CHAPITRE X
Lésions pulmonaires dues au Bacterium coli.
MM. Chantemesse et Widal (1) dans plusieurs cas de bronchopneumonie ont trouvé un germe qui avait tous les caractères du B. coli. Chez l’un des malades atteints de choléra nostras, dont MM. Gilbert et Girode ont fait l'étude bactériologique, il s'était produit une hépatisation du poumon droit et un épanchement pleural gauche. Avant la mort, on préleva avec une seringue de Pravaz quelques gouttes du liquide pleural et du suc pulmonaire. Ces deux ensemencements ont donné des cultures du bacille d’Escherich; mais tandis que les cultures fournies par le liquide pleural étaient pures et innombrables ; le suc pulmonaire contenait, outre le bacille d'Escherich, le pneumocoque de Talamon et le staphylocoque jaune. Cette pluralité des microbes dans le poumon, nous empêche d’attribuer un rôle actif au B. coli dans Ia production de cette lésion pulmonaire qui trouvait sa justification dans la présence du pneumocoque.
Mais il est des circonstances où le B. coli est le seul micro-organisme rencontré dans des lésions pulmonaires parfaitement observées.
Au mois de décembre 189 ,dans la Revue générale de clinique et thérapeutique, MM. Macé et Simon de Nancy, publient une note sur les « diarrhées infectieuses chez les enfants ».
De l'examen des selles d’un de ces enfants dans lesquelles ils avaient trouvé le B. coli en culture pure, ils concluent que ce micro-organisme devait avoir été l'agent causal de cette infection. L'enfant dont ils avaient examiné les selles au point de vue bactériologique mourut dé broncho-pneumonie. C'était üne fille de 18 mois dont la diarrhée fetide et abondante durait dépuis un mois,
(4) Wipaz. Revue gaz. hebd., décembre 1891.
sans fièvre. Elle fut soumise à leur examen présentant de l’oppression, de la fièvre à 40°, matin et soir, prostration, cyanose; dans la poitrine des räles sous-crépitants, sans souffle. Elle mourut le 9° jour de cet état fébrile. A l’autopsie, on trouva des noyaux multiples de broncho-pneumonie, surtout dans les lobes inférieurs et dans le sommet gauche. L'examen bactériologique du poumon n’a pas été fait. |
Dès que parut cet article, M. Sevestre rappella que le 14 janvier 1887, à la Société médicale des hôpitaux, il avait présenté un
. mémoire sur certaines diarrhées infectieuses des enfants, s’accom-
pagnant de complications pulmonaires : « En somme, disait-il alors, «< on trouve, dans la plupart des observations, deux périodes : une « première caractérisée par une diarrhée abondante, fétide, avec « ou sans ballonnement du ventre; quelquefois des vomissements, « et l'absence de fièvre. — Une seconde période dans laquelle ap- « paraissent, avec quelques variantes : la fièvre, les accidents pul- « monaires et des phénomènes infectieux. »
« Ces accidents pulmonaires se caractérisaient parfois simplement par des râles sibilants et sous-crépitants, occupant surtout la base des poumons. Le plus souvent, au bout de deux à trois jours, il y avait de plus, soit à la base, soit plutôt dans la région axillaire, des foyers de râles crépitants, ou bien un souffle plus ou moins marqué, ordinairement faible et percu seulement à l'expiration. En général, d’ailleurs, les signes d’auscultation étaient assez variables d’un jour à l’autre ; les râles crépitants se déplacaient, et de l’aisselle passaient à la région antérieure, ou bien d’un côté à l’autre. Il semblait qu’il n’y eût pas là une broncho-pneumonie avec hépatisalion, mais plutôt des bouffées de congestions plus ou moins intenses.
La température se maintenait entre 39° et 40°: les signes pulmonaires ne duraient parfois que deux à trois jours et la guérison arrivait. Mais le plus souvent, dès l’apparition des signes de broncho-pneumonie, l'état général s’aggravaitjusqu'à la mort.
A l'autopsie, les poumons présentaient les lésions ordinaires de la brancho-pneumonie. Mais il semblait qu’elles eussent leur siège presque exclusivement à la surface des poumons. Les noyaux d'induration, même lorsqu'ils étaient assez larges, ne s’enfonçaient que de quelques millimètres dans le poumon. Dans quelques cas, on a
trouvé que la périphérie de ces noyaux était circonscrite par des vaisseaux lymphatiques dilatés, que leur surface présentait aussi un réseau lymphatique. Ces noyaux ou plutôt ces plaqués d’un rouge violacé déprimé au dessous des parties voisines, avaient assez souvent une forme régulièrement conique, le sommet se dirigeant vers le hile du poumon. Les ganglions bronchiques étaient congestionnés. »
M. Sevestre, ajouta à la note qu’il fit paraître dans la Revue générale de Clinique: à ‘
«Nous avons, comme MM. Macé et Simon, trouvé le B. coli en abon- « dance dans les selles des malades. Ce fait n’a d’ailleurs qu’un inté- « rèt médiocre : ce qui serait important, ce serait de démontrer, «< dansle poumon même, l'existence de ce microbe ou ses produits. »
Ce désideratum formulé par M. Sevestre fut bientôt comblé par Lesage, qui vint démontrer par la bactériologie, que ces lésions pulmonaires, au cours des entérites, sont effectivement des complications de l'affection intestinale, produites par le même agent que l’entérite elle-même.
Depuis 1886, Lesage étudiait les diarrhées infantiles, au point de vue bactériologique, et frappé de l'importance qu’y prenait le Bacterium coli qu'il retrouvait ensuite dans les organes, il avait conclu à son action pathogène. Donc dans cinq cas de diarrhée infectieuse due au B. coli virulent, il constata pendant la vie des lésions pulmonaires, en même temps qu'une hypertrophie de la rate.
L'examen nécropsique montra qu'il s'agissait, dans l’un, d’une congestion pulmonaire intense, rouge brique, généralisée. Le poumon mis dans l’eau flottait, se dégorgeait, et reprenait bientôt sa teinte primitive.
Un seul microbe s’y trouvait: le B. coli virulent. Dans les quatre autres cas existaient des noyaux de broncho-pneumonie enchàssés dans le tissu pulmonaire congestionné. Dans l’un, le noyau de broncho-pneumonie était suppuré ; il était gros comme une petite noisette et se trouvait près de la périphérie du poumon. Dans ces noyaux de broncho-pneumonie, seul le Bacterium coli a été décelé par les cultures, et sa virulence était la même que celle du B. coli de l'intestin.
Dans le nodule suppuré, le B. coli isolé jouissait de propriétés pyogènes qu'il a conservées chez les animaux.