic.
Avant que l’on connût l’action si variée du B. coli dans la pathologie humaine, on le considérait comme une simple saprophyte, on ne croyait pas qu'il püt prendre place parmi les agents pathogènes ; si bien que lorsque dans certaines lésions on se trouvait en présence de ce micro-organisme, on croyait avoir affaire à unagent pathogène non encore décrit et on en faisait une étude plus ou moins complète. Cette manière d'agir était d'autant plus légitime que ce micro-organisme présente non seulement un grand polymorphisme, mais aussi une grande variété d’aspects sur les divers milieux de culture.
D'autre part, elle a rendu de très grands services, car elle a facilité le travail de vérification le jour où les espèces pathogènes ont été mieux connues. C'est ainsi, par exemple, qu'on a reconnu aisément le B. coli dans le bacille découvert par Neumann et Schaeffer, dans le pus d’une méningite; dans le bacille trouvé par Netter et Martha, dans les abcès du foie, grâce aux descriptions précises qu’en ont faites alors ces différents auteurs. Ver
Actuellement il existe en bactériologie une tendance à simplifier les espèces microbiennes, à vérifier l’ensemble des caractères attribués à certains microbes pour voir s’ils ne cadrent pas avec d’autres descriptions, et établir des liens de parente entre certains microbes étudiés séparément, mais possédant des propriétés biologiques et pathogènes analogues.
Cette direction nouvelle donnée aux recherches bactériologiques a eu pour résultat, tantôt d'identifier des espèces qui paraissaient différer par leur action pathogène (streplococcus pyogenes : Widal), tantôt d'amener la découverte d'éléments précis de diagnostie entre deux microbes paraissant être identiques (Lactose et B. typhique).
LEROE
Cette tendance à l'identification s’est surtout exercée sur le Bacterium coli. |
Maintenant qu'on a poussé très loin l'étude de ses caractères morphologiques et biologiques, il serait intéressant de faire un contrôle précis des caractères des microbes qui présentent avec lui beaucoup de ressemblances.
Nous n'avons pas fait de recherches dans cette voie. Aussi, nous bornerons-nous à mentionner, d’une part, les travaux qui ont établi certaines identités; d’autre part, les micro-organismes qui par leurs analogies demandent une étude ultérieure.
Bacillus neapolitanus d'Emmerich.
Emmerich a isolé un bacille des organes (rate, foie, sang, etc.), de neuf cadavres de cholériques, aussitôt après la mort, et de la veine humérale d’une femme malade de choléra. Ce bacille était seul.
Toute la description qu’en donne l’auteur s'applique intégralement à la description du B. coli. Emmerich à obtenu, sur les animaux, les mêmes résultats que nous avons signalés par l’action du B. coli septique.
Weisser combattit les conclusions d’'Emmerich et il fit une étude biologique trés complète du bacille d'Emmerich, dont il avait un échantillon, parallèlement avec d’autres bacilles qui lui ressem. blaient, non seulement par les cultures et les réactions en divers milieux, mais aussi par leur action sur les animaux. L’analyse de son travail nous mènerait trop loin; nous dirons seulement ‘sa conclusion :
Le Bacille G. de Büchner ;
Le Bacille des fécès de Briëger ;
Le Bacterium coli commune, sont des microbes identiques.
Bacillus pyogenes fœtidus.
Vendrikx (1) assimile au Bacterium coli le Bacillus pyogenes fœtidus de Passet.
C’est dans un abcès de la marge de l’anusque Passet (2) l’a isolé. La description de l’auteur est presque identique à celle du B. coli.
(1) Venprixx. La Cellule, tome VII, 1591. - (2) Passer. Fortschrifte der Medicin, 1885.
Karlinski a trouvé le bacille de Passet 3 fois chez l’homme, 3 fois chez les mammifères, 10 fois chez les oiseaux, toujours en des régions voisines du tube digestif.
D’après Vendrikx, tous les caractères du B. fœtidus (aspect, cultures, action sur les animaux) conviennent au B. coli. Voici les différences q'uil signale : ,
Avec la glucose, le B. fœtidus trouble le bouillon, le rend acide mais ne donne pas de gaz.
L’odeur des cultures du fœtidus est une odeur de matières fécales. Le fœtidus est plus long. En piqûre dans la gélatine, le fœtidus forme un clou et des dessins plus minces; il s'étend plus vite. Sur la plaque, il pousse plus lentement en nappes circulaires, plus régulièrement que le B. coli qui est découpé. Sur agar, sa culture est plus mince.
En réalité, les différences sont légères, et, à part l’odeur, le fœtidus ne présente aucun caractère que ne puisse reproduire le B. coli dans son polymorphisme habituel.
Bactérie de l'infection urinaire.
Récemment, on a identifié la bactérie pyogène urinaire de Clado- Albarran avec le Bacterium coli. Cetle identification est due à MM. Achard,Renaultet Krogiüs. M. Morelle étudiant les cystites, de même que Krogiüs, a conclu que la bactérie urinaire n’est autre que le Bacillus lactis aerogenes. D'autre part, il ne trouve que quelques nuances insignifiantes pour distinguer le B. coli du lactis aerogenes. Nous reviendrons sur celte question au chapitre : <Bacterium coli urinaire ». Pour le moment, établissons ce fait qu'il y a peut-être identité entre la jbactérie de Clado-Albarran, le bacillus lactis aerogenes et le bacterium coli commune.
Dans une étude faite sur l’action pathogène du Bacille lactique, M. Wuurtz (1) assimile complètement ile Bacillus lactis aerogenes d’Escherich au B. lactique.
Or, de l'étude biologique faite par M. Morelle (de Louvain), il résulte que le B. lactis aerogenes est identique au B, coli. Le Bactérium coli ne serait-il donc que le Bacillus lacticus de Pasteur ? Cette déduction imprévue est le résultat de l’exagération de cette tendance à assimiler les microbes qui présentent quelques analogies.
(1) Wunrrz. Arch, de méd.expérim.. 1891.
eh. ee
Escherich avait distingué son B. lactis aerogenes du B. lacticus de Pasteur, parce que son bacille formait des gaz en l’absence
d'oxygène, tandis que le B. lacticus, d’après Zueppe, ne peut se :
développer dans le vide. Ê
M. Wuriz a examiné de nouveau le B. lacticus, et a montré qu’il pouvait se développer à l’abri de l'oxygène en produisant de nombreuses bulles de gaz. Faisant ainsi disparaître la différence mise en avant par Escherich, il crut pouvoir affirmer l'identité entre ces deux bacilles.
Or, d’une part, ainsi que le dit lui-même, M. Wurtz, le B. lacticus se colore par la méthode de Gram et n’est pas mobile; d'autre part, le B. lactis aerogenes est mobile et se décolore par la méthode de Gram.
Ces deux caractères nous paraissent avoir assez d'importance pour distinguer d’une maniere absolue ces deux bacilles, sigrandes que soient leurs analogies de culture et d'action sur le lait. D’ailleurs, les agents de la fermentation lactique sont nombreux et on en connaît actuellement plusieurs espèces. Cette rectification n'enlève rien à l'importance du travail de M. Wurtz sur l’action pathogène du bacille lactique de Pasteur ; elle s'imposait depuis que le B. lactis aerogènes avait été identifié au Bacterium coli.
Il existe d’autres bactéries qui n’ont pas été précisément identifiées au B. coli, mais qui présentent avec lui tant d'ânalogies qu'il sera intéressant de les comparer dans tous leurs caractères dès que les hasards de la pathologie les mettront entre les mains des bactériologistes. On arrivera ainsi à grouper sans les confondre une série de bacilles qui semblent appartenir à la même famille.
Tel est le Bacille de la dysenterie de MM. Chantemesse et Wida, dont la description s’adapteraii aisément à celle du B. coli; peutêtre la culture sur gélatine est-elle différente. Quant à l’action sur les animaux, elle serait la même que celle déterminée par l'emploi du B. coli ou du bacille des fécès de Briëger (Baumgarten, Kartulis).
De même le Bacille de l’endocardite de Gilbert et Lion offre avec le B. coli les plus grandes ressemblances morphologiques. Mais il s’en distingue par une action pathogène tout à fail caracté. ristique; la production de méningite, et d’endocardite sans lésion valvulaire préalable. Nous n'avons jamais constaté d'effets sembla bles chez les animaux auxquels nous inoculions du B. coli virulent.
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Weichselbaum a gracieusement envoyé à Lesage une culture de son bacillus endocarditidis griseus. Un examen de ce bacille sur les milieux usuels nous a montré qu’il ressemblait au bacille typhique par sa culture sur gélatine; au B. coli, par sa culture sur pomme de terre; ses cultures sur agar tiennent le milieu entre le B. coli et le B. typhique. Si ces deux derniers n’avaient pas quelquefois des formes intermédiaires analogues, nous n’aurions pas mentionné cette comparaison. Le B. grisens est plus grèle que le B. coli; comme lui, il est mobile.
Nous ne connaissons du Bacillus Enteriditis de GHner que la description qu’il en a donnée.
Or, cette description peut, de tous points, s’appliquer au B, coli; nous n'y relevons aucun caractère différentiel. La virulence s’est manifestée chez les animaux par la septicémie décrite par Escherich pour le B. coli.
Ce bacille provenait de la viande d’une vache atteinte d’entérite, qui vraisemblablementavait présenté de l’envahissement généralisé.
Karlinski, qui le retrouva dans des conditions analogues, déclara que cette espèce est très répandue dans la nature; il l'aurait obtenue du contenu normal du duodénum d’un suicidé, et de celui d’une jeune chèvre saine.
Si depuis quelque temps on a donné tant de développement à l'étude du B. coli, c'est que ses nombreuses ressemblances avec le B. typhique avaient donné naissance à deux tendances contraires, ayant pour objectif, l’une, l'identification ; l’autre, la différenciation. Comme nous le verrons, cette lutte à eu pour résultat une connaissance plus complète de ces deux microbes ; son histoire fera l’objet du chapitre suivant.