‹ Etude Sur Le Bacterium Coli CommuneChapitre 11 sur 44 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Bacille typhique et Bacterium coli.

La spécificité du bacille typhique dans la production de la fièvre typhoïde établie depuis 1885 par les travaux d’Eberth, Gaffky, Chantemesse et Widal a été remise en discussion depuis deux ans. MM. Rodet et Roux de Lyon, d’une part, frappés par la similitude morphologique de ce microbe et du B. coli, d’autre part dans l’examen des eaux accusées d’avoir propagé la fièvre typhoïde, n’ayant trouvé uniquement que le B. coli doué de propriétés virulentes, émirent l'opinion que le B. typhique pouvait n'être que le B. coli modifié par la réaction de l'organisme. Dès lors les bactériologistes cherchèrent à préciser les uns les ressemblances, les autres la différence entre ces deux micro-organismes.

Caractères généraux du bacille typhique.

Si par une ponction de la rate d’un typhique on isole le bacille pathogène ; l'examen immédiat sur lamelles, les cultures donnent un ensemble de caractères tels qu'il ne parait pas y avoir d’assimilation possible avec le B. coli.

Le bouillon est à peine troublé le lendemain de l’ensemencement et en tout cas beaucoup moins qu'avec le B. coli, et il ne présente pas de pellicule à la surface.

La culture sur agar est moins végétante, plus transparente, soit en siries soit en colonies séparées. En piqûre, dans la gélose, il ne se forme pas de gaz comme cela se produit avec le B. coli.

Sur gélatine la différence est plus sensible encore. La culture en stries du B. typhique est à peine perceptible au bout de 24 heures, tandis qu'avec le B. coli elle présente déjà un liseré blanc des plus nets, et l'accroissement ultérieur présente toujours la même différence relative, Les colonies isolées sont moins larges,

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moins élevées que celles du B: coli; elles sont transparentes, et leur surface plus irrégulière, accidentée, donnant l’idée d’une mer de glace. En piqüre, la culture est moins caractéristique. La différence sur pomme de terre est tellement nette que longtemps on l'a crue caractéristique : vernis à peine visible pour le B. typhique, dépôt crémeux, exubérant pour le B. coli.

Caractères communs aux deux bacilles.

Mais cette distinction si facile à établir par les cultures d’un à deux jours dans les conditions précédentes, deviennent parfois très embarrassantes, c’est qu’en effet tous les cas ne sont pas identiques. Bientôt sur gélatine le B. typhique acquiert un polymorphisme des plus variés; et souvent le B. coli peut présenter des formes identiques aux formes habituelles du B. typhique. Cette ressemblance est accentuée en faisant les cultures à 44-46° ou en les laissant vieillir (Roux et Rodet) : les éléments du B. coli s’amincissent, s’allongent. deviennent inégaux de longueur, leur protoplasma cesse d’être homogène et présente une série de condensations qui fixent la matière colorante, séparées par des espaces clairs ; si bien que d'après la forme on ne peut plus affirmer là distinction. Sur gélatine l'aspect des colonies typhiques n’est pas constant et revêt parfois un type qui appartient souvent au B. coli. C'est à certaines de ces formes, minces, peu étendues, finement transparentes, gaufrées, prises par les colonies du B. coli que Wurtz donne le nom de variété typhimorphe, qu’il déclare impossible à distinguer d’une véritable colonie typhique. Il arrive parfois que sur le bouillon le B. typhique forme une mince pellicule ; d'autre part la pellicule du B. coli peut être à peine apparente (culture à 44°). Les mêmes traits communs se présentent pour les cultures sur pomme de terre : tantôt le B. tÿphique, apres une longue conservatio: en calture artificielle (Widal), ou méme au sortir de la rate (Wurtz), peut former un dépôt jaunätre parfois luxuriant, surtout en alcalinisant la pomme de terre; lantôt le B. coli, au lieu de fournir une purée, ne donne qu'un mince vernis à peine visible.

La limite supérieure de température permettant la culture de ces deux microbes est de 46°5 pour le B. coli et de 45° pour le B. typhique, mais par certains artifices (chauffage à 50 pendant

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13 minutes, culture prolongée à 44°) M. Rodet et Roux ont pu abaisser la température limite du B. coli à 45° et mème 44°. En réalité la température limite représente une différenceinsignifiante, et il est remarquable que ces deux microbes se cultivent à des températures qui ne conviennent pas à la grande majorité des microbes.

MM. Chantemesse et Widal ont démontré qu'après 5 minutes d'exposition à une température oscillant entre 64 et 62° le B. coli est tué ; le B. typhique est détruit après 5 minutes dans les mêmes conditions entre 56 et 57°

D’après les auteurs lyonnais cette différence relative aux températures reste dans les limites de celles que peut entrainer une légère modification de la vitalité d’une espèce.

Caractères distinctifs.

De celte comparaison il se dégage que le B. typhique présente parfois beaucoup d’analogie de forme et de propriétés biologiques avec le B. coli et qu'un diagnostic absolu est souvent impossible. : On a donc cherché à établir des caractères distinctifs. On a imaginé différents procédés sur lesquels nous ne nous attarderons pas car ils ontconsidérablement perdu de leur importance depuis la découverte de Chantemesse, Widal et Perdrix.

Telle est la réaction de l’indol que l’on obtient avec le B. coli et qui manque avec le B. typhique (Kitasato). Cette méthode n'offre pas de garanties suffisantes. Il existe des bacilles de l’eau qui ressemblent au B. typhique et qui re donnent pas la réaction.

Le procédé des milieux colorés, suivant la méthode de Nœgerrath (1), puis de Gasser (2), basé sur l'emploi de la fuschine est passible du même reproche parce que les diverses fuschines ne donnent pas les mêmes résultats. « J’ai essayé sans succès l’emploi de la fuschine, chlorhydrate de rosaniline, etc. » (Chantemesse.)

L'emploi de l'acide phénique proposé par MM. Chanlemesse et Widal reste à notre avis indispensable pour la recherche du B. typhique. On sait que cet agentchimique en proportions déterminées ne permet que.le développement de ce bacille et du B. coli. Mais lorsqu'on n’est arrivé à n’obtenir sur plaque que quelques colo-

(1) NAEGERRATH. Fortschri/l. der Medicin, 1888. (2) Gasser, Thèse de Paris, 1890,

nies, on est fort embarrassé pour savoir distinguer laquelle appar= tient au B. typhique, laquelle appartient au B. coli. Car, il faut le reconnaitre, c’est dans ces circonstances que se manifeste surtout la similitude de forme et de culture entre le B. typhipue et le B. coli : celui-ci revêt en effet sur gélatine la eulture transparente mince typhimorphe. On se basait auparavant sur la résistance moins grande du B. coli à acide phénique pour établir le diagnostic. En réalité ce moyen était infidèle, car certains auteurs (Malvoz) ont trouvé le B. coli plus résistant à l'acide phénique. Nous avons eu occasion d'examiner une eau accusée d’avoir répandu la fièvre typhoïde; nous étions arrivés après l’emploi de la méthode précédente à ne trouver sur gelatine qu'un bacille répondant au B. typhique par sa forme et ses cultures. L'épreuve de la lactose démontra que nous avions affaire au B. coli, qui du reste était virulent.'

Une différenciation, qui parait avoir plus de netteté, résulte de la recherche des ce/s vebratiles. En effet, la mobilité du bacille typhique est due à la présence de flagella. Déjà, on avait opposé la mobilité active du B. d Eberth à celle beaucoup plus lente du B. coli. Mais en raison des modifications possibles et réelles de cette proprieté pour l'un et pour l’autre micro-organisme, on ne pouvait sur une simple nuance baser une distinction. Aussi l'absence de flagella chez le B. coli prit-elle une grande importance diagnostique. Ainsi Hueppe disait au Congrès de Londres à M. Arloing : « Que vos élèves me montrent des cils chez le B. coli et je me range à leur opinion. » De même Tavel (4) dans une communication récente, affirmait encore cette absence de cils chez le B. coli et en faisait un élément de diagnostic. Or récemment, Klémensievicz, ajoutant une modification au procédé de Lôffler, est arrivé à colorer chez le B. coli un ou deux flagella, tandis qu'il en trouvait huit ou dix chez Le B. d’'Eberth. Il semble naturel, en effet, que la mobilité du B. coli, parfois active, soit sous la dépendance de flagella.

Action sur les animaux. — L'inoculation du bacille d’Eberth aux animaux n’a pas donné des résultats constants: résultats négatifs entre les mains de Gaffky, résultats positifs pour Birch-firsch-

(1) Tave. Semaine médicale, février 1892.

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feild, E. Fraenkel et Simmonds, Chantemesse et Widal, Gilbert et Girode.

Cette variabilité dans les effets produits, dépend essentiellement de la virulence du microbe employé, propriété extrèmement variable elle-même. En examinant les résultats mentionnés parles divers auteurs, nous constatons tantôt une septicémie rapide, de 24 heures, pour les souris et pour la moitié des cobayes expérimentés (Ch. et W.), tantôt une affection durant plusieurs jours et caractérisée par l’amaigrissement, la diarrhée, le gonflement de la rate, des ganglions, des plaques de Peyer, parfois une péritonite suppuree ; enfin, il existe uae forme pathologique prolongée durant jusqu’à 20 à 25 jours et présentant la même symptomatologie atté nuée.

Rappelons-nous maintenant les résultats déterminés par l'moculation du B. coli. Au maximum de virulence nous voyons se produire une septicémie rapide à forme de choléra expérimental ; dans des recherches récentes, MM. Wurtz et Herman ont obtenu des effets identiques en employant un B. typhique très virulent. A des degrés inferieurs de virulence correspondent des affections de durée variable caractérisée toujours par la diarrhée, la cachexie, et à l’autopsie le gonflement des plaques de Peyer; on voit ainsi des lapins mourir en 14 jours, en 80 jours (Welch).

D'une manière générale, le B. d'Eberth se montre moins virulent, que le B. coli virulent, septique; mais comme il est susceptible d’avoir une virulence égale, manifestée de la même manière, comme d'autre part le B. coli atténué donne souvent des manifestations analogues à celles du B. d’Eberth, nous devons reconnaître qu’il serait difficile d'établir un caractère distinctif entre les deux microbes, d’après cette action sur les animaux qui n’est pas constante.

Dans une publication récente, MM. Wurlz et Herman (1) comparant de nouveau les effets d’inaculation de ces deux microbes sur les souris et les cobayes, ont trouvé les mêmes lesions dans les deux cas, et ils ont conclu : «il est absolument impossible, dans un « grand nombre de cas, de différencier par les méthodes actuelles « de bactériologie le B. coli du B. d’Eberth. » Les auteurs n'avaient pas encore eu connaissance du procédé de la lactose.

(1) Wurrz et HERMANN. Arch. de méd. expériment., nov. 1891.

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Il existe encore d’autres caractères différentiels. Malvoz avait déjà indiqué que l’ensemencement en piqûre dans la gélose sucrée donne des gaz avec le B. coli et nullement avec le B. typhique.

MM. Chantemesse et Widal ont montré que, si on gratte avec soin une vieille cullure de B. typhique faite sur un milieu solide, et si on resème sur la surface, ainsi déjà souillée, ce même bacille, il ne s’y développe plus; le milieu est pour ainsi dire vacciné. M. Wurtz (1) a eu l’idée de resemer sur cette surface dépouillée, non plus le B. typhique, mais le B. coli qui s’est mis à proliférer mais moins que sur une surface vierge.

La multiplicité de ces procédés de distinction est la preuve même de l'insuffisance de chacun d’eux ; et, sans qu'il soit nécessaire de les analyser plus complètement, il est aisé de voir que tous ces caractères différentiels sont accessoires, d’une netteté souvent douteuse et d’une recherche parfois longue et délicate. I fallait trouver un moyen rapide et sûr pour cette différenciation : c’est à MM. Chantemesse et Widal que revient l'honneur de cette découverte.

Action sur la lactose. — Dans un premier mémoire présenté le 13 octobre 1891 à l'Académie de médecine, MM. Chantemesse et Widal signalent une nouvelle méthode de différenciation entre le B. typhique et le B. coli. Cette méthode, qu’ils ont imaginée avec le concours de M. Perdrix (de l’Institut Pasteur), repose sur la pro. priété biologique suivante: le B. coli fait toujours fermenter le sucre, quelles que soient les modifications qu’on lui ait fait subir. Le B. typhique ne fait pas fermenter le sucre, qu’il vienne de la rate, d’abcès, de n'importe quelle culture (ancienne, aérobie, anaérobie).

Quelques jours après, à la Société de biologie, M. Dubief vint déclarer qu’à la suite d'expériences nombreuses et très rigoureuses entreprises depuis plusieurs mois, il élait en désaccord avec MM. Chantemesse et Widal, au moins en ce qui concerne le glucose. Les cultures de ces deux bacilles, d'origines indiscutables, dans un milieu additionné d’une quantité égale de glucose, lui ont montré qu'ils jouissaient tous deux de propriétés fermentatives en tout point analogues ; une même quantité de culture détruit dans le même temps la même quantité de glucose; les produits de fer-

(4) Wurrz. Soc. biol., 12 déc. 1891.

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