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mentation sont dans les deux cas : alcool éthyliques, acides carbonique, lactique, acétique, butyrique. L’acide lactique domine dans les cultures du B. coli, ce qui explique le dégagement de bulles de
gaz par la décomposition des carbonates. C’est aussi cette quantité
moindre d’acide lactique dans la culture typhique qui explique le retard de la coagulation du lait par ce bacille.
Le 7 novembre, MM. Chantemesse et Widal vinrent à la Société de biologie modifier légèrement leur première communication et donner une formule définitive à leur découverte : « Si on laisse longtemps le B. typhique avec le glucose ou la saccharose, l'hydrocarbure fermente sans grand dégagement de bulles, comme l'a indiqué M. Dubief, après Briëger, pour la glucose. Mais si le B. typhique peut amener la fermentation de quelques sucres, i en est un, tout au moins, avec lequel. contrairement au B. coli, il ne donne pas de fermentation. » Pour vérifier cette assertion, trois balions de 1/2 litre de bouillon sont additionnés de 7,4 0/0 de lactose et de 10 grammes de carbonate de chaux. L'un est ensemencé par le B. typhique, le deuxième par le B. coli, le troisième sert de témoin. Ces bouillons, examinés après 13 jours de séjour à l’étuve, à 37°, montrent que le B. coli a fait fermenter la lactose et en a consommé 6 gr. 1/2; et que le B. typhique n'en a fait disparaitre que 80 centigrammes. Mais cette disparition de 80 centigrammes
n’est pas un phénomène de fermentation, ni alcoolique, ni lactique,
car on ne retrouve ni alcool ni acide lactique. Le résidu d’évaporation ne renfermait que des traces d’acétate de chaux.
Ces vérifications chimiques faites avec le concours de M. Perdrix aboutissent donc à un resultat extrêmement précis : le Bacille typhique ne fait pas fermenter la lactose.
Quant à la coagulation du lait, les auteurs maintiennent qu'elle fait toujours défaut sous l'influence du B. typhique.
Donc, nous sommes en presence d’un moyen de diagnostic absolu entre le B. iyphique et le B. coli; et lorsqu'on voudra se rendre compte de la nature exacte d’une colonie typhimorphe, il faudra faire l'expérience de la manière suivante : dans un tube ou un ballon contenant du bouillon de veau non peptonisé, on ajoute entre 2 0/0 et 10 0/6 de lactose et en même temps 1 centimètre cube de carbonate de chaux pulvérisé : ce sel est destiné à absorber, au fur et à mesure de sa formation, l'acide lactique dont
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la présence empêcherait le développement de la culture, On met le tout stériliser à l’autoclave à 115° ; l'air du carbonate de chaux est ainsi chassé, et on fait l’ensemencement.
Dès le lendemain, en quelques heures même, si on a affaire au B. coli, on voit se former à la surface du bouillon déjà troublé une collerette de fines bulles de gaz, et si on secoue légèrement le fond du tube, on voit s’élever de la partie inférieure un grand nombre de fines bulles qui gagnent la surface. Si l’ensemencement a été fait avec du B. typhique, on constate simplement un nuage dans la partie supérieure et aucune formation de gaz ni à la surface ni dans la profondeur.
Chaque fois que nous. avons usé de ce procédé, nous avons obtenu les résultats les plus précis. Toujours le bacille isolé de la rate des typhiques, au cours de la maladie, s’est montré inactif sur la lactose. Les rates des typhiques, prises 10 à 24 heures après la mort, nous donnaient tantôt le B. d’Escherich tantôt le B. coli. En même temps, dans le poumon, on trouvait soit le B. coli, soit le B. typhique déjà reconnaissable aux caractères de ses cultures sur gélatine et pomme de terre, mais vérifié par l'épreuve de la lactose.
Il y a quelques jours M. Théobald Smith (1) revendiquait la découverte de ce procédé de diagnostic à l’aide de la glucose. En 1889 il avait écrit ceci : « En milieu sucré le B. coli produit des gaz, le « B. typhique n’en produit pas; c’est là un bon élément différen- « tiel, permettant un diagnostic rapide. » Cette découverte a certainement son importance, mais la lactose a accaparé tout l'intérêt de cette question de diagnostic.
Mettant à profit cette différence de propriété fermentative entre les deux microbes en question, M. Wurtz a imaginé un procédé des plus ingénieux pour mettre cette distinction en évidence. En ensemencant ces deux microbes sur gélose additionnée de 2 0/0 de lactose et colorée en bleu (10 gouttes de teinture de tournesol pour 6 cc. de gélose), on constate que les colonies du B. d’Eberth n’altèrent en rien la coloration du milieu, qui reste bleue, tandis que les colonies du B. coli décomposant la lactose produisent de l'acide lactique qui transforme la coloration bleue en coloration rouge.
Après Weisser, Laruelle avait déjà utilisé pour le B. coli un pro-
(1) Taeosaun Smiru. Centralblatt für Bakleriologie, 19 mars 1892.
#48 2 cédé analogue. Dans un bouillon sucré auquel il ajoutait quelques gouttes de teinture de tournesol, il ensemençait le B. coli : en quelques jours la coloration bleue avait viré au rouge.
De cette courte étude tirons une conclusion : si le B. typhique présente beaucoup d’analogies de forme, de cultures et de propriétés fermentatives avec le B. coli, il s’en distingue par une propriété biologique d’une netteté tellement saisissante, qu’il semble que leur séparation soit désormais à l’abri de toute discussion.
Opinion de MM. Roux et Rodet.— Teln’est pas l'avis de MM. Roux et Rodet. Ces savants restent convaincus de l'identité d’origine des deux microbes, et leurs recherches ont été conduites depuis longtemps avec tant de conscience et suivies de résultats si intéressants que nous nous faisons un devoir de discuter leurs opinions.
Leur première communication date de novembre 1889, à la Société des sciences médicales de Lyon. Leurs idées présentées dans un mémoire à la Société de Biologie (février 1890), puis au Congrès de Londres (août 1891), ont enfin été développées et défendues dans la thèse très intéressante de leur élève Vallet (1892, Masson). Pour MM. Roux et Rodet le B. coli est l’agent pathogène de la fièvre typhoïde; son passage dans l'organisme humain lui impose des modifications telles qu’il présente ensuite les caractères du bacille décrit par Eberth. Leur conception est basée sur les considérations suivantes :
La culture, les caractères morphologiques du B. coli et du
bacille d'Eberth présentent une grande variabilité et sont susceptibles de se confondre.
L'action sur les animaux est presque identique.
Dans les eaux suspectées d’avoir produit la fièvre typhoïde, les auteurs n'ont jamais pu déceler le B. typhique ; toujours ils ont obtenu des cultures du B. coli virulent.
Chez les typhiques on trouve le bacille d’Eberth dans la rate: on ne trouve que le B. coli dans le contenu intestinal.
Le Bacille typhique ne vit pas plus de deux où trois semaïnes dans le contenu des fosses d’aisance, ainsi qu’il résulte des expériences de Vallet.
Enfin le B. coli des fosses d’aisance a une vitalité sans limite et il est très virulent.
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Discutons successivement chacun de leurs arguments :
— L'identité d'action sur les animaux, admise par certains auteurs, est formellement refusée par d’autres. Mais, ainsi que nous l'avons dit plus haut, comme les différénces constatées, inconstantes du reste, ne sont que lexpression d’une variabilité de la virulence, nous ne croyons pas quon puisse se baser sur ce caractère pour affirmer ou pour nier l'identité du B. d’Eberth et du B. coli.
Les expériences de Vallet sur la vitalité du B. typhique ont certainement beaucoup de valeur. Si d’une part, on admet qu’une fièvre typhoïde trouve son origine dans la contamination de l’eau de boisson par le contenu spécifique d’une fosse d’aisance ; ; d'autre part, s’il est constant que le B. typhique déversé dans une fosse d’aisance ÿ perd rapidement sa vitalité et disparaît complètement en quelques semaines, on explique difficilement que certaines épidémies aient leur origine première dans des fosses d'aisance infectées par le B. typhique, plusieurs mois, un an, deux ans auparavant, comme on l’a affirmé plusieurs fois. Mais les conditions établies par M. Vallet dans son laboratoire ne sont pas conformes à ce qui se passe dans la nature. M. Vallet cultivait son bacille typhique dans un ballon contenant des matières fécales privees de tout germe. Or, le contenu des fosses d’aisance n’est pas toujours identique à lui-même, au point de vue chimique et mircobien. D'ailleurs, il est démontré que, en d’autres conditions, le B. ityphique possède une vitalité très longue.
Ainsi Uffelmann a constaté la présence du B. d’Eberth 9,3, 4 mois après l’ensemencement dans un tube contenant des matières fécales délayées, non stérilisées. M. Chantemesse a fait la même constatation deux ans après dans des matières stérilisées. On connaît des épidémies survenues après le déplacement d’un fumier ayant élé souillé de selles typhiques, neuf mois auparavant. De même le bacille typhique peut vivre dans le sol: 5 mois 1/2 (MM. Grancher et Deschamps); dans l’eau : 2 mois (Chantemesse); dans l’eau de l'Ourcq: 3 mois (Chantemesse), 81 jours (Straus et Dubarry). |
— Qu’une eau reconnue capable d’avoir produit la fièvre typhoïde contienne le B. coli virulent, rien de plus naturel : elle a pu être souillée par les déjections d’un typhique dont le B. coli a une virulence que nous connaissons.
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— Quant au fait de trouver chez les typhiques le B. d’Eberth dans la rate et de ne jamäis le rencontrer dans les selles des malades, même à l’époque favorable à cette recherche, c'est-à-dire du 40° au 20° jour, il ne manque pas d'importance, sans doute; mais il ne prouve pas que le Bacille soit réellèment absent. C'est qu’en effet le nombre des Bacilles typhiqués déversé par les ulcérations intestinales, si grand qu’il soit, reste véritablement insignifiant auprès de la masse de B. coli, qui, virulents, occupent presque seuls tout le canal intestinal.
Ces arguments d'ordre différent, s’adapteraient sans doute à la théorie de MM. Roux et Rodet, si elle se vérifiait; mais ii faut reconnaître qu'ils ne peuvent entraîner la conviction. Aussi, pour apporter une démonstration définitive, les auteurs lyonnais ont cherché à faire disparaitre les différences existant entre les deux microbes, artificiellement d’abord, puis par le passage du B. coli par l’organisme de l’animal.
Pour la prémière partie de cette question ils sont presque arrivés à la solution. Partant de cette idée, résultat de l'observation, que les propriétés biologiques sont les mêmes, mais que le B. coli les exagère, « donnant l'impression d’un microbe bien portant, comme « le B. d'Eberth donne celle d’un organisme affaibli », ils ont cherché à diminuer la vitalité du B. coli. Ils l'ont soumis à une culture prolongée à 44°; ils l'ont soumis pendant 13 minutes à une haute température : 80° (chiffre un peu élevé, d’après MM. Chantemesse et Widal) ; ils l'ont laissé vieillir. Ainsi ils ont constaté que leur B. coli devenait « Eberthiforme », c’est-à-dire que l'élément bacillaire s’amincissait, s’allongeait, présentait toute la variété morphologique du B. typhique; que sa température limite de culture s’abaissait ; que sur bouillon il donnait à peine une pellicule ; enfin que sa mobilité augmentait.
L'épreuve de la lactose, si importante pour le diagnostic immédiat des deux microbes, et qu'ils ignoraient à l’époque de leurs travaux, peut-elle annihiler le résultat de leurs recherches antérieures ? Non pas. En fait, cette absence de propriété fermentative de la lactose chez le B. typhique est une autre preuve de son infériorité vitale, déjà établie pour d’autres fermentations : après Brièger, M. Dubief a montré que le B. typhique réduit la glucose mais un peu moins vite que le B. coli. De même Büchner avait
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constaté (1) que le B. typhique décompose le sucre de canne moins vite que le B. d'Emmerich, moins vite que son Bacille G. : e', soit dit en passant, il trouvait une différence légère dans l'activité fermentative de ces deux microbes que Weisser a démon” tré être identiques au B. d’Escherich. Donc nous ne serons pas surpris le jour où l’on aura modifié, amoindri.la vitalité du B. coli au point de lui faire perdre sa proprieté fermentative dela lactose.
Au moment même où nous déposons noire. mémoire, nous lisons dans le Lyon médical que M. Roux vient de présenter, à la Société des sciences médicales de Lyon, un B. coli qui perdait ou récupérait par certains procédés sa propriété de faire fermenter la lactose.
Pour ce qui est de la transformation du B. coli produite par l’organisme animal, les auteurs n’ont qu’un fait, insuffisant à notre avis : le passage par le sang du cobaye a rendu le B. coli plus mobile, et moins végétant en cultures.
Il est donc démontré que le B. coli, amoindri, arrive à ressembler au B. typhique.
Ce résultat est très intéressant, mais il ne prouve nullement que le B. coli soit l'agent de la fièvre typhoïde. On pourrait aller très loin dans cette voie. Sachant que le B. typhique à une vitalité moindre que le B. coli, on pourrait multiplier à l'infini les milieux de culture pour mettre en évidence cette infériorité vitale, pour : multiplier ainsi les différences: puis en soumettant encore le B. coli à des artifices ayant pour effet de diminuer sa vitalité, on arriverait encore à le rendre semblable au précédent.
Mais ce n’est pas là la difficulté de la démonstralion ; il fautnous montrer un B. coli produisant la fièvre typhoïde.
C’est que la caractéristique d'un microbe pathogène réside non pas dans tous ces caracières superficiels, mais dans:son mode d'action sur l'organisme, ou si l’on veut dans le mode de réaction de l’organisme lui-même.
Or, comment se comporte le B. typhique ?
Nous savons que dans la fièvre typhoïde, l'agent infectieux, entré par la muqueuse intestinale, envahit d'abord iout l'organisme, car on l'a rencontré dans ‘tous les organes (foie, cerveau, moelle
(4) Bücaner in Weisser. (Loc. cit.)
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osseuse, plèvre, etc...) Mais il séjourne peu dans le sang; « de «bonne heure, il s’accumule dans certains organes, les lis- « SUS lyr phoïdes en particulier. » Donc, ce qui caractérise essentiellement la fièvre typhoïde, c’est que l'organisme réagit à un microbe déterminé par son système lymphoïde.
Le B. coli provoque-t-il la même réaction ? Les faits s’élèvent contre cette supposition. Le B. coli virulent exerçant son action sur la muqueuse intestinale, y produit une entérite desquamative ; et par l'absorption des substances toxiques qu'il sécrèle, il donne de l’algidité, le tableau du choléra nostras. Il impressionne l’organisme par ses toxines, mais il n’envahit pas les organes, sauf au moment de l’agonie. C’est à titre de complication qu'il va se localiser dans certains organes, au cours des entérites dont il est la cause. FRE
Comment admettre que deux microbes identiques, doués de grande virulence, arrivant par la même voie, sécrétant les mêmes produits, provoquent, de la par; de l'organisme, deux modes de réaction tellement dissemblables ?
MM. Roux et Rodet supposent que le B. coli virulent, pénètre l’organisme ; puis, par la lutte qui s'ensuit, lutte dans laquelle l’individu se défend par des organes spéciaux (tissu lymphoïde, rate, etc.) le microbe subirait des modifications dans sa vitalité et il deviendrait B. d’'Eberth. Et tous les cas, relevant d’une épidémie, seraient produits toujours par le B. coli doué d’une virulence spéciale, B. coli en entrant dans l'individu, et B. typhique en sortant.
Mais que devient alors la spécificité de la fièvre typhoïde, maladie spécifique par sa cause et par ses lésions? Résiderait-elle uniquement dans le mode de réaction de l'organisme contre un microbe banal? L'expérience nous apprend, au contraire, que la spécificité dans la fièvre typhoïde appartient, au premier chef, au bacille typhique ; MM. Gilbert et Girode ont produit chez un cobaye une maladie typhique pure avec foyers bacillaires dans la rate et les plaques de Peyer, chose qui manque dans l’action du B. coli. Le microbe avait donc sa spécificité avant d’entrer dans l'organisme pour produire la fièvre typhoïde.
Comme il n’est pas possible de s'affranchir de la notion de spécificité dans la cause de la fièvre typhoïde, MM. Roux et Rodet placent ce caractère soit dans l’état de réceptivité de l'organisme, soit
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dans un état tout particulier de la virulence. Ainsi, une fosse d’aisances donnerait au B. coli qu'elle contient, tantôt une virulence banale, le faisant cholérigène, tantôt une virulence spéciale le rendant apte à faire réagir tout particulièrement le système lymphoïde, c’est-à-dire le faisant typhogène.
Il est vrai que nous connaissons en pathologie des faits comparables: tel micro-organisme est capable d’engendrer tantôt des lésions variables et banales, suppurations, broncho-pneumonies, septicémie, tantôt des manifestations vraiment spécifiques par l'étiologie, les lésions, la contagiosité. Ainsi le streptocoque (Widal) ; ainsi le pneumocoque qui, à côté des inflammations banales (angines, suppurations, etc.), revendique une maladie spécifique, la pneumonie lobaire (Netter). Mais cette diversité d'effets dus à ces microbes semble relever du degré de la virulence : ainsi par l’expérimentation on peut rendre le streptocoque alternativement agent de suppuration, ou cause d’érysipèle (Widal, Achalme). Tandis que le B. typhique ne présente jamais, quel que soit l’atténuation de sa virulence ou son exaltation, les caractères du B. coli. De même le Bactérium coli, même après un séjour prolongé dans l'organisme (entérites ou suppurations), ne présente pas les propriétés de B. Eberth, à part quelques analogies superficielles. A cette dernière objection, les auteurs lyonnais répondent que l’absence de modifications du B. coli indique que l'organisme n’a pas réagi de la manière spéciale à la fièvre typhoïde.
On leur a encore objecté que dans les foyers de suppuration, produits par l’un ou l’autre, chacun conservait ses caractères propres, quelle que fût la durée de la suppuration. Cet argument n’a qu'une valeur relative, car à leur point de vue, le B. typhique étant une forme nettement différenciée du fait de l'organisme, est capable de devenir pyogène en diminuant de virulence et sans rien perdre de sa différenciation.
La théorie de MM. Roux et Rodet a paru séduisante parce qu’elle rendait raison de l’origine de certaines épidémies, dont l'apparition ne semblait provenir d'aucun cas de fièvre typhoïde anterieure importée : par exemple l’éclosion de fièvre typhoïde dans un village, ou dans une ile isolée en pleine mer, à peine habitée, sans qu’on ait pu expliquer l'apport du contage (quelques faits ir thèse de
ER RE Vallet). La longue vitalité du B. typhique, en dehors des fosses d'aisance, doit nous rendre suspects ces résultats.
On leur reprocha aussitôt de faîre revivre l’ancienne théorie de Murchison, sur la spontanéité de la fièvre typhoïde.
Murchison, s'appuyant seulement sur l'observation, disait : « la fièvre typhoïde naît par suite de la fermentation des matières fécales ; une fois constituée chez un premier sujet elle devient épidémique, contagieuse.» En réalité les auteurs lyonnais donneraient à cette théorie une sanction bactériologique : spontanéité
de la virulence propre au B. coli typhogène, et apparition du
premier cas de fièvre typhoïde. Les déjections du premier typhique transmettent un B. coli virulent, typhogène : l'épidémie est constituée.
Pour nous, toute la discussion se résume dans la question suivante : pourquoi le B. coli virulent, pathogène, provoque dans un cas la réaction forme choléra ; dans l’autre la réaction forme typhoïde, alors que la virulence est caractérisée par la qualité des produits sécrétés, qui doivent être de même nature dans les deux cas ?
Il ne s’agit pas de multiplier les ressemblances superficielles par des artifices de technique, il faut démontrer que le B. coli est capable de déterminer chez Forganisme deux modes de réaction : l'un banal, l’autre spécifique. Et quand bien même on serait arrivé à produire par le passage dans les organes des animaux la diminution de vitalité du B. coli, qui le fait ressembler au bacille d’Eberth; il faudrait encore prouver, que ce B. coli différencié correspond à des lésions spéciales connues, c'est-à-dire la maladie typhique reproduite ‘par Gilbert et Girode. ‘Alors nous serons convaincus. Jusque-là nous conlinuerons à voir dans le Bacterium coli un saprophyte capable d'acquérir une virulence extrême, (entérites algides et fébriles), et dans le B. typhique un bacille présentant avec le précédent de grandes analogies de forme et de cultures, mais absolument distinct par son action pathogène, c'est-à-dire un bacille spécifique par son origine et par sa manifestation morbide.